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Surtout, la grande surprise est venue de l’adoption (360 pour, 299 contre) d’un amendement préconisant l’instauration de la TTF à l’échelle européenne - qui pourrait drainer jusqu’à 200 milliards d’euros annuels dans la seule UE. «On attendait une majorité sur le principe d’une taxe, pas sur le fait de l’appliquer, tout de suite, sur le continent, avoue Thomas Coutrot, coprésident d’Attac. Un signal fort à destination des gouvernements, de la Commission européenne et des marchés financiers.» Que s’est-il passé ? «Malgré la tiédeur de la Commission et les résistances d’Etats conservateurs, le Parlement a clairement basculé dans le camp des régulateurs», note Yannick Jadot, eurodéputé vert. Avec un coup de pouce d’Angela Merkel, qui a plaidé hier pour que la question soit approuvée par l’Eurogroupe, qui se réunit le 11 mars.«Une question de justice sociale», a renchéri Werner Faymann, son homologue autrichien. C’est que la colère monte : les opinions s’indignent de l’absence de régulation effective, à l’image du retour des bonus faramineux des traders. «Le secteur financier est sous-taxé et cette situation est injuste», a plaidé l’eurodéputée Anni Podimata. «Si Merkel a tenu cette position, c’est qu’elle est aussi en difficulté dans des élections à venir fin mars dans le Bade-Wurtemberg, que [la CDU] contrôle depuis 1953, ajoute Jadot. Il lui faut lâcher du lest.» Conséquence : plus de 80 conservateurs du Parti populaire européen ont voté l’amendement déposé par les socialistes. La CDU a donc rallié le mot d’ordre de Merkel. L’UMP (21 pour, 6 contre) aussi.
Dans le même temps, les députés ont aussi drastiquement limité la possibilité de vendre à découvert à nu, l’instrument favori des spéculateurs avec les CDS que l’Allemagne a déjà interdit en mai dernier. Par ce moyen, on peut vendre à la baisse une obligation ou une action que l’on n'a pas… Durant la crise de la zone euro, la plupart des attaques spéculatives contre les Etats ont eu lieu par ce biais, les banques d’affaires ou les Hedge fund pariant massivement sur la baisse de la valeur d’une dette qu’ils ne possédaient pas… Là aussi, la majorité qui a soutenu ces interdictions était composée de verts, de socialistes, de communistes et de conservateurs allemands et français. « Seuls les conservateurs britanniques, une partie des libéraux et l'extrême droite européenne ont voté contre », explique Pascal Canfin, le rapporteur de ce texte. Reste à obtenir une majorité qualifiée au Conseil des ministres, ce qui s'annonce compliqué, même si une partie des conservateurs ont clairement versé dans le camp de la régulation. «Si le gouvernement allemand est sur notre position, ce n’est pas le cas de la France, qui manie sur ces questions un double langage», estime Canfin. Comme sur l’application d’une TTF à l’échelle européenne ? Thomas Coutrot, d’Attac, enfonce le clou : «La France doit arrêter de dénoncer en paroles la spéculation financière tout en refusant en pratique la moindre mesure concrète pour l’entraver.» De son côté, la Commission, «qui se déchire sur ces deux sujets, les CDS comme la TTF», rappelle un diplomate, commencerait à voir dans la TTF européenne un moyen d’arrondir son budget. La France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont ainsi demandé le gel du budget communautaire jusqu’en 2020. Le vote de l’Europarlement change-t-il la donne ? «Il jette les bases d’un début de fiscalité européenne, sans le dire vraiment», estime Sébastien Fourmy.
N.B.: il s'agit d'une version longue d'un papier paru ce matin dans Libération Laisser un commentaire |
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