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La liberté en Occident est née au creuset philosophique hellène, procédant du postulat que l’homme est doté de raison et dès lors intrinsèquement apte à scruter le monde physique autant que politique, à en déduire des enseignements, et sur cette base à se conduire de façon raisonnable.
La liberté n’est pas un don extrinsèque, mais bien une conséquence de la raison mise en œuvre dont elle requiert, pour perdurer dans un monde confus et changeant, l’exercice permanent. Pareille vigilance est d’autant plus cruciale que des instincts profonds - pulsion de puissance et propension à la paresse - menacent constamment d’étouffer la sagesse politique et l’exercice de la raison, ouvrant la voie à des états de servitude volontaire. La préservation de la liberté ne se réduit donc aucunement au maintien d’élections libres ou de procédures judiciaires idoines. Ces circonstances formelles, pour indispensables qu’elles soient, ne sauraient perdurer que sur le soubassement solide d’une vie intellectuelle empreinte de rigueur et d’un débat vaste et vigoureux. La santé ou la débilité politique d’une société se jauge d’abord à sa vitalité intellectuelle et culturelle.[1] • Mutation de la démocratie Dans cette optique, c’est donc au peuple tout entier qu’incombe la responsabilité de déterminer les grandes orientations d’une Polis. Dans l’impossibilité de consulter fréquemment le peuple en masse, les mécanismes de démocratie représentative consistent à charger des assemblées de quelques centaines de citoyens, députés à cet effet, de débattre puis décider ce qui revêtira force de loi mais les élus ne sont jamais que les représentants du peuple et donc les serviteurs de la Res publica. Au delà de ces considérations pratiques, il a souvent été argué que ces assemblées, constituées de citoyens consacrant la plupart de leur temps et de leur attention à la politique, sont mieux à même de jauger posément des questions complexes, et donc d’adopter des décisions informées et sages, qu’une opinion publique accaparée par tant d’autres objets. Depuis quelques décennies cependant, l’on assiste en Occident à un changement politique de taille, qui est le glissement subreptice d’une démocratie représentative à une démocratie d’opinion, En effet, la puissance des mass média, combinée à la précision des sondages, font que c’est généralement en fonction de l’écho de l’opinion publique que les partis et responsables politiques modulent non seulement leurs positions sur tel ou tel sujet, mais encore le choix de telle ou telle affaire à présenter comme importante ou prioritaire. L’homme est doté de raison et dès lors, il est intrinsèquement apte à scruter le monde physique autant que politique, à en déduire des enseignements et, sur cette base, à se conduire de façon raisonnable.
Depuis un lustre, l’irruption des blogs comme véhicule majeur d’expression et d’information a définitivement assis cette primauté de l’opinion publique, Les conseillers en communication des politiques [comme d’ailleurs des entreprises] consacrent une attention extrême à l’analyse de la blogosphère, d’autant que celle-ci est devenue un terrain où se conduisent, et dans une certaine mesure se décident, les batailles politiques. Il y a donc émergence d’un véritable système de marketing politique, où l’influence de l’opinion publique sur le discours et la décision des élus devient décisive, où en quelque sorte le message et son impact priment sur toute considération relative au sujet substantiel dont il s’agit.[2] Ces circonstances nouvelles accroissent significativement la responsabilité de chaque citoyen, dont l’influence, ne se bornant plus guère à l’acte électoral, s’exerce de façon diffuse certes, mais permanente. C’est ainsi un paradoxe de taille qu’alors même que l’opinion paraît se désintéresser des acteurs et des mécanismes politiques traditionnels au point que se creuse entre eux un chasme apparent, au contraire la césure fonctionnelle entre le politique et la société civile s’estompe peu à peu. Une société ne décide pas de son avenir seulement par ses actes solennels, mais bien davantage par le climat spirituel, culturel et intellectuel qui informe ses choix explicites. Les questions liées à l’énergie en sont aujourd’hui une des plus insignes illustrations. Extrait d’un article paru dans le numéro de mars de la revue « Places to be » Auteur Miguel Mesquita da Cunha [1] L’affligeante dégénérescence de la Russie vers un nouveau despotisme en est, près de chez nous, la plus triste illustration, alors qu’a contrario la vigueur intellectuelle des vieilles universités britanniques continue d’irriguer le débat politique à Westminster ... [2] Cette dérive, illustrée aux Etats-Unis par l’influence de Karl Rove sur le président George. W. Bush, est de plus en plus courante en Europe ; les atermoiements de plusieurs premiers-ministres britanniques en matière européenne ou la manière d’agir de Nicolas Sarkozy en sont des cas flagrants. Laisser un commentaire |
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