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Est-ce le signe d’une grave crise de la presse ou d’un essoufflement du projet européen ? Sans doute les deux : en l’espace de cinq ans, le nombre de journalistes accrédités auprès de l’Union européenne a été divisé par deux. De plus de 1300 en 2005, leur nombre n’est plus que de 752 en 2010 (dont 56 Français, 63 Italiens, 63 Espagnols, 98 Britanniques et 132 Allemands). Bruxelles qui était fier d’être le premier pôle journalistique au monde est désormais largement dépassé par Washington. Comme le note avec humour mon confrère et néanmoins ami de l’AFP Christian Spillmann, « le second mandat de José Manuel Durao Barroso a été salué par le départ de près de 200 journalistes », ce que l’on peut comprendre... Ce désastre médiatique sans précédent fait désordre à trois mois de la présidence belge de l’Union.
La crise économique a durement frappé les journaux qui ont dû faire des économies pour survivre : la plupart du temps, ils ont fait le choix de sacrifier leur couverture internationale, fermant à tour de bras leurs postes à l’étranger. Ainsi, la plupart des pays d’Europe centrale et orientale ont fermé leur bureau dans la capitale belge entre 2008 et 2010. Ces restrictions ont largement touché la presse française : par exemple, Le Monde est passé de cinq correspondants à deux, le Figaro de deux à un (plus un pigiste), la Tribune n’a plus de correspondant permanent (deux pigistes). En règle générale, lorsqu’un média doit faire le choix entre le poste à Bruxelles et celui de Washington, le premier est sacrifié sans état d’âme. La Belgique a une très grande responsabilité dans le choix économique des rédactions, du fait de sa fiscalité confiscatoire. Il faut savoir que les charges sociales, notamment patronales, sont par exemple 30 % plus élevées qu’en France ou en Grande-Bretagne, et que les salaires bruts sont ponctionnés de plus de 50 % (sécurité sociale et impôts divers). Si en période faste, les médias sont prêts à payer ce surplus de charges sociales et à compenser le manque à gagner fiscal de leurs journalistes (soit un doublement de la charge salariale pour l’entreprise en dehors des frais de fonctionnement), ce n’est plus le cas en période de crise. Or, en dépit des demandes répétées de ses partenaires, la Belgique a toujours refusé le moindre accommodement, par exemple en accordant aux journalistes le droit de rester rattaché socialement et fiscalement à leur pays d’origine (ce qui se fait dans nombre de pays, par exemple en France). Pour le gouvernement belge, les journalistes sont des immigrés comme les autres et n’ont donc droit à aucun traitement particulier oubliant au passage qu’ils ne sont en Belgique qu’à cause de la présence des institutions communautaires. Si elles déménageaient, ils partiraient tous, sans exception.
Mais au-delà de ces questions matérielles, l’intérêt des médias pour les questions européennes a aussi incontestablement faibli. Engagés dans une course à la survie, ils ont souvent fait le choix de s’intéresser d’abord au local et aux questions de sociétés au détriment de l’international et du diplomatique. Un choix que j’ai toujours jugé suicidaire à l’heure où la complexité grandissante des enjeux impose un décryptage que seuls les médias peuvent fournir au quotidien.
En outre, le fait que José Manuel Durao Barroso, le président de la Commission, ait fait de l’inaction sa ligne de conduite durant son premier mandat (2004-2009) a contribué à tuer l’intérêt pour les questions européennes. Et cela ne s’annonce pas beaucoup mieux si l’on en juge par sa « stratégie 2020 », qui doit prendre la succession de la « stratégie de Lisbonne » qui était censé faire de l’UE la zone la plus compétitive du monde, dont l’inanité est telle que j’ai préféré me consacrer à d’autres sujets.
Photos: J.Q. (diverses salles de presse européennes prises depuis quatre ans) Laisser un commentaire |
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