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La mort du président polonais dans un accident d'avion, le 10 avril, a suscité une forte émotion en Pologne et a été couverte en long et en large par les médias internationaux qui ont partagé, peu ou prou, cette émotion. Ce n'est pas seulement la disparition de Lech Kaczynski qui a frappé les esprits, mais le fait que l'avion transportait une centaine de personnes, dont son épouse, et une série de personnalités politiques et militaires. Il n’en reste pas moins qu’une partie des hommages qui sont rendus au défunt président sont proprement incroyables, comme si la mort avait transfiguré cet homme réactionnaire, sectaire, eurosceptique, brutal en véritable icône alors qu'il a été le pire président que la Pologne n’ait jamais eu.
Comme le souligne avec justesse ma consœur du Monde, Marion Van Renterghem dans son article du 13 avril, même Adam Michnik, le patron de Gazeta Wiborcza, qui ne l’a jamais ménagé de son vivant, « passe sur le sectarisme réactionnaire, inquisiteur, eurosceptique, populiste qu’il fustigeait tant » et préfère saluer dans son éditorial « le patriotisme » de Kaczynski, « cet homme « droit » et « sympathique » qui a « servi l’indépendance de la Pologne » et choisi la liberté contre la dictature ». Alors même qu’il était passé de mode, au point qu'il n'était pas certain de se représenter pour un second mandat à la fin de l’année. La mort a des vertus qui ne laissent de m'étonner. D'autres personnalités disparues dans ce « tragique accident », comme on dit, auraient mérité de vrais hommages, comme Anna Walentynowicz, une figure mythique de Solidarité. Bref, vous l'aurez compris, je refuse de verser la moindre larme de crocodile pour cet homme qui a donné une image terrifiante de la Pologne et que je n'ai cessé de critiquer de son vivant.
Rappelons que si l'avion s’est écrasé samedi 10 avril dans une forêt russe, c'est parce que
C'est lorsque son frère Jaroslaw était premier ministre qu’il a donné sa véritable mesure. Les deux frères ont gouverné avec la Ligue des familles, un petit parti antisémite, xénophobe et violemment réactionnaire qu'ils ont protégé. Autoritaires, peu soucieux de libertés publiques, ils ont pourri la vie de centaines de personnes en se livrant à une chasse fantasmatique aux anciens communistes: le regretté Bronislaw Geremek a même failli perdre son mandat de député européen parce qu'il a refusé de se plier à une énième « loi de lustration », invalidée in extremis par la Cour constitutionnelle. Une humiliation qu’il ne leur a jamais pardonnée.
Kaczynski a, logiquement, essayé de s'opposer à l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, empêchant même le gouvernement libéral de ratifier la charte des droits fondamentaux. Il aura finalement été le dernier représentant d'une certaine Pologne rancie, crispée, réactionnaire (rejet de l’avortement, refus de reconnaître des droits aux homosexuels, etc.). Il faut espérer que la mort de Lech ne permettra pas à Jaroslaw de se faire élire à sa place, celui-ci étant encore bien pire que son jumeau.
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