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Pâques aux tisons

mardi 25 mars 2008, par Georges Glon


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Il neige, il ne neige plus ; il giboule, il ne giboule plus ; il pleut, il ne pleut plus.

C’est à y perdre son latin, patience et le Nord.

J’allume et j’éteins mes lustres toutes les cinq minutes. Je vis dans un stroboscope. Les traîne-savates du quartier scrutent mes fenêtres dans l’espoir de profiter d’un thé dansant pascal entre voisins. S’ils s’imaginent que je vais partager mon ballotin de petits œufs pralinés, ils vont au devant d’une amère déception. Je l’ai même caché à Anita, ce ballotin. Ce n’est pas pour le distribuer à une bande de feignants qui profitent du lundi de Pâques pour ne rien fiche, alors qu’ils ont découvert l’existence de Jésus grâce à Mel Gibson.

Je suis de mauvaise humeur parce que j’étais fermement décidé à entrer à pieds joints - mes mains étant occupées à dénouer mon ballotin - dans le printemps. Déjà, je rêvais carpaccio, grillades et salades de fruits  ; me voilà revenu à l’âge de la raclette et de la fondue bourguignonne. C’est très irritant.

Je ne suis pas le seul à être déboussolé. Ces simagrées climatiques ont un fâcheux effet sur ma pauvre voiture.

Hortense prend l’eau.

Cette gourde n’a rien trouvé de mieux à faire que de se convertir en bassin de rétention d’eau mobile. Je dois la conduire avec des chaussons anti-oursins. Le souvenir de l’abjecte traîtrise de ma toiture est encore vif (voyez le récit poignant du 27.12.2007) et la voilà qui me joue ce vilain tour.Je soupçonne Hortense de s’être roulée dans une congère, suite au documentaire sur les chiens de traîneau que je l’ai emmenée voir au Cinquantenaire l’été passé.

Si, il y a eu un été passé. Cessez de vous plaindre.

Pour parer au plus pressé, j’ai placé des sauts, mais quand je roule, les sauts sautent et se renversent. Alors j’écope, au lieu de manger tranquillement mes œufs au balcon, en narguant les mioches qui courent en contrebas le ventre vide.

L’avantage d’une voiture qui prend l’eau, c’est qu’au contraire d’une barque, le risque de sombrer corps et âme est statistiquement moins élevé. Surtout si l’on traverse peu de rivières à gué, comme c’est mon cas depuis qu’ils ont voûté la Senne.

L’autre avantage, c’est que l’on peut en profiter pour la shampooiner. Il suffit d’ouvrir une fenêtre en utilisant un voleur à la tire, de jeter un savon de Marseille par l’entrebâillement et de le laisser agir pendant 24 heures. Le shampooing, pas le voleur à la tire. L’impact écologique est proche de zéro et l’investissement reste très raisonnable.

Ce qui me turlupine, c’est le séchage.

Inutile d’espérer du soleil en quantité suffisante avant le mois d’août. Impossible de laisser Hortense dans un garage, elle déteste cela et s’en prend aux pilastres. La cage de mon escalier est trop étroite pour que je puisse la monter dans mon appartement, où de toutes façons il pleut aussi. Et je refuse de la confier à mon escroc de garagiste, qui en profitera pour me reprocher mille broutilles, comme l’utilisation d’huile de tournesol dans le moteur ou l’absence de rétroviseurs latéraux.

Je ne vois qu’une solution : placer un drain.

Hortense ne va pas aimer, c’est sûr. Un drain, ça stigmatise. Ses camarades la regarderont d’un air faussement compatissant et sincèrement soulagé de ne pas partager son infortune. Elles ne verront plus que son drain. Elles diront : « Hortense, celle qui a un drain ». Mais qu’y puis-je ? Ce n’est pas moi qui me suis roulé dans une congère. Et pour être tout à fait honnête, je lui vois deux avantages majeurs, moi, à ce drain. Primo, je pourrai stationner sur les places pour handicapés qui sont toujours occupées par des 4x4 à 4 clignotants qui ne restent que 5 minutes. Secundo, on me verra comme un altruiste. On dira : « Georges, celui qui reste avec sa voiture malgré son drain, cet homme admirable qui n’abat pas sa monture à la première fracture venue ». C’est qu’il en reste peu, des hommes comme moi. Tous, ils veulent une voiture élancée au châssis plein, aux lignes épurées, une voiture où les autres hommes rêvent de s’introduire et qu’ils sifflent en rue.

Elle peut se vanter d’avoir de la chance de m’avoir, Hortense.

Mais je la connais. Il faudra que je me montre intraitable. Elle doit se ménager, maintenant qu’elle est officiellement impotente. Plus question de mordiller les bordures des trottoirs. Finies les glissades sur pavés. Terminé de se gratouiller le carter sur le sommet des dos d’ânes et de tamponner les boules à remorques des voisines. J’y veillerai. Au moins jusqu’à l’été.

Si, il y aura un été. Cessez de vous plaindre.



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