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Paris-Match et les talibans

lundi 8 septembre 2008, par Charles Bricman

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Je me suis donné le temps de me faire mon opinion sur la petite tempête qui accompagne la publication par Paris-Match de ce reportage photographique sur les talibans paradant avec les trophées arrachés aux soldats français qu’ils ont tués. Au bout du compte, je comprends bien sûr les émotions que soulèvent ces images, et la douleur des proches. Mais je ne crois pas que ce soit la question.

A Libération, le père d’un des soldats déclare : “Cela fait beaucoup de mal de voir ces assassins [...] parader avec les vêtements des enfants qu’ils ont tués ». Respect. Et empathie.

Daniel Cohn-Bendit, député européen vert, dénonce, lui, ce qu’il appelle “le voyeurisme de Paris-Match“. Au sens propre, et quoi qu’on pense du magazine par ailleurs, on instruit ici un procès d’intention. Il s’agirait en somme de “vendre du papier” en flattant de glauques instincts supposés fermenter dans l’esprit du public.

Cela, c’est effectivement une triste réalité qui n’est pas contestable. Il suffit de voir l’allongement des files, sur l’autoroute, à hauteur d’un carambolage bien saignant. Ou le “tourisme-catastrophe”. Et puis, qu’est-ce qui nous scotche, fascinés, devant nos écrans, quand on juge Ceaucescu, quand on exécute Saddam Hussein, quand s’effondrent les tours jumelles ? Le sentiment d’assister à un moment de l’Histoire ? Sans doute, mais seulement lui ?

Ce n’est toutefois pas seulement de ça qu’il est question ici.

Hervé Morin, ministre français de la Défense :

Est-ce qu’on doit faire la promotion d’hommes qui ont compris qu’on était dans l’ère de la communication ?

Si ce n’est pas clair, Renaud Revel enfonce le clou sur son blog de L’Express :

A elle seule, la photo qui ouvre ce reportage résume le fiasco. On y voit un groupe de Talibans posant nonchalamment. Le cliché est parfaitement cadré, les poses de chacun des combattants comme travaillées. Pour un peu on dirait une pub Prada. Plus loin ce sont les objets personnels de certains soldats disparus que l’on offre à l ‘objectif, un gilet pare-balle, là, une montre, ici... La nausée“.

On entre ainsi dans un tout autre registre, bien plus inquiétant à mes yeux. Pour deux raisons :

  1. La première est qu’elle tend à déligitimer, voire à interdire moralement, en temps de guerre au moins, l’exposé des faits par l’autre partie, par l’ennemi. Et de ce qu’a vu de ses yeux le journaliste. C’est une forme de censure. Elle aboutit en somme à la négation du travail d’information, qui ne consiste certes pas à être “objectif”, mais à respecter les faits ;
  2. La seconde est qu’elle revient à nous prendre pour des cons. Comme s’il fallait à tout prix nous épargner les discours abjects, parce que nous pourrions y succomber, convaincus ou terrorisés.

De la part d’une démocratie, il me semble que c’est un terrible aveu de faiblesse. D’autant plus vicieux qu’il ne se montre pas pour ce qu’il est, une limitation de la liberté d’expression pour des raisons d’intérêt national. Mais qu’il se déguise sous les traits patelins du bon goût, de la décence, des convenances. Ce n’est pas un décret qu’on prescrit, c’est une morale qu’on distille, pour qu’elle s’installe dans les consciences.

Paris-Match mérite-t-il qu’on prenne ainsi sa défense ? Je ne sais pas et ça m’est égal. Je concède seulement que le cas aurait peut-être été plus clair si les photos avaient été publiés par un autre organe de presse, dûment estampillé quality paper.

Mais je vous rassure : je n’ai pas acheté Paris-Match, je n’ai même pas ouvert son site web, s’il en a un. Je n’ai donc pas vu les images, si ce n’est une reproduction de la première page du reportage, dans Libé. Je n’ai pas besoin de les voir. Il me suffit de savoir qu’elles existent. Et que celles qui nous viennent de là-bas n’ont pas toutes été prises dans des excursions organisées par le service de presse de l’armée française ou américaine. Par là, Véronique de Viguerie, la photojournaliste, a fait un travail de reporter.

C’est du moins mon avis. Quel est le vôtre ?



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Les derniers commentaires

  • > Paris-Match et les talibans

    par Chaos Theory (IP:xxx.x78.209.212) - 8 septembre 2008 15:14

    Cher Charles



    Je vous copie ici la réflexion que j’ai laissée sur le même sujet à François Colette qui a ausssi écrit un excellent article à ce sujet :



    François, je n’ai pas lu les articles en question. Je comprends que l’on puisse être choqué mais je trouve que c’est faire un scandale mal placé.



    Ca me fait penser à la ’propagande’ américaine qui peut montrer toutes les horreurs possibles, les prises de guerre, les victimes civiles, ... mais jamais le corps d’un GI.



    La guerre propre est un concept inepte et crétin. La guerre, c’est sale, ça pue, c’est moche et ça tue. On s’imagine quoi ? Que l’ennemi n’a pas de visage, pas de corps, que l’ennemi est un concept ? Non, l’ennemi est fais de chair et de sang comme nous, montrer ces photos, c’est aussi un peu, je pense, nous ramener à l’humanité de la guerre (des hommes contre d’autres hommes), nous ramener à sa réalité (le guerre nest pas un jeu à sommes nulle mais un jeu négatif où tout le monde perd généralement), nous ramener au fait que la guerre, ce sont des hommes qui en tuent d’autres.



    Pour le reste, une fois de plus, je n’ai pas lu ni vu les articles incriminés. Mais il faut bien que les gens se rendent compte que ce n’est pas de la coopération au développement made in club med. C’est la guerre.



    Et je trouve à cet égard l’attitude de Paris Match plutot courageuse quand je vois le mur de tentative de censure auquel le magazine fait face.
    Il est de bon ton, qu’en tout temps et qu’en tout lieu, le quatrième pouvoir puisse s’exprimer pour nous rappeler aux réalités de la vie, pour voyeuriste que ce soit peut être, mais au moins, que l’on sorte de cette espèce de convenance politique.



    Une fois encore, la guerre propre est un mensonge sans nom. Et l’ennemi s’est toujours servi, d’une façon ou d’une autre, sur le corps de son ennemi.

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  • > Paris-Match et les talibans

    par François Collette (IP:xxx.x10.60.117) - 8 septembre 2008 20:11

    Je vous avoue que je n’ai pas lu Paris-Match non plus car je déteste Paris-Match.



    Ce qui me choque dans cette histoire, c’est précisément que ce soit un hebdo people classieux au slogan bien connu et sans ambiguïté qui ait lancé ce "reportage" en partie bidon (en ce qui concerne l’écrit). Je serai bien moins indulgent que vous, Charles. Oui pour des reportages sur la guerre chez l’ennemi, mais par de vrais journalistes et pas dans un tel contexte mercantile par un magazine qui n’est en fait, excusez-moi l’expression, qu’un "torche-cul".

    Voir en ligne : http://francoisquinqua.blog.lemonde.fr

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