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Voir en ligne : http://blog.pickme.be/2010/10/25/po... Un jeune de 26 ans. Il est sorti des études avec un diplôme de l’enseignement secondaire. Il a essayé l’université mais ça ne lui convenait pas. Il s’est inscrit à une formation dans la restauration car il avait en tête un « concept », comme ils disent. Une journée de cours par semaine, si on peut appeler ça des « cours ». Les autres jours en stage « rémunéré », pour apprendre le métier. En principe. En fait, pour 400 euro par mois, on l’a fait bosser comme moins que rien dans des cuisines. Du rangement, de la plonge, parfois de la mise en place. Bien plus de 40 heures par semaine. Pour 400 euro et, parfois, un peu de black. Et des engueulades, en veux-tu en voilà. Un chef de cuisine, ça a ses nerfs. Des bagarres aussi, avec des camarades guignant son matériel ou son portefeuille. Trente-deux heures étaient théoriquement un maximum, mais allez faire valoir vos droits quand on peut vous virer d’un jour à l’autre et qu’on fait la file au dehors pour s’emparer de votre place.
En fait de « formation » , ce petit a vite compris qu’il n’était rien de plus que de la main d’œuvre précaire à très, très bon marché pour l’Horeca. Les pouvoirs publics doivent trouver ça bien, puisqu’ils subventionnent la formation et s’en vantent. Un jour, on lui a intimé de se présenter une heure plus tard au turbin. Le patron avait été prévenu la veille de la visite de l’inspection du travail. Prévenu? C’est normal, ça? Non. Mais ça se fait, apparemment. Et puis, il s’est encore fait virer, une énième fois. On n’avait plus besoin de lui. Ou on avait en vue un autre esclave sur le marché. J’ai conseillé à ce gars de s’inscrire comme demandeur d’emploi et de suivre des cours du soir. Il l’a fait. Evidemment, ses stages ne « comptaient » pas, il était « à l’école », voyez-vous. C’est formateur, la plonge. Et il avait un nouveau « stage », de chômeur cette fois, à accomplir pour avoir droit à une allocation d’attente. Mais lui, il voulait travailler. Il a répondu à des tas d’annonces. Il s’est présenté en un tas d’endroits. Toujours la même réponse: comme il n’est pas encore « chômeur indemnisé », il n’entre dans aucun plan, Activa, contractuel subventionné, PFI ou autre. Désolé, ça ne va pas. D’abord, avec ses cours qui commencent à 6 heures, tous les soirs, il ne convient pas pour les horaires de l’employeur, souvent variables. Mais surtout, au salaire minimum, il coûte encore trop cher, plus cher que les « indemnisés » pour lesquels il ne faut pas payer de sécurité sociale grâce à tous les bons plans qui existent par la volonté des ministres vertueux et de leurs conseillers intègres. Il doit absolument « faire son stage » de chômeur. Un an. Alors, mon type est allé chez Actiris. Il a vu plusieurs conseillers qui se le sont renvoyé sans rien comprendre à son cas bizarre. Il le croyait simple, pourtant. Il demandait simplement si on pouvait l’aider à trouver du boulot, à s’inscrire sur des listes. Ben, non, puisqu’il n’est pas CCI, c’est-à-dire « indemnisé ». Ton stage, gamin, t’as pas encore compris qu’il fallait terminer ton stage si tu voulais devenir chômeur? Mais il ne veut pas, lui. Il a seulement besoin qu’on l’aide un peu pour trouver du boulot. Il a même été au CPAS de sa commune, pour voir, à tout hasard. Mais on ne peut rien y faire pour lui non plus. Ses parents sont encore là, ils gagnent encore trop d’argent, il n’a qu’à leur en demander. Mais c’est pas la question. Sa maman lui paie déjà ses cours du soir et les livres qui vont avec. Il a un toit, il n’a pas froid, il n’a pas faim. Non, à 26 ans, il considère seulement que c’est à lui à subvenir à ses besoins. Il veut juste travailler. Là, pour l’instant, une boîte d’interim lui a quand même trouvé quelque chose peut-être parce qu’on l’y a trouvé volontaire et sympa. Motivé. Presque trilingue. Un boulot non qualifié. Un CDD de trois mois à un tarif qui, en net, devrait bien lui valoir l’équivalent de ce que gagne un vrai chômeur. Avec ça, il pourra commencer à rembourser ce qu’il a pu emprunter à gauche et à droite. Evidemment, ça va interrompre son stage de chômeur. Il se demande comment il va les conquérir, ses droits à devenir un CCI: en terminant son stage d’un an ou en accumulant les journées de prestation, plic, ploc? Simple curiosité de sa part. En réalité, il s’en fout un peu, de la réponse. Il ne voit le chômage que comme un filet de secours. Il n’a aucune intention d’en faire une carrière. Il commence à croire que c’est pour ça qu’on l’accueille si mal, aux guichets. Aux guichets, on n’aime pas trop ces marginaux, comme il y en a encore tant. Et lui, quand il entend parler de la politique de l’emploi à la télé ou ailleurs, il ne rit plus. Il a les lèvres gercées, voyez-vous. Laisser un commentaire |
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