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Les agriculteurs ne sont pas des pas des mendiants mais des producteurs de richesses !

mercredi 5 août 2009, par Claude Thayse


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Voir en ligne : http://www.claude-thayse.net/articl...

C’est sous ce titre que l’ASBL « Vivre en Wallonie » publie ses réflexions sur la crise que traverse le monde agricole. Traverse en permanence, la colère des producteurs de lait n’en est qu’un des aspects.

Ce que j’ai appelé dans un billet précédent le capitalisme financier international (celui qui a remplacé le capitalisme industriel, par définition plus localisable et  qui avait fini par s’humaniser) est le premier responsable de la crise. Le second étant la politique agricole européenne qui en cherchant à globaliser l’agriculture applique les volontés de ces financiers internationaux. Oui, ceux là dont même le président des Etats Unis d’Amérique lui-même dénonce le cynisme.

Devant le peu de réactions du monde politique et l’apathie dont nos sociétés font preuve, j’aurais voulu écrire un billet sur ce sujet, mais ce texte publié entre-temps cite certains arguments que j’aurais volontiers développés. Je le livre donc à vos réflexions :


« Il est bien vrai que la politique agricole européenne paraît bien orientée vers la disparition de l’agriculture familiale au profit de sociétés industrielles pouvant évoluer vers la domination de multinationales complètement indifférentes au sort des exploitants agricoles qui, aujourd’hui, contre vents et marées, bataillent chaque jour pour une production abondante et de qualité.

Les statistiques annuelles sont édifiantes à ce sujet. Elles indiquent une diminution constante des exploitations, alors que la superficie cultivée (agriculture et élevage) reste globalement stable.

Il est tout aussi exact que ce sont uniquement les producteurs (cultivateurs et éleveurs) qui sont frappés par la cascade des mesures européennes restrictives.

En fait, ils ont perdu toute possibilité d’intervention sur l’exercice de leur profession.


Le producteur agricole, depuis des siècles, voire des millénaires, devait apprivoiser la nature pour en tirer les moyens de subsistance de l’Humanité. Il devait fertiliser la terre, s’accommoder des caprices météorologiques, combattre les prédateurs animaux et les destructeurs naturels (insectes, champignons, plantes envahissantes….)

Ces fonctions, il les a exercées avec un savoir-faire, une ténacité et une efficacité qui ont permis d’assurer l’alimentation de milliards d’individus.

Mais il était le maître de ses choix de production, en liaison avec les besoins et la demande. Et il en fixait les prix, afin de se garantir un revenu correct.

Aujourd’hui, l’agriculteur n’a plus aucune maîtrise de ce genre. C’est l’Europe qui détermine des quotas de production ou les supprime à son gré suivant des critères supranationaux dont les justifications sont totalement opaques pour les producteurs. C’est elle aussi qui agit sur les prix  destinés à payer la rétribution du travail fourni. Toujours à la baisse, bien entendu.


D’année en année, l’agriculteur est ballotté d’une exigence de production à une autre, est pénalisé en cas de « trop bonne » ( !) récolte, doit se soumettre à des prix établis de façon à avantager, notamment, le secteur de la grande distribution et les divers intermédiaires qui prélèvent un juteux pourcentage depuis la culture et l’élevage jusqu’à la vente au détail. Et l’on ne peut même pas arguer du fait que c’est le consommateur qui y gagne.(*)

Citons un exemple. Face à la chute brutale des prix des céréales, à la réduction autoritaire des surfaces de betteraves sucrières, les cultivateurs ont accru le nombre d’hectares consacrés à la pomme de terre. Et voilà que s’annonce une récolte exceptionnelle. D’office, la prévision officielle tombe : le cultivateur devra réduire le prix de vente de la tonne de patates.

Cette réduction aura-t-elle un effet bénéfique sur le prix des produits offerts à la consommation ? Nous parions un magnum de champagne contre un verre d’eau du robinet que le sachet de frites ne diminuera pas d’un centime. Où va donc se retrouver  la différence de prix à la production ?

Il n’est plus question que de « transparence », de « visibilité » dans le langage économique autant que politique. Eh bien, chiche !

Que, d’une part, que des chiffres précis soient fournis aux citoyennes et citoyens sur la dégringolade des prix payés aux agriculteurs pour les céréales, les betteraves, la viande, le lait, et d’autre part, sur la hausse des prix des semences, engrais, produits phytosanitaires, sur les exigences en matière d’investissement afin de répondre aux obligations européennes ainsi qu’aux dimensions des exploitations, et que l’opinion publique puisse se faire une idée des efforts imposés au monde agricole.

Pour compléter le tableau, que soit mise en regard l’évolution des prix des marchandises correspondantes dans le commerce de détail.

Et que l’on fournisse une justification à l’écart grandissant entre la source et l’aboutissement.

Pour calmer quelque peu le jeu, des « aides » sont consenties – sans commune mesure avec les pertes de revenus, d’ailleurs. Cela part peut-être d’une bonne intention mais les agriculteurs les perçoivent comme une forme de mépris, comme une humiliation. Ils ne mendient pas la charité publique. Ils revendiquent un juste salaire pour le fruit de leur labeur. Comme n’importe quel travailleur. »


(*) Il suffit de voir comment et avec quelle célérité la grande distribution a immédiatement répercuté l’aumône faite récemment aux producteurs de lait dans ses prix.

La globalisation a également un effet pervers, celui de faire disparaître la diversité quand ce n’est pas la qualité. Le critère essentiel de décision des « acheteurs » étant le prix le plus bas, on finira par la grâce de la concentration par ne plus trouver que les mêmes produits dans tous les supermarchés du monde… Triste monde où l’uniformité du goût devient la règle !


 
 
 


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