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Le point à Verhofstadt, contre De Wever

jeudi 4 mars 2010, par Charles Bricman


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Voir en ligne : http://blog.pickme.be/2010/03/03/le...

C’est un débat austère mais passionnant. Il se déroule principalement en néerlandais car, du côté francophone ou, plus précisément, wallon, il est pour l’instant plutôt question d’image que de fond.

C’est Verhofstadt qui l’a lancé, avec une tribune libre qu’il a publiée dans Le Monde. Les archives du quotidien parisien étant payantes, Le Soir a eu la bonne idée d’en « pirater » un peu le texte, ce qui fera sans doute froncer les sourcils de notre valeureux hadopiste national, j’ai nommé le sénateur Philippe Monfils. C’est une petite coquetterie de ma part, comme ça en passant.

Verhofstadt se veut citoyen du monde. Il juge dépassées les références à une identité nationale et plus généralement, j’imagine, aux identités collectives. Je partage globalement avec lui cette option idéologique.

A l’autre extrémité du spectre, on trouve les nationalistes. Bart Dewever par exemple. « Il est temps que Verhofstadt prenne sa pension en Toscane », a répliqué dans un premier temps le président de la NV-A. Réponse sommaire et un peu stupide au chef de groupe libéral du parlement européen qui s’était lui-même laissé aller à quelques formulations assez sommaires et un tantinet excessives.

Mais Verhofstadt est revenu, sur la scène belge, avec un « essai » percutant simultanément publié dans De Standaard et dans Le Soir. De Wever a répliqué mardi dans De Standaard. En néerlandais seulement. Dommage. Le Soir nous offrirait-il, demain ou après-demain, une opportune traduction?

Si l’on en retire les effets d’estrade et les gamineries, le débat entre ces deux authentiques intellectuels a incontestablement une belle tenue et je ne peux que déplorer l’apparente indifférence, jusqu’à présent en tout cas, du camp francophone dans lequel seul mon excellent confrère et ami Alain Gerlache s’en est jusqu’ores mêlé. En néerlandais.

 

« Tu radotes, papy ». C’est en somme ce que Bart réplique une fois encore à Guy. Il lui reproche d’en être resté aux années 90, au rêve fugace d’une mondialisation heureuse, né sur les gravats du Mur de Berlin fraîchement renversé. La « fin de l’Histoire« , avait annoncé Francis Fukuyama.

Mais ce n’est pas comme ça que ça fonctionne, argumente De Wever. On a beau jeu de se déclarer citoyen du monde, assène-t-il, quand on est un grand bourgeois friqué et qu’on peut se payer une résidence en Toscane – mets donc ça dans ton armoire, mon cher Guy.

Quand on est un citoyen précarisé, dit-il, on se retrouve facilement, isolé, dans un monde très inconfortable et inquiétant, si l’on n’est pas entouré, englobé, intégré dans une environnement social solidaire. Et on retrouve là les grands invariants du nationalisme flamand classique. Pour un peu, j’y décelerais la vision d’une Flandre… d’amon nos ôtes. Mais je me suis promis de ne pas ironiser, de ne pas user et abuser du « mot qui tue »…

Parce que de la Belgique, lui, il en parle, Bart De Wever. En quelques mots saisissants, il nous répète ses conceptions que l’on connaît déjà et qu’il exprime bien. A l’origine, la Belgique n’était pas aussi artificielle qu »‘on le dit, ose-t-il, elle faisait sens, il y avait une cohérence certaine dans des Pays-Bas méridionaux se dotant d’une superstructure étatique en phase avec sa situation dominée par une grande bourgeoisie censitaire et exclusivement francophone – il n’emploie certes pas expressément ce vocabulaire un peu marxisant mais l’idée me paraît clairement présente dans son analyse.

Bref, ce qui aurait délité cet Etat-nation typiquement XIXe, c’est l’avènement du suffrage universel. De la démocratie. Et la Belgique est alors devenue « une conférence diplomatique permanente », un Etat pseudo-fédéral trop faible et trop problématique « pour encore offrir une plus-value à une citoyenneté active ».

Mais laissons la Belgique, qui n’est qu’une illustration probablement anecdotique dans la Weltanschauung de Bart De Wever.

Le monde selon Bart m’a tout l’air d’être une juxtaposition de communautés nationales que cimentent une origine, des usages partagés, une langue, un droit – et curieusement, il fait mine d’oublier la religion dont la fonction politique n’est pourtant pas mince, me semble-t-il.

Et d’esquisser alors ce qui m’apparaît comme sa propre utopie naïve, en quelque sorte le négatif de celle de Verhofstadt. Au joyeux entrelacement des races, De Wever oppose leur juxtaposition harmonieuse, une Europe qui n’est certainement pas post-nationale – la thèse du grand bleu – mais qui tente d’échapper au modèle des Etats-nations perpétuellement querelleurs.

Parce que De Wever tient à réfuter le soupçon du nationalisme agressif. Au passage, il rappelle que l’idéologie française de la Grande Nation n’est pas exempte non plus d’une claire volonté dominatrice qu’expriment les armées impériales et que l’esprit allemand traduit en: « Willst du nicht mein Bruder sein, schlag’ich dir den Schädel ein » (Si tu ne veux pas être mon frère, je t’enfonce le crâne).

La vision de Bart De Wever me paraît toutefois au moins aussi utopiquement enjolivée que celle de Guy Verhofstadt comme il l’exprime. En particulier, il me semble oublier qu’en dehors des vallées reculées qu’il semble affectionner, le monde n’est plus à la juxtaposition des peuples, mais à leur superposition. On ne peut plus s’occuper d’agencer des territoires homogènes car il n’y en a plus, là où les choses se passent.

Plus aucun peuple qui compte ne vit entre soi, à l’abri de ses frontières. Le défi du XXIe siècle sera d’organiser à l’échelle de la planète le royaume normand de Sicile, jolie fleur éphémère de cohabitation harmonieuse entre peuples qui se déchiraient ailleurs.

Et c’est pour ça qu’à mes yeux, au royaume des idées, entre De Wever et Verhofstadt, c’est De Wever qui est le maillon faible, et c’est Verhofstadt de slimste mens.



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