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Au sein des dix provinces et des trois territoires qui forment la fédération canadienne, il est possible de voter, lors des élections fédérales, soit pour des partis nationaux (parti conservateur, parti libéral, Nouveau parti démocratique), soit pour des partis provinciaux. En réalité, il n’y a qu’un seul parti provincial qui détienne une représentation conséquente à la chambre des communes fédérale, le Bloc Québécois : fondé en 1991, c’est le parti frère du Parti Québécois qui défend l’indépendance du Québec. En Belgique, le Parti Québécois serait l’équivalent de la défunte Volksunie, un parti flamand réclamant la fédéralisation du royaume qui a disparu au début du siècle. La N-VA, qui est née de ses cendres, est beaucoup plus à droite que le PQ, même si celui-ci, majoritairement social-démocrate, compte une aile droite. Depuis vingt ans, les Québécois votaient majoritairement pour le Bloc québécois (BQ) qui défendait à Ottawa les intérêts du Québec. Lundi, ils se sont lassés de ce statut d’éternel opposant communautariste et de l’impasse que constitue le souverainisme (deux référendums perdus, en 1980 et 1995, sur le sujet, le second de justesse), et ont laminé le BQ qui passe de 49 sièges à… 4. Ils ont voté en masse pour le Nouveau parti démocratique (NPD), un parti social-démocrate, lui procurant même 59 sièges sur les 104 qu’il a obtenus à travers le pays (22 en Ontario, 11 en Colombie britannique, etc.). Celui-ci devient le premier parti d’opposition à la chambre. Les Québécois n’ont pas fait dans la dentelle : ils ont élu de parfaits inconnus (y compris une monolingue anglophone et un étudiant de 19 ans…).
En Belgique, un tel vote a été rendu totalement impossible, car il n’existe plus de partis politiques nationaux, un fait sans équivalent dans le monde. En effet, au lendemain de la fixation définitive de la frontière linguistique en 62-63, séparant le pays entre néerlandophones et francophones selon une ligne est-ouest, tous les partis politiques belges se sont scindés entre Néerlandophones et Francophones : les démocrates-chrétiens, en 1968, les libéraux en 1972 et les socialistes en 1978. Les Verts, eux, sont nés séparés. Il est amusant de se souvenir que les socialistes se sont séparés parce que les Francophones militaient à l’époque pour la fédéralisation du pays, ce que refusaient les socialistes néerlandophones partisans d’une simple décentralisation… Désormais, en Belgique, chacun est élu par son collège linguistique : un élu flamand n’est responsable que devant ses électeurs flamands pendant qu’un élu francophone n’est responsable que devant ses électeurs francophones. Ce qui ne pousse évidemment pas les élus au compromis, puisqu’il n’a pas de compte à rendre à l’autre communauté. Cette confiscation de la démocratie par les partis va très loin : même si les Flamands voulaient voter pour des partis défendant la fédération belge et l’unité du pays, ils ne pourraient tout simplement pas le faire, car ils n’ont plus le choix qu’entre des partis indépendantistes ou confédéralistes, plus aucune force politique flamande ne défendant un renforcement du niveau fédéral… Et comme les partis flamands refusent d’organiser un référendum sur l’indépendance de la Flandre ou sur toute autre forme de souveraineté-association, c’est l’ensemble du débat démocratique qui est confisqué par les forces politiques. Autrement dit, la fixation de la frontière linguistique et sa conséquence, la scission de tous les partis nationaux, ont fait le jeu des extrémistes flamands. Trente ans après, les séparatistes sont désormais majoritaires aux élections flamandes et la droite flamande a quasiment effacé la gauche (à peine un quart de l’électorat). À chaque élection, les forces centrifuges, faute de forces centripètes à lui opposer, se renforcent, comme le montre le poids chaque jour grandissant de la N-VA. Un parti politique national reste certes possible : mais toutes les tentatives récentes ont échoué, car il n’y a simplement plus aucune demande. Laisser un commentaire |
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