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Ne dites pas à ma mère que je suis un « ancien belge », elle croit que je suis « fédéraliste démocrate francophone »…

mardi 26 janvier 2010, par Claude Thayse


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Le parti bruxellois (FDF) a annoncé qu’il adapte son « image de marque » à la réalité politique qui l’entoure. « Image de marque » ? Curieux terme... mieux adapté à une boîte de conserve qu'à un pari politique.
Alors, opération marketing de ravalement ou réalité profonde ?

 

Si la nouvelle signification à l’acronyme est de : « s’identifier aux citoyens qui partagent leurs convictions - les fédéralistes -, plutôt que de demander aux gens de s’identifier à une structure »…  J’avoue ne pas vraiment voir de changement par rapport au passé, sauf à effacer le côté « anti-flamand » (1) de « front » en accentuant (pour ratisser large) la notion de « communauté naturelle » entre « Wallons et les Bruxellois (qui) vivent (vivraient ?) cette unité francophone dans leur réalité familiale, professionnelle, culturelle ». Ce à quoi ce parti s’est attaché depuis des années : préparer les esprits à une Belgique continuée par la fusion de Bruxelles (2) élargie à la Wallonie dans une sorte de « Fédération Wallonie-Bruxelles ».

 

Ils ne lésinent pas à utiliser des accents populiste que ne renieraient pas certains partis qui utilisent les sentiments antipolitiques primaires. Quelques exemples, mais vous verrez, tout est dans la nuance :

A la manière de

- « Pirenne à B+ » : « Nous avons un attachement sincère à la Francophonie, bien éloignée d’un « nationalisme français ombrageux » (sic !) » (3)

- «  PP (très à la mode dans la presse) » : « Les citoyens sont fatigués des égocentrismes des partis, des querelles d’influences, de la médiocrité de ceux qui croient que le pouvoir leur permet toutes les bassesses ou toutes les pitreries ».

Ou encore : « Ces dernières années, nous avons connu trop de manquements aux principes fondateurs de l’Etat de droit. Ces atteintes viennent tant du monde politique que du monde judiciaire. La séparation des pouvoirs est malmenée, l’indépendance des magistrats est devenue incertaine »

- « De Dekker & De Wever » : « Le fédéralisme est toujours menacé dans notre Etat et (…) est menacé par les dévoiements d’une gestion publique au sud du pays qui minent le sens des responsabilités »…

- « BUB » :

« Scinder BHV, c’est enfermer la Flandre dans cette logique nationaliste infernale qui la conduira non seulement à un recul démocratique mais aussi, tôt ou tard, à sa perte économique et sociale. » (4)

- « journalistes et politiques bruxellois (il y a trop de noms à citer…) » : « Aujourd’hui, les fédéralistes d’union de la Wallonie et de Bruxelles ont convaincu bien plus d’esprits « au sud du pays » (re-sic !) que les tenants d’un repli régionaliste (5) qui ne renforce en définitive que le sous-régionalisme et le féodalisme provincial. »

 

Sans oublier les incontournables messages incomplets :

- « …parce que la Wallonie a payé un lourd tribut social à des mutations économiques mal maîtrisées, nous n’ignorons pas ce que peuvent être les revirements de la vie économique. »… Incomplet parce qui oserait rappeler que la reconversion économique de la Wallonie a été volontairement différée par l’Etat belge (« gardez vos charbonnages ainsi que votre sidérurgie en l’état, ne les modernisez surtout pas, nous en avons besoin pour gagner la bataille économique (1945-1960), nous pourrons ainsi développer la Flandre avec des investissements européens et des outils modernes (1955 et suivantes))

 

- « Par le confédéralisme, l’Etat belge peut, à tout moment, basculer dans le vide institutionnel. C’est une pente dangereuse vers l’inconnu, le chaos ». Pourquoi ? Parce que « le confédéralisme qui menace l’avenir de la Belgique est la cohabitation cynique de l’Etat PS et de l’Etat CD&V ». « Nous ne sommes ni des régionalistes bruxellois, ni des régionalistes wallons »(6). « Nous savons tous que face à l’Etat flamand qui se construit, seule l’unité de la Wallonie et de Bruxelles nous permettra de faire jeu égal, tant sur le plan économique et social que sur le plan politique ».

Incomplet et faux. C’est un message politique en contradiction avec le « plutôt que de demander aux gens de s’identifier à une structure » puisque dirigé contre une autre formation politique en Wallonie. Mais bon, c’est de bonne guerre.

Faux, puisque le fédéralisme est dépassé dans les faits et qu’un peu plus loin, ils reconnaissent que le fédéralisme belge (la nuance est d’importance) « est menacé par la force centrifuge du nationalisme flamand qui remet en cause les solidarités. La Belgique n’est pas encore un véritable Etat fédéral car l’autonomie et la solidarité qui caractérisent tout système fédéral n’ont pas encore trouvé leurs véritables assises ». On est loin d’un parti qui énonce curieusement que « Les citoyens ont le droit à la vérité »… Pourquoi ne pas dire alors ce que tous les politiques savent, c’est que les partis flamands sont déjà un pont plus loin dans leur réflexion ? Que le fédéralisme mal implanté et mal conçu est dépassé dans les faits et les esprits en Flandre alors que grâce à la pusillanimité des«  politiques francophones » - et du rôle de la presse qui leur doit sa survie financière - les esprits en Wallonie - presqu’autant qu’à Bruxelles - sont encore dans la Belgique unitaire ?

 

Enfin : si, « le fédéralisme est une exigence de respect du pluralisme mais aussi le refus que la société soit partagée entre piliers philosophiques ou religieux, qui ne correspondent plus à la réalité sociologique de nos populations », voilà un avis que je peux tout à fait partager. Mais pourquoi ne pas aller plus loin dans la définition et la corriger par la reconnaissance de réalités économiques, et surtout sociologiques et culturelles différentes ?  Evidemment, si l’objectif est de gommer la réalité wallonne dans une « Belgique francophone » uniforme, ils ne peuvent le reconnaître…

 

 

(1)    « Nous sommes des francophones. Nous ne le sommes pas par rejet d’une autre langue ou d’une autre culture ». 

(2)    « Nous avons été les premiers à plaider l’unité de nos deux Régions »

(3)    « nationalisme français ombrageux »… et « le fédéralisme est à l’opposé du nationalisme car le nationalisme menace la démocratie ». Ils ne semblent pas faire de différence entre le nationalisme à la Renan et celui, germanique, de Bismarck qui est plutôt celui d’une certaine Flandre…par sa volonté d’expansion territoriale. Oups… c’est justement aussi la position du FDF… Damned !

(4)    « Il faut sauver la Flandre »… Sympa ça, non ?

(5)    Bon sang, la vieille « théorie du repli » qui, sert depuis les grèves de l’hiver 60-61… J’ai vraiment eu peur qu’on l’oublie.

(6)    Voilà qui a le mérite d’être clair. Bruxelles et la Wallonie indifférenciées ne peuvent donc qu’être une seule entité.

 
 


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