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Livre : La République amnésique de Thierry Bouclier

lundi 12 janvier 2009, par Henri Laquay


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Voir en ligne : http://www.laquay.be/2009/01/livre-...


Mon confrère, Me Thierry Bouclier, du barreau de Paris, vient de faire paraître un excellent essai : "La République amnésique" aux éditions Remi Perrin.

Il nous présente l'évolution historique en France, du début du XXe siècle à nos jours, de certains thèmes politiques (la Patrie, l'Europe, l'immigration, la sécurité, l'avortement, …).

Il démontre clairement que certaines idées politiques qualifiées aujourd'hui d'extrêmistes et pouvant même faire l'objet de poursuites devant les tribunaux étaient auparavant défendues par des politiciens, toutes opinions politiques confondues.

Sur l'immigration

L'auteur nous rappelle que la CGT était à l'origine de la loi du 11 août 1926 sur la protection du marché du travail national visant à réglementer l'emploi des travailleurs étrangers ou que Jacques Duclos signe dans L'Humanité du 26 novembre 1935 un article en première page intitulé : "La France aux Français". Bouclier nous relate l'impressionnante liste de décrets ou de décrets-lois datant des années 30 et visant à réglementer les conditions de séjour des étrangers en France, à sanctionner les personnes qui rentrent illégalement sur le territoire, à limiter les droits des étrangers ou encore à fixer la proportion maxima de travailleurs de nationalités étrangères dans des secteurs d'activités.

Thierry Bouclier nous livre les positions politiques de personnalités incontestables : Jean Moulin s'opposant au regroupement familial, De Gaulle manifestant une très grande réserve, voire même de l'hostilité, à l'égard des étrangers. Il nous rappelle la position du parti communiste et de Georges Marchais sur l'immigration qui, le 9 janvier 1981, au cours d'un meeting à Paris, demande "avec force que le gouvernement stoppe toute immigration clandestine ou officielle, alors qu'il y a deux millions de chômeurs en France. En disant cela, les communistes n'ont pas, mais alors pas du tout, mauvaise conscience".
 

Trois jours auparavant, L'Humanité publiait une lettre que Marchais adressait au recteur de la mosquée de Paris : "J'approuve le refus de Paul Mercieca de laisser s'accroître dans sa commune le nombre, déjà élevé, d'immigrés ; en raison de la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membre de leurs familles, la poursuite de l'immigration pose aujourd'hui de graves problèmes. Il faut les regarder en face et prendre rapidement les mesures indispensables. La cote d'alerte est atteinte […] C'est pourquoi nous disons : il faut arrêter l'immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. Je précise bien : il faut stopper l'immigration officielle et clandestine. Il faut résoudre l'important problème posé dans la vie locale française par l'immigration. Se trouvent entassés dans ce qu'il faut bien appeler des ghettos, des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela crée des tensions, et parfois des heurts entre immigrés des divers pays. Cela rend difficile leurs relations avec les Français. Quand la concentration devient très importante […] la crise du logement s'aggrave ; les HLM font cruellement défaut et de nombreuses familles immigrées, plongées dans la misère, deviennent insupportables pour les budgets des communes."
 

C'est exactement l'inverse de la position actuelle du Parti communiste français : "Il faut le dire et le répéter : l'immigration est une chance fantastique pour la pays d'accueil […] Plutôt que de refouler aux frontières les immigrés qui s'y présentent, on devrait les remercier de nous avoir choisis plutôt qu'un autre pays".

Et Jacques Chirac de préciser lors d'un entretien qu'il donne à Libération le 30 octobre 1984 : "Le problème, c'est que depuis 1981, de très nombreux immigrés sont arrivés en France. Compte tenu de la situation économique, il y en a trop. Il faut donc que le nombre diminue." En d'autres termes, les immigrés dehors.

Dans le Figaro Magazine du 21 septembre 1991, Valéry Giscard d'Estaing, père de la Constitution européenne, écrit sous le titre "Immigration ou invasion ?" : "Ce déplacement dans l'origine des immigrés exprime une modification de la nature socio-économique de l'immigration. Bien que dans cette matière sensible il faille manipuler les mots avec précaution, en raison de la charge émotionnelle ou historique qu'ils portent, ce type de problème actuel auquel nous aurons à faire face se déplace de celui de l'immigration (arrivée d'étrangers désireux de s'installer dans le pays) vers celui de l'invasion (action d'entrer soudainement selon la définition donnée par Littré)." Il ajoute : "La facilité des déplacements et l'ouverture des frontières qui rendent désormais possible de choisir à son gré le lieu d'une future naissance recommandent de revenir à la conception traditionnelle de l'acquisition de la nationalité française : celle du droit du sang. On est français si on naît d'un père ou d'une mère française." Il privilégie même la préférence nationale en matière d'allocations familiales.

Si, hier s'opposer à l'immigration était la norme, aujourd'hui, c'est une position "extrêmiste".


Sur l'avortement

Nicolas Sarkozy a déclaré : "Le droit à l'avortement est une valeur française".

Jusqu'à la loi du 27 mars 1923, l'avortement est un crime passible de la Cour d'assises. Ce texte, par sa sévérité, ne fut pratiquement jamais appliqué, raison pour laquelle l'avortement deviendra un délit par cette loi de 1923. Le but est de punir moins sévèrement les avorteurs mais de manière systématique.

Le 26 novembre 1974, Simone Veil monte à la tribune de l'Assemblée Nationale et déclare : "Je le dis avec toute ma conviction : l'avortement doit rester l'exception, l'ultime recours pour des situations sans issue". Elle ajoute : "C'est toujours un drame, et cela restera toujours un drame. C'est pourquoi, si le projet qui vous est présenté tient compte de la situation de fait existante, s'il admet la possibilité d'une interruption de grossesse, c'est pour la contrôler et, autant que possible, en dissuader la femme". L'exception, un drame, … En 1974, personne n'aurait osé soutenir que l'avortement représentait une "valeur française", pas même la gauche.


Dans cet essai, Thierry Bouclier aborde l'histoire d'autres thèmes tels que la défiance à l'égard de l'Europe, l'école publique, la sécurité, ….

Il conclut parfaitement :

"Comment appelait-on, au cours des premières décennies du XXe siècle, un homme politique qui voulait limiter l'immigration ; qui était favorable à la punition des délinquants ; qui tentait d'adopter une position pragmatique sur la question de l'avortement ; qui était le défenseur de la famille, de la patrie et qui était parfois inquiet face à la construction européenne ; qui souhaitait que les enfants sachent lire, écrire, compter, loin de pédagogies et de méthodes plus ou moins fantaisistes ; qui reconnaissait la diversité des races ; qui estimait qu'un couple se composait d'un homme et d'une femme, et que l'homosexualité ne pouvait en aucun cas être admise comme norme ; qui voulait pouvoir porter un regard serein, et à la fois critique, sur le régime de Vichy, qui évoquait la présence française en Algérie sans tomber dans la caricature et le dénigrement de la France ? On l'appelait homme de droite. Ou homme de gauche. Ou centriste. Il pouvait être gaulliste. Socialiste. Démocrate-chrétien. Voire communiste. Cet homme prenait un visage qui pouvait être celui de Léon Blum. Du général de Gaulle. De Guy Mollet. De Jacques Duclos. De François Mitterand. Personne n'aurait considéré qu'en professant de telles idées, il n'aurait pas été républicain ou démocrate. Il était tout simplement un homme politique."

La République amnésique de Thierry Bouclier
Editions Remi Perrin


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