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Je me suis donné le temps de me faire mon opinion sur la petite tempête qui accompagne la publication par Paris-Match de ce reportage photographique sur les talibans paradant avec les trophées arrachés aux soldats français qu’ils ont tués. Au bout du compte, je comprends bien sûr les émotions que soulèvent ces images, et la douleur des proches. Mais je ne crois pas que ce soit la question. A Libération, le père d’un des soldats déclare : “Cela fait beaucoup de mal de voir ces assassins [...] parader avec les vêtements des enfants qu’ils ont tués ». Respect. Et empathie. Daniel Cohn-Bendit, député européen vert, dénonce, lui, ce qu’il appelle “le voyeurisme de Paris-Match“. Au sens propre, et quoi qu’on pense du magazine par ailleurs, on instruit ici un procès d’intention. Il s’agirait en somme de “vendre du papier” en flattant de glauques instincts supposés fermenter dans l’esprit du public. Cela, c’est effectivement une triste réalité qui n’est pas contestable. Il suffit de voir l’allongement des files, sur l’autoroute, à hauteur d’un carambolage bien saignant. Ou le “tourisme-catastrophe”. Et puis, qu’est-ce qui nous scotche, fascinés, devant nos écrans, quand on juge Ceaucescu, quand on exécute Saddam Hussein, quand s’effondrent les tours jumelles ? Le sentiment d’assister à un moment de l’Histoire ? Sans doute, mais seulement lui ? Ce n’est toutefois pas seulement de ça qu’il est question ici.
Hervé Morin, ministre français de la Défense :
Si ce n’est pas clair, Renaud Revel enfonce le clou sur son blog de L’Express :
On entre ainsi dans un tout autre registre, bien plus inquiétant à mes yeux. Pour deux raisons :
De la part d’une démocratie, il me semble que c’est un terrible aveu de faiblesse. D’autant plus vicieux qu’il ne se montre pas pour ce qu’il est, une limitation de la liberté d’expression pour des raisons d’intérêt national. Mais qu’il se déguise sous les traits patelins du bon goût, de la décence, des convenances. Ce n’est pas un décret qu’on prescrit, c’est une morale qu’on distille, pour qu’elle s’installe dans les consciences. Paris-Match mérite-t-il qu’on prenne ainsi sa défense ? Je ne sais pas et ça m’est égal. Je concède seulement que le cas aurait peut-être été plus clair si les photos avaient été publiés par un autre organe de presse, dûment estampillé quality paper. Mais je vous rassure : je n’ai pas acheté Paris-Match, je n’ai même pas ouvert son site web, s’il en a un. Je n’ai donc pas vu les images, si ce n’est une reproduction de la première page du reportage, dans Libé. Je n’ai pas besoin de les voir. Il me suffit de savoir qu’elles existent. Et que celles qui nous viennent de là-bas n’ont pas toutes été prises dans des excursions organisées par le service de presse de l’armée française ou américaine. Par là, Véronique de Viguerie, la photojournaliste, a fait un travail de reporter. C’est du moins mon avis. Quel est le vôtre ? Les derniers commentairesLaisser un commentaire |
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