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La poussière retombe, les fumées se dissipent, le paysage est en ruine. Le canon n’a épargné que deux tours, une au nord, l’autre au sud, qui dans la lumière froide du petit jour s’échangent des sémaphores… Le champ de bataille, the Day After. Désolé. Hiroshima après la bombe. Avec quelques amis journalistes, flamands et francophones, on se disait ce midi que le plus étrange était encore la facilité déconcertante avec laquelle leurs journaux se mettaient au goût du jour. Avant la bataille, De Wever était le diable pour les francophones, et Di Rupo Belzébuth aux yeux des Flamands. Voilà-t-y pas maintenant qu’on les marie sans remords, en louant l’exquise courtoisie polyglotte de l’un, en excusant par un airbag importun les hésitations linguistiques de l’autre. Sans insister sur les affaires qui reprennent, ce serait grossier. Je crois pour ma part que ces revirements se comprennent en politique, qui est une valse à deux temps: au premier, l’approche des élections dresse sur leurs ergots les coqs au moment de combattre; au second, dans l’intervalle entre deux reprises, le plus raisonnable est encore de s’entendre pour se partager équitablement les graines disséminées dans la basse-cour.
Ce qui m’étonne, c’est qu’on s’aligne si facilement sur leurs humeurs princières. C’est peut-être que la presse ne joue plus sa propre partition, qu’instrumentalisée à l’extrême elle se contente désormais d’amplifier le discours de ceux qu’elle devrait observer et surveiller pour le compte de ceux qui la lisent. Etonnez-vous après ça que ceux-ci lisent désormais autre chose, quand ils lisent encore. C’est un point sur lequel, sans trop vouloir la ramener, je me sens bien à l’aise. Je peste depuis trop longtemps sur la logique des fronts et sur les dévotions rituelles aux clichés en sépia des conflits passéistes pour ne pas me réjouir de n’être plus seul à considérer, de ce côté-ci du mur de chicons, que partager civilement unDrakenburger avec monsieur De Wever dans son snack favori n’équivaut pas forcément à s’aligner sur toutes ses pensées. La politique est l’art de poursuivre l’idée qu’on se fait du bien commun comme on peut, en prenant poliment en compte les conceptions de l’Autre. Mais comme disait Gaïd, – c’est ma femme -, l’époque incite moins à jouer le ballon que l’homme qui le porte. On ne discute pas les idées de l’adversaire pour les confronter aux siennes et dégager une synthèse. On l’exclut. On le moque. On souhaite à ce fils de pute de se faire enculer dans le vestiaire des Bleus. D’où il suit que je ne suis pas si sûr que l’humanité progresse vraiment de façon linéaire. Laisser un commentaire |
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