Devenez rédacteur
|
Voir en ligne : http://bruxelles.blogs.liberation.f...
Il s’agit évidemment d’un scénario fiction auquel beaucoup d’analystes et d’opérateurs de marché, notamment anglo-saxons, mais pas seulement, ont cru durant les six mois qu’a duré la crise de la dette souveraine. Mais ils ont sous-estimé la volonté politique des États de maintenir coûte que coûte la monnaie unique, trop conscients des conséquences apocalyptiques d’un tel scénario. On savait, intuitivement jusque-là, que les pays faisant partie de l’eurozone ne sortiraient pas intacts d’une telle aventure. Désormais, on dispose d’une solide étude réalisée par le Britannique Mark Cliffe, économiste en chef de la banque néerlandaise ING, et son équipe, qui confirme l’ampleur de la catastrophe que serait l’éclatement de la zone euro ou même la sortie de la Grèce ou d’un autre pays.
Dans une épaisse note publiée le 7 juillet (en anglais,téléchargeable ici), et intitulée « Quantifier l’impensable »sur laquelle mon collègue du Point, Romain Gubert, a non seulement mis la main (lire son article ici), mais a eu la gentillesse de m’envoyer, Mark Cliffe a travaillé sur deux scénarios, même si d’autres sont possibles : soit un éclatement limité, seule la Grèce quittant l’euro, soit une désintégration totale. Leur conclusion ? Même si « les avantages et inconvénients à long terme d’un éclatement de la zone euro » ne sont pas évoqués et si « l’on peut toujours discuter des chiffres », « ce qui est sûr, c’est que les conséquences immédiates d’un tel choix provoqueraient un tel traumatisme que ceux qui proposent la fin de l’union monétaire comme solution à la crise doivent l’avoir en tête ». Les auteurs rappellent avec bon sens que la seule faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers, en septembre 2008, a entrainé une grave récession dont nous ne sommes toujours pas sortis. On peut donc imaginer sans peine quel serait l’effet d’une implosion de la zone euro. Pour l’équipe d’ING, quel que soit le scénario retenu (sortie de la seule Grèce ou implosion générale), la croissance recevra un énorme coup de marteau. Et cela, pour plusieurs raisons : même si la sortie est programmée à l’avance, la réintroduction d’une monnaie nationale posera de tels problèmes juridiques et logistiques qu’elle aura un effet sur l’activité ; le ou les pays n’échapperont pas à une fuite des capitaux et à un effondrement de la confiance entre les acteurs économiques et financiers (l’effet Lehman Brothers puissance X) ; il y aura une chute des prix des biens, notamment immobiliers ; le pays sortant de l’euro devra s’imposer une sévère cure de rigueur pour convaincre les investisseurs de sa crédibilité ; les pays n’appartenant pas à l’Eurozone souffriront, car leur monnaie s’appréciera automatiquement face à la ou aux nouvelles monnaies, ce qui par contrecoup nuira à l’ex-zone euro... Si la Grèce sort seule, elle devra affronter la première année une récession de 7,5 % alors que ses Certes, la dépréciation de la nouvelle drachme (estimée à 80 % par rapport à l’euro) ou des nouvelles monnaies nationales (par rapport au mark, livre irlandaise, peseta espagnole, escudo portugais dévalués de 50 %, lire italienne dévaluée de 25 %, franc dévalué de 15 %, franc belgo-luxembourgeois, florin, schilling et couronne dévalués de 7,5 %), dopera pour un temps les exportations de ces pays, mais sans pouvoir compenser l’effondrement de la demande interne. Surtout, l’inflation à deux chiffres va faire des ravages dans les pays du sud de l’ancienne eurozone pendant que la déflation menacera le « cœur » de l’ex zone euro, notamment l’Allemagne, et les États-Unis, dont la monnaie va connaître une brutale réévaluation (en cas de sortie de la Grèce seule, l’euro tombera à 0,85 dollar, miné par une défiance prolongée). L’effet d’une sortie de la Grèce sur le secteur financier serait dramatique, la plupart des obligations grecques étant possédées par des établissements, banques et fonds de pension, des pays tiers, en particulier ceux du « cœur » de la zone (Allemagne, France, etc.). Ce serait encore pire en cas d’éclatement de la zone euro, le « cœur » étant généralement créditeur et la périphérie débitrice, ce qui l’expose à de sévères pertes. Toujours en cas d’éclatement de la zone euro, les capitaux ayant une fâcheuse tendance à voler vers la qualité, cela fera les affaires de l’Allemagne ou des Pays-Bas dont les taux d’intérêt à long terme chuteront. En revanche, dans les autres pays, et notamment ceux de la périphérie, ils s’envoleront et retrouveront leurs hauts niveaux d’avant l’euro. Résultat : l’activité économique sera encore davantage étranglée.
L’économiste en chef de Natixis, Patrick Artus dans une note du 27 juillet explicitement intitulée : « la vision anglo-saxonne de la zone euro est profondément erronée » (en français, à télécharger ici) estime lui aussi que la dimension politique de l’euro a gravement été sous-estimée par les marchés. Il souligne que « depuis plusieurs mois, les investisseurs sont inondés de recherche venant de Londres ou de New York qui leur explique que les pays périphériques de la zone euro vont faire défaut sur leurs dettes publiques et que l’euro va disparaître, certains pays voulant retrouver leur liberté monétaire ». Même si pour défendre cette thèse, les anglo-saxons avancent des arguments rationnels, Patrick Artus estime qu’ils oublient « la volonté politique des Européens d’éviter un défaut et toute évolution qui menacerait la crédibilité et la stabilité de l’euro », comme le montre le plan d’aide à la Grèce et la mise en place du fonds de stabilisation européen, mais aussi « les coûts massifs qui seraient associés à la sortie de l’euro pour un pays » et « à un défaut sur une dette souveraine, compte tenu de la structure de détention de ces dettes et du risque de contagion ». Bref, « les Anglo-saxons n’ont pas une vision assez politique et pragmatique de l’euro pour qu’elle soit correcte ». Ajoutons qu’il en va de même de nos eurosceptiques patentés (ci-dessus, le livre de Christian Saint-Etienne)…
Laisser un commentaire |
?
Derniers articles de Jean Quatremer : Heureux qui, comme un député grec, a touché le pactole… Grèce : la BCE ne veut pas prendre ses pertes Cohn-Bendit : "L’Europe négocie un traité dont elle n’a pas besoin" D'autres articles: CriseConnaissez-vous les SWAPS ? (Claude Thayse) Nos élus font ils fausse route ? (Jamy) Face à la crise, pas de salut sans industrie ! (LucasAimont) EuroChroniques de crise (2) : bye, bye, l’euro ? (Charles Bricman) Faut-il sauver l’euro ? Peut-on sauver l’Europe ? (Institut Thomas More - Comité belgique) Angela Merkel veut mener l’euro à coup de stricte (Jean Quatremer) CoûtCoût du travail français comparé aux coûts européens (Argoul) Non, la Belgique ne se scindera pas (Belge et fier de l’être) La Cour constitutionnelle censure une disposition du Code judiciaire relative au nouveau droit du divorce (Henri Laquay) |