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Le coticule en héritage

lundi 6 juin 2011, par Charles Bricman


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Voir en ligne : http://blog.pickme.be/2011/06/05/le...

Samedi, j’ai fait l’emplette d’un petit morceau de coticule – enfin, c’est Gaïd qui a financé l’achat. Non, ça n’a rien d’obscène, le coticule. Vous ne savez pas ce que c’est ? Normal. Moi, je ne connais ce truc depuis ma petite enfance que parce que mes grands-parents avaient une petite maison de vacances à La Comté, un minuscule hameau de Vielsalm, dix-sept feux dont le nôtre, que la bonne madame André allumait le vendredi pour nous, un peu avant qu’on arrive pour le week-end, au bout d’un long voyage de plus de deux heures depuis Bruxelles, dans la Dodge bleu ciel de bon-papa, immatriculée B9695.
Juste au-dessus du village, dans la forêt d’épicéas, il y avait une carrière à l’abandon depuis 1955 au moins.  C’était une longue promenade, toute en montées. Elle ne m’amusait qu’à moitié mais là-haut, la récompense était le pique-nique, au milieu de vieilles bennes qui rouillaient sur des rails posés sur la caillasse, à l’entrée d’une mystérieuse galerie qui s’enfonçait dans le flanc de la colline et me faisait penser à une mine d’or comme on en voit dans les albums de Lucky Luke.
C’était bien une mine, mais pas une mine d’or, évidemment. Encore qu’on ait parfois trouvé quelques paillettes, dans l’eau des rivières du secteur, mais si peu que s’il y eut bien quelques orpailleurs dans la région, à ce qu’il paraît, on n’y assista jamais à la moindre ruée. Il y avait par contre du coticule, un don de la terre qui a fait vivre des gens, du XVIe siècle jusqu’au milieu du XXe.


Le coticule, c’est donc un schiste rare. Si rare qu’on n’en a jamais trouvé, ou qu’on n‘en a à tout le moins jamais exploité, que dans les environs de notre petite maison de La Comté.
D’abord, il est blanc ou, plus exactement, blond. C’est le seul schiste connu qui ne soit pas gris come une ardoise. C’est plutôt joli, si on veut, mais ça n’en fait  pas pour autant une pierre précieuse. Il y a surtout qu’il est extrêmement dur, parce que contenant de 35 à 40% de minuscules grenats qui lui confèrent ses qualités abrasives. Le coticule, vous l’avez deviné, est donc une pierre à aiguiser. C’est la « pierre de Vielsalm » qui s’est vendue dans le monde entier pour affiler les lames de rasoir et que quelques fanatiques du coupe-chou et de l’Opinel connaissent et recommandent encore aujourd’hui.
Hier, j’ai visité pour la première fois le Musée du Coticule, à Salmchateau. Il a le charme de ces vieilles chapelles romanes qu’on découvre en Auvergne quand on a oublié à l’hôtel son guide vert ou bleu qui n’en parle pas. Il  est au bout d’une ruelle improbable coupée par un gué et, pour deux euros cinquante au plein tarif, vous avez toutes les chances de l’avoir pour vous tout seul, entre avril et octobre.

C’est là que j’ai acheté mon coticule que la famille Nickelman polit encore pour quelques amateurs éclairés des Amériques. J’y ai appris qu’il fallait une tonne de pierre extraite pour  obtenir un kilo de pierre à aiguiser. C’est donc assez cher. Mais ça fait de l’usage. La dame qui vend les tickets m’a confié que, dans sa  cuisine, elle utilise encore la pierre qu’elle a héritée de son grand-père. Je me demande si les petits-enfants que je n’ai pas encore se disputeront un jour pour avoir mon coticule.



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