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La formation plutôt agitée de notre gouvernement fédéral butte sans cesse sur la difficulté de conduire une discussion vers un consensus acceptable pour les parties. Est-il possible, de mener des négociations autour d’un débat constructif et raisonnable/redelijk ? Il le faut : c’est plus que jamais nécessaire ! Quelles sont les conditions de possibilité d’un tel dialogue ? That is the question ! Dans ce contexte laborieux, il peut être approprié de rappeler les principes et les procédures de ce que le philosophe allemand Habermas appelle l’éthique de la discussion. Nous suivrons pour ce faire le fil conducteur d’un exposé concis et limpide du philosophe belge Gilbert Hottois. (1) Pourquoi, d’abord, une éthique de la discussion ? Parce qu’elle constitue un élément essentiel d’un espace public sain. Dans un régime démocratique, dit Habermas, la légitimité politique doit s’enraciner dans l’entente communicationnelle et dans le débat argumenté et public, producteur de consensus. Cette façon de faire s’oppose aux purs rapports de force, à la violence (physique ou autre) et aux diktats de régimes absolutistes fondés sur une personne ou sur un principe. On rencontre ici l’opposition entre la Raison démocratique et l’Absolu du dictateur. Or, la raison ne peut s’exprimer qu’à travers le langage. Le consensus, produit du travail communicationnel du langage est dès lors la seule façon humaine d’approcher ce que la raison peut espérer atteindre, provisoirement, en matière de vérité. Cela revient en somme à remplacer une universalité fondée sur la Vérité par une universalité basée sur le consensus. Cette approche du consensus, il faut un processus pour y conduire : c’est l’éthique de la discussion. Quelles sont donc les caractéristiques de ce processus ? « D’abord, qu’aucun principe ou valeur, ne peut être posé hors débat par rapport à la critique. Ensuite, que l’on s’efforce de mettre en pratique, aussi largement que possible, les principes de l’interaction communicationnelle, à savoir :
Ne rêvons pas : une éthique de la discussion pure et dure à la Habermas est utopique. Dans le monde réel, ce n’est pas évident ! Le processus demande peut-être un temps infini pour converger vers le consensus ! Il peut être manipulé. Il suppose la bonne foi et la bonne volonté des interlocuteurs. La réversibilité peut être source d’une instabilité invivable. Etc... Faut-il pour autant le destiner à la poubelle ? Dans le contexte actuel, on est arrivé tellement loin du modèle habermassien idéal qu’il n’y a pas grand chose à perdre à en rappeler les principes et que ce serait sans doute une bonne idée de s’accorder sur un processus de discussion qui s’en approcherait quelque peu. Si on devait, par pragmatisme, s’écarter gravement d’un de ces principes, il faudrait que ce soit pour des raisons acceptées par les parties prenantes (par exemple l’urgence !) et que celles-ci soient claires et explicites. Quant à la primauté du langage sur l’intransigeance et l’absolu des principes, Habermas rappelle à ce sujet qu’il n’y a pas de sens, pas de pensée, de valeur, sans langage, et que celui-ci est toujours interaction, intersubjectivité symbolique à vocation universelle. La capacité communicationnelle intrinsèque du langage doit donc, finalement, lui permettre de dépasser les barrières entre les langues. Ce qui, dans le contexte actuel, mérite également d’être rappelé. (1) G. Hottois, De la Renaissance à la modernité, ch. 19, Ed De Boeck (1997) (2) G. Hottois, op cit p. 400 Les derniers commentairesLaisser un commentaire |
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