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Si Angela Merkel souhaite accélérer les accords sur le renforcement budgétaire en Europe, présentés comme une solution efficace pour sortir rapidement les pays de la crise, plusieurs voix s’élèvent pour rappeler que l’austérité ne sera efficace – en tout cas pour les pays les plus durement touchés – qu’accompagnée, en retour, d’une politique de croissance initiée par Berlin. L’AUSTÉRITÉ COMPARÉE À LA "SAIGNÉE MÉDIÉVALE" Parmi ces voix, l’une des plus pessimistes est celle du célèbre économiste américain Joseph Stiglitz, prix Nobel en 2001, qui lors du Forum financier asiatique de Hongkong, mardi, est allé jusqu’à comparer l’austérité à "la pratique de la saignée dans la médecine médiévale". Celle-ci pourrait, selon lui, provoquer à terme la disparition de l’euro. Lors d’une conférence économique en Argentine, en décembre, Stiglitz déclarait déjà que "les politiques d’ajustement aux Etats-Unis et en Europe ne résoudront pas la crise économique. Le déficit budgétaire n’est pas à l’origine de la crise, c’est au contraire la crise qui a causé le déficit budgétaire". Il sont ainsi plusieurs à camper sur cette ligne. L’économiste André Grjebine, directeur de recherche au CERI-Sciences Po (Centre d’études et de recherches internationales), déplore, dans une analyse parue en janvier sur Le Monde.fr, "la logique à courte vue des gouvernements européens (...) d’autant plus dangereuse que, depuis Keynes, chacun sait qu’il ne faut précisément pas freiner la croissance en période de ralentissement économique". UN PROCESSUS "AUTODESTRUCTEUR" Selon M. Grjebine, "dans un tel contexte, les Etats les plus vulnérables sont donc acculés à pratiquer des politiques d’austérité pour satisfaire aux exigences de leurs créanciers. En hypothéquant ainsi leur croissance, ils réduisent leurs recettes publiques et rendent plus problématique encore le remboursement de leur dette publique". Il va même plus loin, dans une tribune publiée mercredi 18 janvier dans Le Monde et co-écrite par Francesco Saraceno, économiste à l’OFCE. "Un processus de réformes basé sur sur le seul pilier de l’austérité budgétaire risque de s’avérer autodestructeur, l’inquiétude des consommateurs quant à leur emploi et leurs revenus réduisant la demande intérieure et celle-ci conduisant à une baisse des recettes fiscales", prévient-il. Un cercle vicieux à craindre particulièrement dans les pays où le chômage est élevé, comme en Espagne ou au Portugal, deux pays sur lesquels plane à terme le spectre d’une restructuration de la dette. En plus des plans d’austérité visant à réduire leur déficit, les gouvernements espagnol et portugais s’attaquent désormais au marché du travail. Là encore des mesures drastiques, comme la suppression de jours fériés ou la baisse de la durée d’indemnisation du chômage, sont prévues dans le but de relancer la compétitivité du pays. BERLIN APPELÉ À LA RESCOUSSE Ces mesures ont un impact social non négligeable, puisqu’elles sont synonymes de "compression salariale, pour réduire le coût du travail. Automatiquement, le chômage va augmenter et la demande, se réduire. Cela peut durer très longtemps", s’alarmait mardi, dans un article du Monde, Anne-Laure Delatte, économiste à la Rouen Business School. C’est pourquoi "l’effort de redressement budgétaire imposé aux pays de la périphérie devrait, par ailleurs, être étalé sur une période assez longue pour que ses effets récessifs soient minimisés", insistent de leur côté MM. Grjebine et Saraceno. En attendant les effets positifs des plans d’austérité, à long, voire à très long terme, l’Allemagne semble, pour certains, appelée à jouer un rôle essentiel dans la sortie de crise. Dans un entretien au Financial Times, mardi 17 janvier, Mario Monti a ainsi clairement demandé à l’Allemagne d’aider l’Italie et les autres pays de la zone euro surendettés à abaisser leurs coûts d’emprunt, en complément à l’austérité engagée. Plus qu’un simple échange de bons procédés, cette aide conditionne aux yeux de M. Monti la réussite des plans de rigueur mis en place dans la douleur.
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