La mort du pétrole ou l’occasion d’une nouvelle naissance
mercredi 25 juin 2008, par
Ploutopia
Enfin. Enfin, bébé joufflu occidental se réveille. Une sérieuse menace plane. Est-ce l’extinction des espèces 100 à 1000 fois supérieure à la moyenne ? Est-ce le fait qu’un cinquième de la population mondiale meurt de faim ? Est-ce la dangereuse pollution du stock d’eau douce de la planète ? Est-ce la menace du réchauffement climatique ?
Absolument pas, bébé joufflu s’inquiète surtout pour la hausse du prix du pétrole et l’effondrement de l’auto-multiplication magique de ses avoirs financiers. Eh oui, tout a une fin. Ce que nous nous acharnons à faire comprendre à nos enfants, la société ne l’a pas compris. Tôt ou tard, la source se tarit, le biberon est vide. C’est comme ça, il y a des limites. C’est une loi de la nature.
Fini les courses et
sports auto-moto-bateau motorisés. Fini les déplacements en voiture
dans tous les sens pour faire ses achats, aller au boulot, véhiculer
ses enfants à l’école ou ailleurs. Fini les coups de klaxon, le
vrombissement des moteurs, les bouchons, les gaz d’échappement... Fini
les marées noires, les particules diesel, les guerres pour l’or noir...
Adieu kiwis, bananes et ananas. Adieu
petits-pois "bio" d’Amérique Latine. Adieu agriculture intensive. Fini
l’exportation de lait Européen en Mongolie productrice de lait. Fini
aussi l’exportation de maïs Américain au Mexique ou de poulets
Européens au Sénégal. Fini les bois exotiques des forêts tropicales
pour nos meubles et terrasses. Fini nos chaussures, vêtements, jouets
et ustensiles confectionnés par des petites mains des tropiques pouvant
bosser jusqu’à 14 heures par jours dans des hangars sombres et mal
ventilés. Fini l’exploitation de travailleurs Indiens ou Pakistanais
travaillant 12 heures d’affilés sous un soleil de plomb pour satisfaire
la folie des grandeurs de grands Saoudiens qui n’ont toujours pas
compris que sans pétrole il faudra venir en pirogue dans leurs grands
lofts de 400m2 en plein désert. Fini aussi le rêve américain à Las
Vegas en plein désert de Mojave où la consommation d’eau est 4 fois
supérieure à la moyenne américaine.
Fini les vacances bien loin sur un coup
de tête pour pas un balle... Fini les vols low-cost, la Costa del Sol ou
Carcassonne en deux heures. Fini les croisières sur le Nil, les safaris
au Kenya avec des Massais, un peuple guerrier drillé à poser comme
Mickey à Disneyland. Fini les voyages exotiques avec des agences peu
scrupuleuses du bien-être des populations locales et de
l’environnement.
C’est sûr beaucoup de choses vont
changer. C’est terrible, c’est affreux ! Heureusement que les joueurs
de foot ne fonctionnent pas au pétrole parce que nous serions proches
de la fin du monde ! Quoique la majorité de nos sportifs de haute
compétition fonctionnent bien de plus en plus à une autre drogue tant
la course à "la gagne" et au profit a envahi nos vies...
Mais
avons-nous la moindre idée de ce qui se passe dans le reste du monde en
dehors de nos petites considérations personnelles... Le pétrole
représente 70% de notre dépendance énergétique, est-ce là des
considérations personnelles ? Et alors ? Personne n’a jamais dit qu’il
était simple pour un drogué de se défaire de sa dépendance... Il faudra
bien ça et quelques autres crises (alimentaire, eau, climat) pour nous
mettre les yeux en face des trous. A force d’envolées lyriques, il
serait peut-être temps de nous brûler les ailes non ?
Dans les pays pauvres, 80% du budget des ménages est destiné à l’alimentation. Chez nous, nous n’y consacrons que 10 à 20%. Selon la banque mondiale, le prix des denrées alimentaires a augmenté de 85% ces trois dernières années. Faut-il faire un dessin de l’impact de cette hausse sur les pauvres ?
La faute à qui ? La faute au pétrole ? Au climat ? Aux pays émergents ?
Qu’est-ce qui a pris à ces Chinois et ces Indiens (près de la moitié de
la population mondiale) de consommer comme nous ? - Les américains, qui représentent 6% de la population mondiale, consomment 40% des ressources planétaires - Est-ce là une économie efficace ? Un exemple pour l’humanité ?
Jamais prêt à se remettre en question, l’occidental a beau jeu de
rejeter la faute sur des causes secondaires. La cause première n’est
autre que l’endoctrinement néolibéral ambiant et son acharnement à
promouvoir une économie libre de marché fondée sur la concurrence. Toute
proportion gardée, les trois facteurs précédemment cités (pétrole,
climat, pays émergents) ne sont que mineurs par rapport à nos
responsabilités en matière d’économie politique mondiale (OMC, institutions Bretton Woods, Club de Paris) et pratiques financières.
La promotion d’une agriculture
d’exportation shootée aux intrants du monde pétrochimique occidental au
détriment d’une agriculture locale de subsistance ne peut engendrer que
dépendance et risques systémiques. Il en va de même pour la promotion
d’une finance, d’un marché, d’un commerce et de capitaux libres,
puisque cette liberté est à sens unique : beaucoup d’argent
pour la spéculation, peu pour l’investissement et l’emploi ; ouverture
des frontières au Sud, protections douanières, subsides et aides
fiscales au Nord ; démantèlement, délocalisation, pertes d’emplois au
Nord, exploitations et privatisations au Sud.
Dans son essence, la libéralisation ne sert qu’une minorité de nantis attachés à ses privilèges. L’économie de marché libre est un leurre ! "Un
rêve de bureaucrate ou de fanatique, un calcul économique de puissant,
le calcul du renard libre dans le poulailler libre, et n’a par là même
aucun intérêt pour l’efficacité économique" (anti-manuel d’économie, B. Maris). La libéralisation des marchés détricote le tissu social tout en faisant le lit de nos vices (Cfr. DOGME 6).
Mais qu’à cela ne tienne, le capitalisme
s’adapte. Il est très fort, il sait comment tirer parti de ses propres
incohérences. Dès lors, à la crise du pétrole, il répond par une
agriculture massive de "bio" carburants.
Le grand capital se lance à fond dans l’agro-business ! Il expédie les
indigènes, massacre les orangs-outangs, supprimes les jachères, assèche
les tourbières pour produire un substitut au pétrole, plus "vert", plus
"propre" et surtout moins dépendant de l’OPEP. Pratiquement tout le
monde sait maintenant que c’est la plus grande mascarade du XXIème
siècle. Mais les grands lobbies du pétrole, de la chimie, des
biotechnologies et de la grande distribution poussent derrière, il y a
du BUSINESS à faire. Ils jouent de tous leurs atouts financiers,
médiatiques et structurels pour faire craquer les résistances.
Information, désinformation, pots de vins, organisations "humanitaires"
et mafieuses parallèles, tout est bon pour toujours gonfler le mensonge
et par la même occasion le chiffre de leurs comptes en banque offshore.
Le grand capital ne s’est-il jamais posé
la question de l’utilité réelle de ce chiffre sur un compte ? Sans
confiance, elle est totalement et désespérément nulle. A force de
presser le citron planétaire et social à l’excès, viendra bien un jour
ou la confiance sociale sera rompue et/ou les réalités naturelles
s’exprimeront pleinement. Cyclones, ouragans, sécheresses ou
inondations commencent à jouer un rôle dans la prise de conscience mais
rien de tel que la hausse du prix du principal Baxter d’une société
malade de son incapacité à se donner des limites.
La seule grande et triste nouvelle de la
fin du pétrole, c’est que c’est encore la planète et "le peuple" qui en
pâtit en premier. En témoignent les déboisements massifs en Amérique
latine ou en Océanie pour les agro-carburants, les manifestations sur
la baisse du pouvoir d’achat, les manifestations des producteurs
laitiers, des agriculteurs ou encore celle des pêcheurs artisanaux.
Seule
consolation peut-être, c’est que "les gens du peuple", des plus
revendicateurs aux plus réfléchis finiront par couper le cordon de
dépendance et à se serrer encore plus les coudes. Déjà expérimenté en
Amérique Latine, en Afrique ou en Asie, quand la situation devient trop
insoutenable, il y a rupture avec le système et réorganisation
structurelle plus ou moins juste selon le degré de sagesse ambiant :
soit on domine par la force (mafia, gang), soit on coopère. Dans le
meilleur des cas, les plus démunis s’organisent, ils créent leurs
propres règles, leur propre monnaie, leurs propres dépendances et
hiérarchies sur de nouvelles bases, plus humaines et plus solidaires.
La mort du pétrole, c’est l’occasion d’une nouvelle naissance avec un accouchent dans la douleur.
C’est l’occasion de tisser des liens avec ses voisins, de passer plus
de temps dans son jardin en contact avec la nature, de s’organiser avec
d’autres en collaborant, de repenser l’économie d’une manière plus
juste et moins égoïste, de faire passer l’être avant l’avoir...
Mais avant d’en arriver à une telle remise en question, le grand
capital va poursuivre sa fuite en avant avec, par exemple, le recours
aux sables bitumeux, au gaz, au charbon, au nucléaire et autres sources
d’énergies court terme... Il va poursuivre sans relâche sa course
effrénée au progrès dominateur jusqu’au jour où il ne sera plus
possible de mentir à la réalité sociale et naturelle. Alors ce jour,
l’humanité expérimentera un nouveau big-bang... Un big-bang qui sera soit
celui de son autodestruction, soit celui de sa conscience.
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