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Les marchés craignent de se faire rafraichir la nuque...

jeudi 2 décembre 2010, par Jean Quatremer


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Et si, demain, la Grèce ou l’Irlande jetaient l’éponge et refusaient de rembourser la totalité d’une dette devenue insupportable ? Une hypothèse que l’on croyait jusque-là réservée aux économies émergentes, comme le Mexique ou l’Argentine. Mais l’explosion des dettes publiques conjuguée aux attaques des marchés contre les dettes souveraines, qui ont obligé les Européens à mettre en œuvre de titanesques plans de sauvetage, ont remis la « restructuration des dettes publiques », terme pudique pour dire que l’on ne remboursera que partiellement, au goût du jour.

 

Brisant un tabou qui voulait qu’un « industrialisé » ne puisse faire défaut — depuis 1950, aucun pays avancé n’a restructuré sa dette et, pour la France, il faut remonter à 1812 —, les seize ministres des Finances de la zone euro ont décidé, dimanche, que la Commission, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international pourront, à partir de juin 2013, décider de restructurer la dette d’un État.

C’est l’Allemagne qui a obtenu que le « secteur privé » paye son écot au cas où l’Union serait contrainte d’aider un État de la zone euro en difficulté budgétaire. Une manière de contraindre les investisseurs à distinguer selon les emprunteurs : en effet, durant dix ans, la Grèce a pu bénéficier des mêmes taux d’intérêt que l’Allemagne, sous prétexte qu’elles partageaient la même monnaie, ce qui lui a permis de vivre à crédit avec le résultat que l’on voit. Puisqu’il existe désormais une solidarité financière de fait entre les pays de la zone euro, Berlin a exigé que les marchés soit mis à contribution : « Il n'y a aucune entreprise qui espère transférer ses risques à 100 % au contribuable si les choses tournent mal »,explique ainsi la chancelière allemande, Angela Merkel.

En réalité, Berlin est allé au-devant des angoisses des marchés. En effet, si les dettes souveraines des États de la zone euro ont été attaquées (c’est-à-dire que les investisseurs revendaient leurs obligations ou exigeaient des primes de risque de plus en plus élevées), c’est parce qu’ils pariaient sur un probable défaut des États sans savoir exactement comment cela se passerait et ce qu’ils risquaient de perdre. Il faut dire que le tableau n’est guère réjouissant. Selon les projections de la Banque des règlements internationaux, la dette publique, qui a cru de 20 à 30 points de PIB depuis le début de la crise financière, va connaître une croissance exponentielle : au Portugal, entre 100 %, si le cap de l’austérité (hors réforme des retraites) est maintenu, et 280 %, si rien n’est fait, d’ici à 2040 ; en Irlande, le taux varie entre 150 et 300 %, en Grèce, entre 150 et 400 %, en Espagne, entre 110 et 300 %. C’est encore pire au Royaume-Uni (entre 300 et 500 %) et aux États-Unis (entre 200 et 450 %)… Les efforts à faire s’annoncent donc gigantesques. La France, pour ramener sa dette à 60 % du PIB en 2030, contre 84 % aujourd’hui, devra économiser 20 milliards d’euros chaque année d’ici à 2020 et ne plus augmenter son budget jusqu’en 2030…

Or, les marchés ont horreur de l’incertitude, d’où leur nervosité depuis un an, pour l’instant réservée à la seule zone euro. L’Allemagne a donc réintroduit un minimum de certitude dans le système, même si, dans un premier temps, les marchés n’ont guère apprécié comme le montre leur réaction hier (baisse de l’euro et des bourses). On n’est pas à une contradiction près.

Certes, la procédure de restructuration ne sera pas automatiquement liée à l’intervention des Européens et du FMI, comme le réclamait Berlin. C’est seulement en cas d’insolvabilité (ce qui n’est pas encore le cas de la Grèce et de l’Irlande) qu’une restructuration de la dette pourra être décidée. Si tel est le cas, les Européens ont prévu que cela se ferait d’une façon ordonnée : à partir de juin 2013, toutes les obligations d’État comporteront une « clause d’action collective ». De quoi s’agit-il ? De prévoir que l’État qui fera défaut convoquera l’ensemble de ses créanciers et leur proposera une solution : soit un allongement de la durée des obligations, soit une baisse du taux d’intérêt servi, soit un « haircut », c’est-à-dire un non-remboursement partiel (aujourd’hui, par exemple, les obligations irlandaises se revendent sur le marché secondaire à 80 % de leur valeur faciale), soit un mélange de ces possibilités. Les créanciers voteront alors à la majorité (généralement 70 %) et la décision s’imposera à tout le monde.

Reste à savoir si une restructuration ne risque pas de décourager à l’avenir les investisseurs ou de les inciter à exiger des primes de risque élevées. Jean Pisani-Ferry, responsable du thint-tank bruxellois Bruegel, rappelle que la Pologne, après la chute du communisme, avait décidé de ne pas rembourser sa dette à la différence de la Hongrie et que trois ans plus tard elle empruntait sur les marchés à un taux inférieur à celui de Budapest… C’est bien l’avis de Robert Zoellick, le président de la Banque mondiale, qui déclarait le 9 juin : « s’il apparaît clairement qu’un débiteur ne peut pas rembourser ses débiteurs, une restructuration organisée, accompagnée d’un fort soutien financier, peut créer de la confiance et restaurer la croissance ».




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