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Le blocage communautaire, une perspective historique.

vendredi 20 août 2010, par Claude Thayse


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Voir en ligne : http://www.claude-thayse.net/articl...

 

Je l'ai déjà dit, je supporte très mal tous les intégrismes. Qu'ils soient religieux, philosophiques ou politiques. Ce qui me vaut d'ailleurs la haine profonde de ceux qui sont certains de détenir "La Vérité" dans leur domaine. Je suis un sceptique, adepte du doute raisonné.

Je suis frappé par la volonté de simplification qui guide tellement de "raisonnements" (le mot ne convient pas vrament !) ou plutôt de jugements définitifs sur la situation politique actuelle. Je constate souvent que cette simplification est gouvernée par une très grande méconnaissance dee l'Histoire.

 

Pour l'instant, l'homme à abattre, c'est Bart De Wever (N-VA). On oublie que les francophones - tout en étant demandeurs de rien - ont défendu des positions qui étaient et sont encore inacceptables aux yeux des Flamands. Leur exigence d'élargir Bruxelles et de revoir le tracé de la frontière linguistique remet en cause tout ce qui a été négocié depuis 1889, c'est-à-dire depuis le moment où on a commencé à territorialiser la réforme de l'Etat.

En 1889, la loi sur l'utilisation du flamand en matière répressive prévoit que, dans certaines communes, les Flamands pourront utiliser leur langue en justice. A partir de cette date-là, on va dire : à Gand, à Termonde, à Courtrai, on parle le flamand. Pour la première fois, on trace la frontière linguistique. Depuis 1889, on peut donc dire "Je vis en Flandre " ou "Je vis en Wallonie ".

La deuxième étape importante, c'est le "compromis des Belges", en 1929.  Il est clair : désormais, il est arrêté qu' on parle le néerlandais sur le territoire flamand ;on parle le français sur le territoire wallon et à Bruxelles, on est dans une logique bilingue. Formulé autrement, on arrête de franciser la Flandre et de flamandiser la Wallonie. 

Ensuite, en 1962 et 1963 on a fixé la frontière linguistique. A part des points litigieux, comme les Fourons, le tracé de  cette frontière relevait d'un accord entre Flamands et Wallons. En le remettant en cause, les partis francophones ont fait le jeu de la N-VA.  Le couloir de Rhode-Saint-Genèse avait déjàété proposé dans les années 1970 par André Lagasse, l'un des fondateurs du FDF décédé récemment (**). Défendue au départ par une fraction du FD, elle a été, jusqu'aux denières élections, brandie par les quatre partis francophones e"ssentiellement pour des raisons électorales. Il est évident, quand on prend un peu de recul que cette proposition sape les fondements selon lesquels les quatre régions linguistiques - Flandre, Wallonie, Bruxelles, Communauté germanophone - doivent se respecter et ne pas chercher à déplacer les frontières à leur avantage. C'est une remise en cause  de l'acquis fédéraliste, construit patiemment et difficilement depuis la fin de xixe siècle. (***)

Soyons réalistes. En agissant ainsi, les francophones envoient en réalité le message qu' il faut unir la Wallonie et Bruxelles, comme ça, on sera deux contre un, et la Flandre sera perdante. Comment s'étonner ensuite des exigences flamandes ?

Elle est bien loin l'époque où le nationalisme flamand était incarné par la Volksunie et  où certains partis wallons (le Rassemblement wallon en particulier) discutaient avec ses représentants, ce qui a permis aux esprits d'évoluer et de préparer les réformes qui ont suivi. Cette tradition du dialogue s'est perdue. Les Wallons ont perdu leur originalité dans l'amalgame francophone. Di Rupo ne connaissait pas De Wever.

 

C'est un constat.

J'y pensais en écoutant ce matin Hendrik Vuye, constitutionnaliste, professeur aux FUNDP (Namur), mais aussi l'expert consulté par la N-VA pour les matières institutionnelles. Relisez-la ici  

 


(*)A l'époque, il existait cette crainte que les ouvriers flamands, de plus en plus nombreux en Wallonie, finissent par y imposer leur langue. Les nouveaux arrivés hissaient des drapeaux flamands dans des communes sidérurgiques ou minières. Ils venaient avec leur curé, organisaient des messes en flamand. De plus, la loi sur l'enseignement autorisait l'ouverture d'une école en néerlandais partout où un certain nombre de pères de famille le demandaient. Vous pouviez avoir des écoles flamandes à La Louvière ou à Seraing... Les lois linguistiques des années 1930 vont   y mettre fin, et consacrer le principe de territorialité linguistique. Mais c'est bien oublié aujourd'hui.

 

(**) On se souviendra que François Perin (constitutionnaliste) s'en était gaussé en parlant de " pédoncule ."

 

(***) Mais peut-être est-ce voulu... J'avoue avoir peine à croire à un tel machiavélisme...

 
 

 



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