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Voir en ligne : http://www.lepan.be/?p=4598 ![]() Profession : Vice-première ministre en charge des Affaires sociales et de la Santé publique (PS) Age : 51 ans Signes particuliers : Recordwoman de la longévité ministérielle, MadameUyttendaele fait le point sur les amis, les emmerdes et même l’amour ! Comme quoi, la Dame de fer peut se faire Dame de cœur…
- Serez-vous sincère pendant cette interview ? - Oui, mais en même temps, ce n’est pas une psychothérapie… - …Vous en auriez besoin ? - Non, pour le moment non, et je n’en ai jamais eu besoin ! - Avez-vous un modèle ou un héros ? - J’en ai beaucoup ; j’ai beaucoup de respect et d’admiration, mais souvent pour mes contemporains. - Par exemple ? - Celui qui, pour le moment, est le phare du monde : Obama ! Dans le passé, moi qui suis laïque, j’ai admiré le Père Damien ! J’ai forgé ma conscience sociale dans mon contexte familial évidemment, mais aussi avec des personnalités comme le Père Damien.
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- Depuis un an, le PS est retourné à gauche toute ? - Moi j’ai toujours été à gauche toute, donc ça ne me change pas. C’est vrai qu’au parti, on a des sensibilités parfois différentes, mais heureusement ! J’ai toujours prôné une gauche fière d’elle-même, qui évolue, qui ne perd pas le sens de son combat. J’ai horreur des pensées uniques, et je n’ai aucun problème quand il y a des conflits d’idées. Et j’ai l’habitude d’assumer complètement mes décisions. - Dans cette évolution idéologique, pensez-vous que le récent « appel » anticapitaliste et écologique d’Yvan Mayeur et Jean Cornil ait sa place ? - Tout à fait ! Je l’ai trouvée bien, leur réflexion ; ils ont raison : le développement durable au départ, il a été inventé par une socialiste ! Ensuite, les socialistes s’en sont laissé déposséder parce qu’ils n’ont pas suffisamment cherché le moyen d’appliquer leur théorie de solidarité responsable à l’environnement. C’est pour ça que j’apprécie l’appel d’Yvan et Jean : ils disent qu’on doit réfléchir le développement durable en termes de solutions qui incluent le concept de solidarité. À partir de là, il y a vraiment moyen de construire une nouvelle donne. - Le concept de solidarité manque à Ecolo ? - Je n’ai pas dit ça. L’avantage d’Ecolo, c’est d’avoir continuellement tapé sur le clou, quelles que soient les périodes, de croissance ou de difficulté, et je pense qu’ils avaient raison. Maintenant, si la force socialiste se met complètement au service d’un avenir qui inclut le développement durable, je pense qu’on aura des solutions plus construites. - Ecolo est un laboratoire pour le PS ? - Ça dépend. Qu’est-ce qu’Ecolo ? C’est aussi un parti avec énormément de tendances différentes, notamment laïque et chrétienne comme on a pu les voir se frotter lors des dernières élections. Au niveau économique ou éthique, il y a des écolos de droite et des écolos de gauche. Ecolo est peut-être un aiguillon, mais maintenant, c’est un parti en tant que tel – depuis le temps qu’il est là hein, on ne peut plus dire que c’est un nouveau petit parti aiguillon : c’est un parti traditionnel. - Avec le recul, le PS répèterait-il son soutien à la privatisation de la CGER ; ne préfèrerait-il pas avoir gardé une banque publique ? - Si, je pense. C’est d’ailleurs pour ça que lorsqu’on a dû gérer la crise Fortis, j’étais de celles qui se posaient la question de recréer une grande banque publique belge. Mais j’étais minoritaire, ce n’était pas possible avec les partenaires, donc on a composé.
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- À choisir, préférez-vous une coalition Olivier ou « Lilas » ? - Je privilégie toujours ce qui est le plus proche de nos valeurs et de notre programme, les coalitions le plus à gauche possible. Mais ce n’est pas toujours possible, surtout dans un gouvernement fédéral où il faut prendre en compte la réalité flamande. - Vous auriez envie de composer un Olivier fédéral en 2011 ? - À titre personnel, ça me plairait bien ! Mais que vont donner les élections du côté francophone et surtout du côté flamand ? - Qu’est-ce que ça vous fait d’entendre le MR parler désormais de régulation et de solidarité ? - Quand quelqu’un est devant moi et me dit « tout compte fait, pendant vingt ans, j’ai dit non mais maintenant, tu n’as pas nécessairement tort », ça ne me fait pas déplaisir ! Ce que je vais regarder, c’est la conformité entre les discours et la réalité. Par exemple, je me suis fait remballer jusqu’ici à chaque fois que j’ai proposé de taxer la spéculation pure et dure – le gouvernement a même failli tomber un jour là-dessus ! Maintenant, je constate qu’ils disent qu’il faudrait peut-être faire quelque chose. Tant mieux ! Je vais remettre le dossier sur la table, et on va voir ! Vont-ils n’accepter que du symbolique ou du concret, comme faire payer les banques pour la crise ? - Avec quel ministre non-PS vous entendez-vous le mieux dans ce gouvernement ? - J’ai des contacts différents avec les uns et les autres. JoëlleMilquet, je la connais depuis fort longtemps : à l’époque où elle a eu ses problèmes pour arriver à la présidence du PSC, elle m’avait dit que j’étais la seule à lui avoir envoyé un message de soutien. Depuis lors, on a gardé de bons contacts. Prenez Didier Reynders : j’ai fait mes études avec lui ! On s’engueule très souvent dans les réunions, sur des dossiers, sur ce qu’il dit à l’extérieur, mais d’un autre côté, quand on n’est pas en train de se combattre sur le fond, j’ai de bons contacts avec lui ! Avec Guy Vanhengel, la première réunion a été explosive – comme ça, c’est fait, il sait qui je suis – mais il est nouveau, et maintenant ça va déjà beaucoup mieux. Le Premier ministre, il est d’une autre génération mais c’est un homme d’une érudition incroyable, et il la met au service de la gestion des conflits au sein de son gouvernement ; c’est assez rare. Ce n’est pas un notaire, j’apprécie. Voilà, j’ai fait le tour de tous les partis ? - Entre Herman Van Rompuy et vous, il n’y a pas de frontière philosophique infranchissable ? - Non, pas du tout. Il insiste pour que j’assiste à la canonisation du Père Damien, mais la canonisation, c’est un concept qui m’est un peu étranger ! Je lui ai dit que pendant ce temps-là, moi je serai à Verviers pour faire une conférence sur le Père Damien, voilà ! - Vous êtes ministre depuis 1992 : vous n’en avez pas marre ? - Si j’en avais marre, je quitterais tout de suite. Parce que ce n’est pas possible, on donne trop. De temps, d’énergie, d’adrénaline, de ses hobbies, de ses envies… Donc il faut drôlement aimer ce métier pour continuer. Et c’est un métier qui me passionne. - Sur ces 17 ans, quelle a été votre plus grande désillusion ? - Vous savez, quand je me suis décidée à faire de la politique, c’était contre l’avis de mon père, qui me disait « surtout, jamais ça ! C’est horrible, c’est violent, etc. ». Et moi, pendant ce temps-là, je lui disais que les politiques sont des chiffes molles, j’étais très rentre-dedans, je reprochais au PS d’accepter n’importe quoi… Une fois dedans, je me suis vite rendue compte que la vie est faite de compromis. Ce n’est pas une désillusion à proprement parler, c’est une leçon. - Quel fut votre combat le plus dur ? - Il y en a eu beaucoup ! Le dossier le plus douloureux, ça a été de gérer l’Enseignement dans une période de vaches maigres. J’aurais tellement voulu avoir cette compétence dans un moment où il y a des moyens budgétaires ! Ça, ça m’a fait du mal. Moins qu’aux enseignants, évidemment ! À part ça, j’ai à chaque fois eu du bonheur. Même à l’Enseignement : quand j’ai fait le décret Mission, ça a été du bonheur, et savoir que maintenant, ça reste encore la référence, c’est génial ! Ici à la Santé, j’ai presque fouetté mon équipe pendant trois mois, jour et nuit sur le pont, pour faire le Plan cancer ! Quand j’étais à l’Emploi, la négociation pour faire le Plan Rosetta, je ne vous dis pas quel combat ! Même le SP.A – c’était Luc Van den Bossche – me disait « ça ne va pas, non ? » ! Voilà, j’ai plein de souvenirs magnifiques.
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- Le cabinet d’avocats de votre mari a beaucoup de pouvoirs publics comme clients : ce n’est pas du conflit d’intérêts ? - Mais… Marc avait des dossiers de tous les gouvernements bien avant que je vienne ! Ils ne sont pas nombreux, les cabinets qui font dans le secteur public. Et ils ne sont pas nombreux, les gens qui ont sa compétence. S’il n’était pas mon mari et si j’avais besoin d’un avocat, j’irais vers lui ! Je le vois bouloter, je trouve que c’est un homme extraordinaire ! Et pour revenir à la question : quand je suis arrivée, il a perdu des dossiers ! Voilà, c’est parce qu’on s’aime : le fait d’être avec moi lui a enlevé toute une série de contentieux ! - Désormais, vous avez aussi un mari scénariste. Ça vous fait plaisir ? - Il est incroyable : il s’est diversifié ! Il est avocat pour les pouvoirs publics, maintenant il fait pas mal de pénal, il écrit des bouquins, il donne cours et puis maintenant il est scénariste ! C’est un homme qui est toujours en mouvement… À tort ou à raison, je trouve ça très bien, on en a discuté – puisqu’il me demande de temps en temps mon avis – et je trouve que c’est une série gaie, trépidante, où on rit et on pleure mais aussi où on se pose beaucoup de questions sur la Justice. - Comprenez-vous que le choix d’avoir une maison de campagne à Lasne puisse choquer, dans le chef d’une dirigeante socialiste ? - Oui et non. D’abord, je connais peu d’hommes et de femmes politiques qui n’ont pas une maison de vacances quelque part ; on me l’a reproché, pas aux autres, j’ai toujours trouvé ça un peu bizarre. Ensuite, on a fait construire une maison pour laquelle j’ai contracté un emprunt à la banque : personne ne nous l’a donnée, on la paye chacun avec notre travail, c’est le prix d’un effort et je n’en suis pas gênée. Enfin, mon mari vient de là, il habite là, la maison se trouve quasiment dans le jardin de sa maman, il est accroché à ce coin où il a grandi ! Voilà, après, il y a eu une exploitation politique, comme chaque fois que je fais quoi que ce soit. Mais j’aurais dû beaucoup plus l’assumer, donc je le regrette. - Pourquoi ? - Pourquoi je n’ai pas assumé ? Parce que quand je me suis mariée avec Marc, je suis passée d’un statut à un autre : auparavant, j’étais la fille de l’ouvrier – et c’est vrai, j’ai passé mon enfance dans le monde ouvrier et c’est celui où je me sens le mieux – et je suis passée de ce statut-là à celui, parce que j’avais épousé Marc, de la gauche caviar ! Ce n’est pas facile à assumer, cette gauche-là que j’ai toujours critiquée, mais on a décidé à ma place une fois pour toutes que j’étais dans cette gauche-là parce que j’ai rencontré un homme qui était différent ! Aujourd’hui, j’assume beaucoup mieux – les critiques, pas la gauche caviar !
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- Philippe Moureaux ou Elio Di Rupo ? - Au niveau privé, je connais beaucoup plus Philippe : on se parle de nos vies en dehors du boulot. C’est un homme qui a l’air très abrupt – quand il tape, il tape fort – mais j’ai une relation très tendre avec lui. Par contre au quotidien, je travaille beaucoup plus avec Elio ; on a commencé ensemble au Parlement ; c’est l’homme à qui je téléphone le plus ; et c’est un homme que j’aime beaucoup. - Rudy Demotte ou Jean-Claude Marcourt ? - Je suis plus proche de Jean-Claude : il a été mon chef de cabinet pendant des années, il vient de Liège… C’est un peu comme avec Philippe Moureaux : quand je suis partie en vacances en France, Jean-Claude est venu passer une soirée avec nous ; c’est un ami proche. Mais Rudy, je l’adore, on a travaillé ensemble au fédéral, c’est un homme de culture et d’humour, je le respecte beaucoup. - Michel Daerden ou Paul Magnette ? - J’aime bien les deux : Paul, c’est l’avenir du parti… - …Présidentiel ?… - …Oh ! Un jour ou l’autre, il le sera, je ne sais pas quand : il est cette nouvelle génération, c’est un homme profondément socialiste, moderne, très cultivé, qui a montré qu’il n’était pas un gadget. Michel Daerden, j’ai aussi commencé en même temps que lui, je connais Michel depuis tellement de temps ! Et je l’aime beaucoup, même si je lui reproche des choses… - Que lui reprochez-vous ? - Je lui dis toujours : sa relation aux femmes, je n’aime pas ; je suis ministre de la Santé, je ne suis pas sûre qu’il montre toujours l’exemple… - Un mot à Marie Arena ? - Je la considère comme ma petite sœur, Marie. - Quant à sa situation actuelle ? - J’ai été triste pour elle, mais en même temps… j’ai passé plusieurs jours avec elle en vacances, et ce qui est extraordinaire chez elle, c’est qu’elle se relance. Elle a accusé le coup, mais maintenant elle est déjà au combat. Ça, c’est génial, parce que c’est une fille vraiment intelligente, qui a envie de poigner dedans, qui a déjà pris des contacts et qui est déjà au travail. - Un mot à Isabelle Durant ? - À l’époque, ce que je lui reprochais, c’est de ne pas suffisamment se battre au sein du gouvernement fédéral, de laisser faire le boulot et puis de communiquer. Mais d’un autre côté, ce que je me reproche à moi vis-à-vis d’elle, c’est de ne pas avoir suffisamment pris en compte qu’elle était nouvelle et qu’il fallait qu’elle apprenne. Mais tout ça est dépassé. Et puis, les médias ont exagéré. - Quel poste aimeriez-vous occuper dans le futur ? - Pour le moment, je suis bien là où je suis, et j’assume. Mais j’ai toujours dit que je ne ferai plus une très longue carrière en politique : je n’ai pas envie de m’accrocher à cette fonction. Je donne, je donne, je donne, j’ai 50 ans, je me sens encore l’énergie et l’enthousiasme, mais je ne finirai pas ma vie en politique. Laisser un commentaire |
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