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Perles de la poche d’un magicien

lundi 14 mai 2007, par Carlos Vaquera


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Hommages :

Je voudrais au travers de ces quelques lignes rendre hommage à deux cousins plus ou moins éloignés de l’art de la magie des cartes. Involontairement, ils nous ont donné les outils nécessaires pour développer notre passion cartomagique et la propager jusqu’ici et maintenant.

Le premier hommage revient à Johannes Gutenberg (1399
- 1468) d’origne allemande et qui n’est autre que le créateur de l’imprimerie.

Il trouve dans cet article, une place de choix car, sans en prendre lui-même conscience, il a été, pour nous les magiciens - et aussi, malencontreusement, pour les tricheurs, celui qui a permis de multiplier dans l’espace et le temps ce merveilleux objet de passion qu’est le jeu de cartes.

Dans le livre de John Northern Hilliard , intitulé « La Prestidigitation du XXème Siècle - Tours de cartes modernes  », nous trouvons dans le chapitre premier qui s’intitule «  Le Maître des cartes à jouer  », un essai court, mais de grande valeur sur l’origine des cartes et l’histoire de leur premier imprimeur - le vrai Maître des Cartes à Jouer. Pierre Lanoë, le traducteur de la version française, nous rappelle qu’aux premiers temps des cartes, seul un Roi ou un Prince pouvait en posséder, car étant dessinées et peintes à la main, elles étaient trop coûteuses pour être employées par le peuple. Une seule des cartes à jouer gravées par « Le Maître des Cartes à Jouer  » existe en Amérique, la Reine de Cyclamen, au Musée de l’Art de Boston, et une carte à points, l’Homme Sauvage, dans une collection privée.

A la fin de ce court essai il nous transmet ceci  :

« Messieurs les manipulateurs, vous pouvez incliner vos baguettes en hommage au Maître des Cartes à Jouer et à ses disciples qui ont donné à l’humanité leurs cartes à jouer et à nous l’occasion de réchauffer les cœurs de nos spectateurs avec nos mystères fascinants. Puissions-nous ne pas oublier notre apparentement avec l’art de la gravure, et puissions-nous ne jamais présenter de magie à moins que nous ne la présentions comme un art, ce qui est le but et l’essence de ce traité sur la magie ».

L’origine des cartes à jouer :

Après ce bref mais nécessaire hommage, il me semble qu’un petit détour historique sur l’origine des cartes ne serait pas superflu.

Comme vous le savez, on ne connaît pas, avec certitude, l’origine des cartes à jouer. Les premiers jeux de cartes sont, semble-t-il, apparu en Inde ou en Chine, dès le douzième siècle. L’histoire nous dit que ce fut, sans doute, après les Croisades qu’ils pénétrèrent en Europe et que l’ancêtre de ceux-ci est le Tarot Mineur.

Le Tarot, dans sa totalité, est constitué de 78 Lames ou Arcanes : 22 Arcanes Majeurs - cartes symboliques et allégoriques - et 56 Arcanes Mineurs qui se divisent en quatre séries ou couleurs. La lecture de ces cartes exprime le travail de l’homme pour réaliser sa destinée terrestre. Dans sa représentation, il traduit les luttes, les joies, les peines, les efforts et les souffrances de l’être humain à s’accorder ou non avec les lois de l’univers.

Chaque couleur contient 14 cartes :
- 4 figures (Roi, Reine, Cavalier et Valet)
- 10 cartes numérales (de l’As au dix)

Il y a quatre couleurs :
- L’Épée qui représente l’action mentale (puissance et volonté)
- Le Bâton qui représente la force condensée (l’énergie matérielle)
- La Coupe qui représente le travail sur soi-même (l’action passive)
- Le Denier qui représente l’offrande (ce que l’on acquiert ou que l’on donne).

L’histoire a transformé les Tarots en cartes à jouer et durant cette transformation les Épées sont devenues les Piques, les Bâtons les Trèfles, les Coupes les Coeurs et les Deniers les Carreaux.

Les cartes ont donc un sens ésotérique que seuls certains initiés connaissent.

J’ai voulu traduire en mot ce côté "caché" des cartes dans une scène de mon premier one-man-show «  Démons et Merveilles ». Je vous propose d’en découvrir le texte ici-même :

...

Le personnage remet la carte dans le jeu.
La carte se lève toute seule.

La carte (une dame de cœur) :
- Non...non, ne me replace pas tout de suite dans le paquet... donne-moi encore un peu de ta chaleur...c’est drôle tes mains sont froides...doigts glacés sur papier glacé, emprunte invisible à côté d’un cœur rouge comme l’amour, rouge comme le sang...

Le personnage touche la carte

- Mm, oui, le toucher de ton doigt parfume l’index de mon cœur et tu ne trouves rien à dire...

Le personnage sourit

- Tu souris et moi j’ajoute ce drôle de petit sourire à ma ligne d’amour... mais tu ne trouves rien à dire...

Carlos :
- Tu sais, ce n’est pas facile de parler à une carte à jouer.

La carte :
- Et cette carte devenait de plus en plus lourde depuis qu’elle s’était mise à parler...peut-être parce que à la fin de ce numéro elle devient inutile.

Carlos :
- Tu n’es pas inutile. Tu fait partie des quatre couleurs d’un jeu de cartes.

La carte :
- Les quatre saisons d’une année.

Carlos :
- Tu es l’une des douze figures d’un jeu de cartes.

La carte :
- Douze mois dans une année.

Carlos :
- Tu es l’une des treize cartes de ta famille les cœurs.

La carte :
- Treize cycles lunaires dans une année.

Carlos :
- Tu fais partie des 52 cartes d’un jeu.

La carte :
- 52 semaines dans une année.

Carlos :

- Et si on additionnait les points de tous tes frères et de toutes tes sœurs, il y aurait 365 points.

La carte :
- 365 jours dans une année

Carlos :
- Tu vois, tu n’es pas inutile, au contraire ! Mais il faut me pardonner, j’avais oublié que tu avais été créée pour un roi et que derrière ces dessins que vous représentez, se cache, peut-être, le mystère de l’origine de la vie... Viens, à partir de maintenant, je te respecterai encore plus qu’avant...
- Noir -

Le personnage quitte la scène

L’ancêtre des magiciens : le tricheur

Je ne voulais pas terminer ce court article sans rendre le deuxième hommage à notre ancêtre technique ; celui qui nous a permis de faire évoluer les passes secrètes de notre Art : le tricheur.
Certains d’entre nous pourraient avoir honte de ce lien familial plutôt sombre, mais je pense que “ pour savoir où l’on va, il faut connaître d’où l’on vient ”. Et savoir que ce qui est né dans la tricherie a grandi dans le plaisir est une chose valorisante pour nous les amants des tours de cartes.

C’est de nouveau Hilliard, au Chapitre IV, qui nous rappelle que tous les artifices groupés sous le contrôle au moyen de cartes marquées ont pris naissance dans les tripots où ils étaient pratiqués par les tricheurs. Il nous dit :

Quel dommage que nous possédions si peu, sauf une connaissance légendaire, de ce qui concerne les incunables de la magie. Une étude comparative des tricheries aux cartes et des tours de cartes nous éclairerait, mais aussi nous troublerait ! Pendant si longtemps les magiciens se sont attribués à tort toute la gloire de la création des manipulations de base et des artifices les plus subtils de leur profession, et cela renverserait leur suffisance béotienne de découvrir combien ils sont redevables aux Grecs pour les meilleurs outils de leur métier. En vérité, mes maîtres, ce qui a été semé dans le déshonneur a mûri dans la droiture ! ...

Il continue en disant que l’homme a toujours été un tricheur au jeu ; il a toujours essayé - d’une façon perfide ou d’une autre - de renverser les caprices de la chance pure - cette chose insaisissable que nous appelons «  veine  »
- et, dans aucun autre domaine d’efforts - pas même en politique -, il n’a réussi d’une manière aussi visible que dans le jeu de cartes.

Ce n’est donc pas par hasard qu’au jour d’aujourd’hui, un des plus extraordinaires livres sur les techniques aux cartes a été écrit par un tricheur professionnel et est devenu, depuis sa parution, en 1902, l’ouvrage de référence pour tous les passionnés de manipulation. Cette bible des techniques secrètes aux cartes n’est autre que « The Expert at the Card Table  » de S.W. Erdnase.
Mais rappelons-nous qu’il y a un monde de différence entre faire une démonstration de tricherie devant un public, et favoriser la chance dans de véritables conditions de jeu. Comme Erdnase, lui-même, l’a dit :
Il ne suffit pas d’être bon manipulateur pour réussir, de même qu’il ne suffit pas de s’entraîner au tir à la cible pour devenir un as du tir au pigeons. (...)
Plus l’urgence est grande, ou plus l’enjeu est important et plus il faut du sang-froid.

Et pour terminer, je vous propose une petite histoire vraie non dénué de tricherie - la seule, toutefois, à avoir été tolérée par une assemblée de joueur ! :

De nombreuses personnalités sont complètement obnubilées par le jeu de cartes : de l’acteur Omar Sharif au présentateur Philippe Bouvart jusqu’au roi d’Egypte Farouk. D’ailleurs une anecdote célèbre nous raconte qu’un soir, lors d’une partie de poker, ce dernier annonça qu’il avait un carré de roi. Mais lors de la découverte des cartes, il ne montra que trois rois devant lui. Lorsque l’un de ses partenaires de jeu lui fit remarquer que son jeu n’était pas conforme à son annonce, il répliqua :
- Le quatrième roi, c’est moi !
Et il empocha la mise.



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