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Pouvoirs du roi : pourquoi ce barnum ?

mercredi 24 mars 2010, par Charles Bricman

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Cela fait presque 179 ans que le chef de l’Etat, en Belgique, est un monarque héréditaire. Avec Albert II, on en est au sixième. Ça se passe plutôt bien. L’Etat est complètement délabré mais il n’y est pour rien.

L’institution monarchique a même une utilité évidente en ce qu’elle offre à nos tribus qui se chamaillent une sorte de « zone neutre » dans laquelle les politiques sont encore à même de bricoler les formules qui permettent de débloquer les situations les plus inextricables, à coups de médiateurs, d’informateurs ou d’explorateurs pourvus de la royale onction.

Alors pourquoi tout ce barnum orchestré par La Libre et par leStandaard autour des pouvoirs du Roi qu’il conviendrait de réduire?

 

Bon, d’accord: il y a le vingtième anniversaire du « petit incident » autour de la sanction de la loi sur la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse, en 1990. Quand Baudouin Ier est devenu objecteur de conscience et s’est mis en grève du porte-plume.

Le chef cab’ de Martens, André Alen, avait trouvé la sortie de secours: le gouvernement a constaté que le roi était dans « l’impossibilité de régner », il a sanctionné et promulgué la loi à sa place, « au nom du peuple belge » et on a convoqué le Congrès (Chambre et Sénat réunis), non pour nommer un régent, comme on est supposé faire en pareille circonstance, mais pour constater que l’impossibilité de régner avait pris fin.

La Constitution est bonne fille. Un goujat a dit un jour qu’à force de se faire violer, elle avait fini par y prendre plaisir. Un « mot » comme celui-là serait aujourd’hui politiquement très incorrect et je ne le rappelle prudemment ici que pour mémoire…

Le problème pourrait être facilement résolu. Il suffirait de retirer au roi la sanction et la promulgation des lois, de la confier au président de la Chambre ou du Sénat, par exemple. Si celui-là avait un jour des problèmes de conscience, il démissionnerait et on le remplacerait. Point barre.

Et donc: pourquoi tout ce barnum, maintenant?

D’accord encore: Albert II n’est plus tout jeune et son successeur, couvé en son temps par Baudouin, est plus roide, il a quelque chose de son grand-père, Léopold le Troisième, qui fut un problème pour les politiques tout au long de son règne et qui a bien failli être la cause d’une véritable insurrection ouvrière, en 1950.

Mais bon. Il n’a pas attendu d’être roi pour faire des vagues. En 2007, il a engueulé des journalistes, s’en est pris au Vlaams Blok, et le premier ministre Verhofstadt a dû lui rappeler que ce n’était pas son rôle. En d’autres termes, ce ne sont pas les maigres pouvoirs dont il sera un jour revêtu qui pourraient faire problème. C’est son fichu caractère bien trempé de Saxe-Cobourg.

Je le répète donc une fois encore: pourquoi ce barnum?

Tiens, au fait: quelqu’un a vu Dehaene, ces jours-ci? Paraît qu’il bosse toujours sur BHV. Plus largement, il doit penser aussi à 2012 2011. Les élections. Quoiqu’il arrive sur BHV, elles ne seront pas joyeuses pour son parti.

Pensez donc. La grande réforme de l’Etat promise en 2007, ce sera pour une autre fois. Et s’il y a une « solution » pour BHV, ce sera inévitablement un abracadabrant compromis qui fera grincer toutes les dents, y compris celles du lion des Flandres.

Connaissant notre Jean-Luc, grand spécialiste des « gros paquets » à faire passer d’un coup sec dans l’entonnoir, moi je le vois bien enrober de bon sucre le ragoût amer qu’il est réduit à cuisiner. Parce que ça va plaire aux nationalistes flamands, une monarchie encore un peu plus – ou tout-à-fait – « protocolaire ».

Mais cela suffira-t-il?

 


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Les derniers commentaires

  • Pouvoirs du roi : pourquoi ce barnum ?

    par Stéphane Dohet (IP:xxx.x10.242.232) - 24 mars 2010 18:10

    Personne n’est neutre, ou "au dessus de la mêlée". Pas plus Albert qu’un autre. Au contraire, le roi est profondément conservateur et catholique, donc absolument pas neutre. 1990 ne fut pas un "petit incident", mais la preuve éclatante qu’un roi peut abuser de sa position pour faire passer ses idées. Si le chef de l’État doit avoir une opinion, et des idées politiques, autant que ce soit un politique, élu par le peuple ou désigné par les représentants du peuple. Une monarchie protocolaire ne résoudra pas le problème d’avoir comme chef d’État une personne qui ne doit sa place que par sa naissance et sa filiation (népotisme), nommé à vie, et irresponsable. Et si la fin de la monarchie signifie la fin de la Belgique, ce n’est pas un problème. Si la Belgique ne peut être qu’une monarchie, alors il vaut mieux qu’elle disparaisse.

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