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Pour l’instant, la résolution 1970 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée le 26 février, s’est contentée de geler les avoirs du dictateur et de cinq membres de sa famille, les Etats-Unis, pour des raisons juridiques, ne pouvant aller plus loin dans le ciblage personnel. L’Union européenne, lundi, a décidé d’appliquer ces sanctions à 20 autres personnes impliquées dans la «répression violente exercée contre la population civile». Mais «nous étudions désormais l’extension de cette mesure aux entreprises libyennes et au fonds souverain Libyan Investment Authority [LIA, doté d’au moins 51 milliards d’euros, soit le douzième fonds souverain par la taille, ndlr]», affirme un diplomate français. En effet, «il est difficile de faire la distinction, dans un régime dictatorial en place depuis plus de quarante ans, entre la cassette du clan Kadhafi et les avoirs de l’Etat», reconnaît un diplomate européen. Le numéro 1 libyen l’a d’ailleurs implicitement reconnu, hier, en affirmant que le gel des avoirs de l’Etat relevait «d’une usurpation et d’un vol de l’argent du peuple libyen». Le Royaume-Uni a anticipé cette mesure, comme il l’avait fait en bloquant les avoirs du clan Kadhafi dès dimanche, et a déjà gelé plus de 23 milliards d’euros de fonds libyens, notamment ceux du hedge fund FM Capital Partners, gérant une partie de l’argent de LIA, ou encore les 3,27% que le fonds souverain libyen possède dans le capital de l’éditeur Pearson (Financial Times).
Seule l’ONU peut décider de sanctions au niveau mondial, ce qui n’est pas gagné. Et, en imaginant qu’elle le fasse , rien ne dit que ses résolutions seront respectées. Or Tripoli a beaucoup investi, notamment en Afrique. Surtout, les circuits de financement de la Libye sont opaques, comme le souligne Eric Vernier : « Le problème, ce sont les sociétés écrans. Comment savoir que telle compagnie appartient à Kadhafi si elle est détenue par un holding situé dans un paradis fiscal ? Kadhafi connaît parfaitement les circuits financiers. Et on peut parier que tous les pays européens ne montreront pas le même empressement à le traquer.» «Il va falloir que chaque Etat fasse un travail d’identification, ça ne s’annonce pas facile», reconnaît un diplomate européen. Enfin, «geler ne signifie pas restituer», souligne Eric Vernier : «Une fois le régime tombé, il faudra d’interminables procès pour savoir à qui appartient l’argent.» En clair, le peuple libyen n’est pas près de revoir cet argent. N.B.: cet article est paru aujourd'hui dans Libération Photos: Reuters Laisser un commentaire |
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