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Le sommet des égoïsmes

lundi 20 décembre 2010, par Jean Quatremer


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Les dirigeants européens ne semblent toujours pas avoir pris la mesure de la crise 
qu’affronte l’Union et plus particulièrement la zone euro. Réunis durant deux jours à Bruxelles, les vingt-sept chefs d’État et de gouvernement ont certes proclamé sur tous les tons leur « solidarité » et leur volonté de sauver l’euro, notamment en pérennisant le Fonds européen de stabilité financière (FESF) au-delà de 2013, mais ils n’ont pas expliqué par quel miracle « la zone euro sortira plus forte de la crise », comme ils l’ont virilement affirmé. En effet, ils ont clairement refusé d’aller plus loin dans une intégration politique et économique que les marchés financiers jugent pourtant nécessaire dès lors que la politique monétaire est unique. Berlin et Paris ont brillé par leur inconséquence en s’opposant fermement aux « euro-obligations » proposées par Jean-Claude Juncker, le premier ministre luxembourgeois, mais aussi en soutenant une initiative britannique visant à geler jusqu’en 2020 le budget européen pourtant déjà limité à 1 % du PIB communautaire. Preuve, s’il en est, que le débat entre plus ou moins d’Europe n’est toujours pas tranché.

 

« À l’issue d’un Conseil européen qui se voulait un Conseil de solidarité, on a envoyé aux marchés une lettre de démenti », a amèrement commenté Juncker. Au Parlement européen, les principaux groupes ont été atterrés par le Sommet. Le patron du groupe PPE (conservateur) du Parlement européen, Joseph Daul, a lancé : « mon Europe n'est pas celle de Cameron (le Premier ministre britannique), dépourvue d'ambitions politiques et des moyens adéquats pour les réaliser ». Pour Daniel Cohn-Bendit, coprésident du groupe Vert, « on va payer très cher ce refus d’aller plus loin dans l’intégration et de se donner les moyens de faire face à la crise ».


Depuis le début de la crise de la dette publique, en janvier 2010, les Européens ont toujours eu un coup de retard sur les marchés, principalement à cause d’une chancelière allemande, Angela Merkel, debout sur les freins : « elle a été fortement tentée de laisser tomber la Grèce en début d’année et ce n’est que grâce à la France qu’elle a finalement accepté de l’aider », raconte un diplomate français. « La colère du gouvernement allemand à l’égard des pays du “Club Med” est réelle », ajoute cette source. Merkel n’a donc accepté la solidarité financière qu’elle refusait au départ qu’à reculons : l’aide à la Grèce, mais en échange d’un plan de rigueur sans précédent, le FEFS, mais limité à 440 milliards d’euros, alors que Paris proposait deux fois plus, et pour une durée de 3 ans, sa pérennisation au-delà de 2013, mais à condition qu’on puisse restructurer les dettes publiques des États aidés afin de faire payer les banques.

« Elle finit toujours par faire le bon choix, même si cela nous coûte cher », souligne un diplomate européen : « c’est pour cela que la France la soutient à chaque fois, y compris dans son refus d’aller plus loin. Sans cela, on aurait eu une série de “non” », ajoute le diplomate français déjà cité.

Lors du Sommet de Bruxelles, la chancelière n’est pas sortie de son rôle de 
« Madame non », en envoyant sévèrement dans les cordes Juncker et sa proposition de gérer en commun une partie des dettes publiques en émettant des euro-obligations lors du diner de jeudi soir. Sarkozy a collé à la Chancelière en expliquant que l’on ne peut garantir les dettes d’autres pays sans harmonisation fiscale préalable, allusion claire à l’impôt sur les sociétés irlandais, le plus bas de l’OCDE. Bref, il n’y aura pas de « réponse systémique à une crise systémique »comme le demandait le Luxembourgeois.

Alors même que les marchés s’inquiètent justement de cette absence de réponse globale, le couple franco-allemand n’a pas hésité à prêter main-forte à l’offensive de David Cameron, le premier ministre eurosceptique britannique, qui rêve de démanteler le seul instrument financier de l’Union, son budget. Il voulait obtenir dès maintenant que les futures perspectives financières 2013-2020 prévoient une
diminution du budget de 1 % du PIB communautaire actuellement à 0,85 %... Berlin et Paris ont refusé d’aller aussi loin, mais se sont ralliés à l'idée d'une diminution ("croissance inférieures à l'inflation"), soutenu par La Haye et Helsinki, sans voir la contradiction avec leurs grandes proclamations de solidarité destinées à rassurer les marchés (la lettre est ici). Même Silvio Berlusconi, le premier ministre italien, a vu le piège. Il a jugé l’initiative « pas opportune en ce moment »et a réservé sa position… Pour Daniel Cohn-Bendit,« la trêve des confiseurs a endormi les gouvernements et le réveil risque d’être brutal ».




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