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Parents citoyens ?

jeudi 26 juin 2008, par Michel Gheude

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La parentalité fait-elle partie de la citoyenneté ? C’est un point de vue audacieux que de l’affirmer. Longtemps, la famille a été perçue comme la cellule de base de la société. Se marier, engendrer, éduquer, faire famille, c’était très évidemment civique, c’était vivre dans et pour la société. Les filles de joie, les adultères, les homosexuels, les divorcés étaient au ban de cette société dont ils ne respectaient pas les règles. Qu’ils perturbaient au lieu de la reproduire. Aujourd’hui, la famille reste une valeur majeure mais c’est une valeur refuge. On vient s’y abriter d’une société chaotique, en perpétuel changement, dont personne ne peut dire ce qu’elle sera demain, ce que manifestent, avec un indéniable talent, des dirigeants d’autant plus agités qu’incapables de maîtriser le cours des choses. La famille actuelle est asociale même si nous croyons que c’est la société qui est devenue asociale et que la famille est pour chacun de nous le seul fragment de société qui nous reste. Peu importe car la famille se révèle évidemment un refuge illusoire. Elle n’échappe nullement au mouvement qui nous emporte. En 40 ans, elle s’est totalement transformée, essentiellement par le fait, sans précédent historique, de la libération des femmes. La révolution sexuelle, mise en œuvre par la génération 68, a bouleversé, de fond en comble, le droit familial. La famille, autrefois cadenassée et donc protégée, dans le cercle fermé des devoirs, est aujourd’hui ouverte à tous les vents, dominée par l’amour et le désir, chevaux indomptables et révolutionnaires, réfractaires à tout lien social. Le « Jouir sans entrave » est par définition anarchiste. Le beau principe du «  consentement mutuel » qui gouverne désormais toute rencontre, toute relation et toute rupture y compris le divorce, implique le retrait définitif de la société et de l’Etat dans le corps à corps d’individus pour la première fois libres d’aller et venir à leur guise. Plus aucun compas n’indique le nord. On tente de se consoler en magnifiant les familles recomposées sans oser penser que toute recomposition suppose une décomposition préalable dont témoigne la croissance exponentielle des « ménages d’une personne » et des « familles mono parentales ».

Ainsi, mine de rien, la famille, noyau stable et régulateur, est devenue une question sociale explosive. Les parents, aujourd’hui, sont au cœur des changements de société. En moins d’une génération, la vie des femmes s’est davantage transformée qu’en deux mille ans. Leurs hommes font comme ils peuvent avec cette mutation à laquelle ils ont dit un oui sans réserve car ils ne renonceront pas au bonheur inédit d’être aimés par des femmes libres, même si, libres, les femmes exigent d’eux, plus que jamais, tout et son contraire. Les manières de construire une famille se sont multipliées comme un feu d’artifices. Les amours sont plus libres mais les personnes seules plus nombreuses. Les grands parents restent jeunes mais vivent de plus en plus vieux. Les enfants sont adultes plus tôt mais restent enfants plus tard. Leur éducation, leur place dans la société, le rôle de l’école ont été mis sans dessus dessous. Les révolutions techniques se succèdent à une allure folle. L’argent, le logement, la mobilité, l’alimentation, la santé, le travail, le monde : tout change de plus en plus vite. Il est révolu le temps où être maman, c’était faire comme sa maman, et être père, faire comme son père. Les parents d’aujourd’hui doivent faire des choix et se posent des questions qui ne se posaient pas à leurs parents. Nous avons voulu la liberté ; nous l’avons. Les amarres ont été larguées. Il suffisait de se conformer ; c’est derrière nous. À présent, il nous faut inventer une famille qui n’est plus gouvernée par les églises et si peu par l’Etat. Nous sommes les ministres de nous-mêmes. C’est aussi cela la démocratie : les questions, l’échange d’expériences, le débat, l’expérimentation, l’évaluation. Nos enfants seront seuls juges. Ils corrigeront.



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Les derniers commentaires

  • > Parents citoyens ?

    par Lacuna (IP:xxx.x42.150.105) - 26 juin 2008 13:45

    En tout cas, ce qui n’évolue pas beaucoup, c’est ce besoin qu’ont les gens d’avoir des enfants alors que parfois ils feraient bien mieux de s’abstenir. Je fais référence aux parents dépassés qui en viennent à maltraiter leurs enfants, aux parents (pas tout le temps dépassés, parfois juste trop laxistes) qui laissent tout faire à leurs enfants et ne leur inculquent plus les valeurs du "vivre ensemble" (ces mêmes parents qui viennent après reprocher aux enseignants de réprimander leurs "petits anges" ou de ne pas savoir les gérer.... ).
    A ces parents, je demande "pourquoi avez-vous fait des enfants ?". Personnellement, je m’interroge. C’est parce que c’est dans la tradition, il faut assurer une descendance, il faut transmettre nos gênes ? Autour de moi, très rares sont les personnes qui envisagent de ne pas procréer. Et quand on dit qu’on n’en veut pas, je vous dis pas les yeux de hiboux qui se posent sur nous smiley comme si c’était totalement anormal de ne pas suivre le même chemin que les autres, comme si femme=enfant était une "équation" inévitable, notre destinée de femme.
    Alors, on dit que ce sont les carriéristes qui ne veulent pas d’enfants, ben non, pas toujours... il y a aussi les gens qui sentent qui ne sont pas faits pour ça (et mieux vaut le sentir avant qu’après !) tout simplement.

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    • > Parents citoyens ?

      par Une passante (IP:xxx.x5.86.174) - 26 juin 2008 15:37

      Quelle chance vous avez de savoir exactement quelles seront vos réactions par rapport aux invitations de la vie ! C’est admirable tant de certitudes.

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    • > Parents citoyens ?

      par grandeflute (IP:xxx.x77.41.75) - 27 juin 2008 11:18

      Pour moi, le plus cadeau que j’ai reçu, c’est la Vie. Et je suis fiere de l’ avoir donnée aussi. Mes enfants en sont contents aussi et j’espere qu’ils pourront transmettre cet amour de la Vie tant décrié aujourd’hui.
      Oui, j’ aime la Vie et je la respecte chez le plus petit et chez le plus vieux.

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  • > Parents citoyens ?

    par grandeflute (IP:xxx.x77.41.75) - 27 juin 2008 11:31

    Oui, c’est vrai que le monde bouge énormément, je suis née après 68, et dans le début de cette tourmente... Je suis une femme et je suis contente de certaines libertés qui nous sont offertes, mais il est vrai que beaucoup d’hommes ne sentent plus leur place dans la société. nous sommes devenus tous, homme et femme, très individualiste et personnel, "chacun pour soi" et c’est alors devenu impossible de vivre avec cet adage en société. La révolution sexuelle a donné des enfants non-désiré et puisque je ne veux pas êtregêné, j’ ai le droit de supprimer toutes les entraves à mon plaisir, donc je peux supprimer le bébé gêneur par un avortement.
    Je crois fermement que ce droit à supprimer un autre être huamin fait que nous n’avons plus le respect de l’être humain à aucun moment de son développement.
    On se respecte de moins en moins, on ne respecte plus l’autre, On ne respecte plus la Vie non plus. Avez-vous vu le nombre de gens battus, assassinés est en augmentation aussi dans nos pays, parfois même par les parents eux-mêmes.

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  • > Parents citoyens ?

    par aline (IP:xxx.x42.214.182) - 30 juin 2008 23:04

    Si tout est dit, et très bien dit...je rajouterais qu’aujourd’hui en Belgique on peut être Femme, mais plus Mère....
    Les parents qui le désirent ne peuvent plus choisir librement de se consacrer, à temps plein ou partiel à leur famille sans être pénalisés socialement, financièrement et psychologiquement...
    La famille "monosalarial" s’en trouve asphyxiée !
    Est ce un "plus" ?
    Aline Everard (Présidente Femmes&foyer)

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