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Chers et éphémères Ministres et Secrétaires d’Etat,
Il y a quelques mois de cela, je vous écrivais pour que vous augmentiez mon pouvoir d’achat. N’en faites rien : je me rétracte. C’est que, voyez-vous, depuis que j'ai touché mon chèque-mazout et mes étrennes, je suis écrasé par mon devoir d’achat. Tous, ils veulent me vendre: des centrifugeuses, du pain Bruegel, des colifichets, des cannettes de bière fraîches sur une plage glaciale, des entrées à n’importe quoi, des voitures vertes, de l’énergie verte, des petites pommes vertes, du savon à bulles, des compresses, des pilules pour être heureux, des crèmes pour être beau, des télévisions pour être con, des emballages, des anoraks, leurs corps, des centrales à vapeur, des consoles de jeux, des écouteurs avec toutes sortes d’appareils à l’autre bout du fil, des billets de loterie, des cours de danse suédoise, des boules de courtisane japonaise, des sonneries de téléphone, des informations privilégiées, des concessions à perpétuité, des pédicures, des pneus d’occasion dépareillés, des titres services, des titres nominatifs, des gros titres, des chatons rachitiques certifiés par la Centrale Féline Belge, des croisières sur le Gange, des vaccins pour les enfants du Gange, des sorties de bains qui ne grattent pas, une bonne conduite, des livres sur Obama, des livres sur tout ça, des livres pour savoir comment bien acheter, des quenouilles… Non, pas des quenouilles. Mais je les attends. Ils me bombardent où que je sois, ils se glissent sur les sets de table, sur le manche des lances à essence, sur les bics, aux carrefours, dans les journaux, sur les sachets, sur les sous-verres, sur les boîtes de sous-verres, sur les voitures qui amènent les boîtes de sous-verres, sur les bus, les camions, dans les rames de métro, derrière les avions, sur les façades, sur les toits, sur mon écran, sur mes vêtements, dans les néons, entre mes émissions radio, sur une infinité de petits pots qu’ils disséminent partout. Si je résiste à leurs avances, ils me regardent d’un air mauvais. Ils disent que je suis un ingrat, que je ne pense jamais à tous ces braves gens qui se décarcassent pour fabriquer, contrôler, empaqueter, transporter et distribuer tout ce fourbi, jour après jour, pour que je puisses profiter des bienfaits du confort moderne. Pour préserver mes étrennes, je m’enfuis dans les bois. Hélas, même aux fins fonds du massif de la place Saint-Michel et Gudule, je songe que je devrais acheter. Des baobabs compensatoires, des chaussures à semelles antidérapantes, une écharpe à lignes, des implants capillaires, des jumelles pour observer les daims ou de jolies jumelles, une fouine voire un enfant à promener. Je ne m’apaise qu’une fois assis sur ma lunette, dans le noir, à condition que je puisse vérifier à tâtons que mes réserves de papier et de canard sont suffisantes. Est-ce une façon de vivre ? Moi je veux bien acheter des choses. Mais la plupart de leurs machins sont inutiles. Et les machins inutiles exigent d’autres trucs tout aussi superflus pour fonctionner correctement : des batteries, des vis en croix, des chargeurs, des cartes à puces, des colliers anti-puces, des réparateurs, des aspirateurs à clavier, des cartouches, des nuées de câbles et des régiments de produits, de l’huile, des graines pour oiseaux, des roues à hamster,des couverts à poissons, des ampoules, des housses, des lacets bruns plats qui auraient dû être ronds, des pots, des cache-pots, des sous-pots, des capots, du papier, des élastiques, des boîtes, des étagères, des courtiers, des cimaises, du fil à espadon et de l’imperméabilisant en spray qu’il ne faut jamais avaler. Ca n’a pas de fin, comme l’univers depuis qu’on a supprimé les monstres et le grand précipice. Je sais bien que vous avez fort à faire, Rue de la Loi. Mais entre deux démissions, je voudrais tant que vous diminuiez mon devoir d’achat. Je n’ai que faire d’une quenouille. Je vous prie d’agréer, Chers et évanescents Ministres et Secrétaires d’Etat, l’expression de mes sentiments les meilleurs. PS : ne m’en veuillez pas de ne pas avoir mentionné le nom des destinataires de la présente missive. Par les temps qui courent, j'ai préfère m’en tenir aux noms de fonctions. Laisser un commentaire |
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