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Le gambit du pion qui arrive à dame

mardi 4 janvier 2011, par Charles Bricman


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Voir en ligne : http://blog.pickme.be/2011/01/03/le...

Une opération fascinante à observer est en cours: la tentative du vieilestablishment national de sauver ce qu’il croit pouvoir encore préserver. L’ancienne Belgique. Celle de papa. Celle dont Gaston Eyskens avait établi l’acte de décès, le 18 février 1970. Y arrivera-t-il? On ne peut l’exclure tout-à-fait. Nous entrons ainsi en finale de la partie d’échecs qui se joue depuis la fin de la première guerre mondiale entre le mouvement flamand et l’Etat belge.

C’est une métaphore, elle a ses limites, mais elle est tentante: le camp des noirs est à l’attaque et menace de mener à dame un pion (la N-VA) soutenu par une pièce mineure (le CD&V). Pour défendre leur roi, les blancs n’ont plus qu’une tour (le « front » francophone mené par le PS de Di Rupo). Celle-ci donne des échecs à répétition mais elle ne peut plus mater car le roi blanc est incapable de lui prêter son concours: il doit rester à proximité du pion noir pour empêcher sa promotion. Il joue la nulle (un nouveau compromis « à la belge ») et… la pendule. Le zeitnot menace en effet les noirs: six mois sans gouvernement, c’est déjà presque trop pour les marchés financiers.

L’arbitre (Vande Lanotte) recommande aux adversaires de s’accorder sur un partage du point. Les noirs accepteront-ils ou misent-ils encore sur la victoire?

Théo Lefèvre, bien oublié aujourd’hui, a dit un jour de la politique belge qu’elle se caractérisait par l’affrontement de trois partis conservateurs: les sociaux-chrétiens, les socialistes et les libéraux. Ils sont huit aujourd’hui et ça change la donne. Elle est beaucoup plus compliquée. Le mouvement flamand n’est plus ce pion fou qu’on pouvait laisser batifoler derrière les lignes. C’est une pièce majeure du camp noir, maintenant…

Laissons-là cette plaisante métaphore. Elle a ses vertus pédagogiques mais aussi ses limites, bien sûr.

Fondamentalement, nous n’en assistons pas moins à la vieille technique stratégique qui consiste à isoler le pion menaçant pour conclure sur une nullité dont on sait seulement qu’elle ouvrira sur une nouvelle partie. La décision dépend depuis toujours du fou de cases blanches, le CD&V, autrefois bien plus fort – c’était une dame, au centre de l’échiquier . L’indécision est telle que le public a déserté la salle. Il est au bar, en attendant que ça se passe. Un peu inquiet quand même…

Je ne répéterai pas ici ce que j’ai dit déjà à plusieurs reprises. Cette partie n’amuse plus personne et pendant qu’on la joue ad nauseam, la situation se dégrade.

Le match entamé en 1970 doit être arrêté. Il faut changer les règles pour pouvoir refaire de la politique, au sens noble du terme. Cela passe par l’intégration du mouvement flamand et de la réalité nouvelle qu’il induit dans le système belge. Celui-ci a bien réussi à intégrer le mouvement socialiste, au prix du suffrage universel (vous souvenez-vous qu’avant 14, les communes à majorité socialiste restaient sans bourgmestre nommé par le roi?). Pourquoi n’intégrerait-il pas le mouvement flamand, au prix d’une réforme copernicienne de l’Etat? La meilleure façon de contrer un gambit, c’est souvent de l’accepter.

 


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