Devenez rédacteur
|
Pierre Vimont, un poids lourd pour la diplomatie européennemardi 26 octobre 2010, par Jean Quatremer Voir en ligne : http://bruxelles.blogs.liberation.f...
La marge de manœuvre d’Ashton, dans cette nomination, a été proche de zéro, les trois États membres dont la diplomatie compte (France, Grande-Bretagne, Allemagne) exerçant un étroit contrôle sur le SEAE. Londres étant déjà servi avec la Baronnes, il était entendu que Paris obtiendrait le poste de numéro 2 et Berlin, celui de numéro 3 (le secrétaire général adjoint sera Helga Schmid, une fonctionnaire européenne, ancienne diplomate allemande). Concession faite aux nouveaux États membres, l’autre secrétaire général adjoint sera un Polonais (il y a désormais un doute sur son identité, les Polonais ayant l’art de se déchirer entre eux). Ashton a cependant un peu plus de latitude pour nommer ses directeurs généraux : elle a ainsi annoncé que le responsable de l’administration du SEAE serait David O’Sullivan, un Irlandais parfaitement francophone et francophile, ancien chef de cabinet de Romano Prodi lorsqu’il celui-ci était président de la Commission (1999-2004) et actuel directeur général chargé du commerce à la Commission. Au passage, on ne laisse pas d’être étonné par la surreprésentation des fonctionnaires irlandais tant au sein de la Commission (par exemple, sa secrétaire générale, Catherine Day est irlandaise) qu’au sein du SEAE (les Irlandais ont aussi obtenu le 15 septembre 3 postes d’ambassadeurs sur les 30 premières nominations, soit plus que les Italiens…). Même si la France avait la garantie d’obtenir le poste de secrétaire général, elle ne s’est Vimont a reconnu aujourd’hui que le défit qu’il avait à relever était énorme, tant les institutions héritées du traité de Lisbonne sont complexes : les présidents du Conseil européen et de la Commission européenne revendiquent tous deux des compétences en matière de politique étrangère et la Baronne Ahston a du mal à trouver sa place. « Nos interlocuteurs aux États-Unis sont un peu perplexes », a ainsi admis avec diplomatie Vimont. En outre, les grands États sont en embuscade. À la différence de la monnaie unique qui a remplacé d’un coup toutes les devises nationales, la diplomatie européenne sera en concurrence avec les diplomaties nationales. « Paris, Londres et Berlin essayent de savonner la planche d’Ashton », dénonce un diplomate européen de haut niveau, « car, à la différence des petits pays et de la Commission qui ont compris tout l’intérêt de cette mutualisation des moyens, ils ne veulent pas perdre leur voix dans le monde ». Certains dénoncent notamment le travail de sabotage de Pierre de Boissieu (surnommé « Il Divo » ou « Dark Vador »), le tout puissant secrétaire général du Conseil des ministres, qui fait tout pour que le SEAE reste sous la coupe des États. Ainsi, Ashton a été mise devant le fait accompli, lors de sa prise de fonction en décembre 2009, sur plusieurs points importants, le but de la manœuvre étant de la tenir en laisse. Ce seront ainsi toujours les ambassades nationales auprès de l’Union qui prépareront les papiers de politique étrangère. Ou encore, c’est le secrétariat général du Conseil qui continuera à gérer le budget des opérations militaires… Vimont, s’il veut laisser son nom dans l’histoire de la construction européenne, va avoir du travail pour que le SEAE ne termine pas au cimetière des fausses bonnes idées. N.B.: tous les détails des dernières négociations autour du budget et du statut du personnel sont sur le blog de mon excellent confrère Nicolas Gros-Verheyd Laisser un commentaire |
?
Derniers articles de Jean Quatremer : Quand la commission redécouvre la croissance... Euro : Sarkozy se « mélenchonise » dans la dernière ligne droite L’UE d’espoir au conseil européen D'autres articles: DiplomatieLe service diplomatique européenne est né ! (Jean Quatremer) La diplomatie européenne échappe à la Commission et au Parlement (Jean Quatremer) Guerre de tranchée autour du service diplomatique européen (Jean Quatremer) Union EuropéennePourquoi l’Union et le FMI demandent à la Grèce de diminuer ses salaires (et ses prix) (Jean Quatremer) Cohn-Bendit : "L’Europe négocie un traité dont elle n’a pas besoin" (Jean Quatremer) L’Union veut déjouer les fausses notes (Jean Quatremer) |