Devenez rédacteur
|
M. Di Rupo poursuit sa mission dans une discrétion de bon aloi. Ses analyses lucides et ses engagements antérieurs jettent toutefois un jour clair sur ses positions sur un point en tous cas : BHV-BXL-Frontières d'Etat. Trois extraits de quotidiens bruxellois des dernières années en donnent l'éclairage :
1. Le 25 septembre 2007, trente mois avant le triomphe N-VA, Elio Di Rupo invite déjà les Francophones à "se préparer à une inéluctable sécession de la Flandre . . . car il arrivera un moment, même si on ne le souhaite pas, où la Flandre voudra voguer de ses propres ailes".
2. Le 15 juilet 2008 à la question "Sur BHV, pourquoi est-ce si difficile ?" Di Rupo répond "Parce que les Francophones ne veulent pas que la frontière administrative qu'est la frontière linguistique devienne une frontière d'Etat . . . Nous étions prêts à faire des pas mais nous voulions que du côté néerlandophone on en fasse aussi."
3. Le 15 juin 2010 un chroniqueur relatant la campagne du Président du PS écrit "A travers la Wallonie, Di Rupo est souvent interpellé par des militants déconcertés de voir leur parti se battre "pour quelques bourgeois de la périphérie". Sa réponse est invariable : pour ne pas hypothéquer le sort du pays. La règle coutumière en droit international veut, en effet, qu'en cas d'éclatement d'un pays, les frontières administratives deviennent les frontières des nouveaux Etats indépendants. D'où l'intérêt de garder une zone floue, avec un arrondissement transrégional et des communes à facilités. En cas de scission du pays, il y aurait alors des discussions, si pas des consultations populaires, sur l'avenir des communes où vivent de nombreux Francophones. Cet argument fut longtemps purement théorique. Il prend toute sa raison d'être maintenant que l'interlocuteur est un parti ouvertement nationaliste et que les indépendantistes représentent ensemble plus de 40% du corps électoral flamand. Dans ces conditions, les Francophones peuvent-ils sérieusement admettre des concessions qui se retourneront contre eux dans 5, 10 ou 15 ans, au moment du partage de l'Etat belge ?"
Lucidité et constance dans ces prises de positions et cohérence avec l'engagement pris par la signature par le PS comme par les autres partis francophones de l'accord solennel du 29 mars 2007 liant toute modification du statut de BHV à un élargissement de Bruxelles. La soi-disant "scission" de BHV est en fait une amputation du territoire électoral et judiciaire de Bruxelles et un élargissement du terroitoire électoral et judiciaire flamand. Il n'est que juste et sagement indispensable que les Francophones n'en fassent la concession qu'en échange d'un élargissement démocratique de la Région de Bruxelles. Toute autre contrepartie serait sans valeur - les multiples wooncodes, inspections des écoles, décrets, non nominations de bourgmestres démocratiquement élus, chambres flamandes, screening linguistique et autres gifles des dernières années l'ont prouvé aux plus aveugles - et ouvrirait une voie royale à ceux qui veulent la fin de la Belgique et pouvoir le faire avec un Bruxelles resserré, enserré et demain étouffé, sort que la Flandre a déjà réservé à la périphérie Bruxelloise.
On peut donc conclure - discrète indiscrétion - que, homme lucide et de parole, Elio Di Rupo n'accepte et n'acceptera de concession francophone sur BHV qu'en échange d'un élargissement démocratique de Bruxelles, et que, homme politique sérieux, il ne pourra "admettre des concessions qui se retourneront contre les Francophones dans les 5, 10 ou 15 ans à venir, au moment du partage de l'Etat belge."
Philippe Duvieusart
Les derniers commentairesLaisser un commentaire |
?
Derniers articles de Philippe Duvieusart : Carton Rouge Professeur Uyttendaele ! Déclarations Wouter Beke ou Joëlle Milquet ? BHV "Pas touche au principe de territorialité" D'autres articles: BruxellesLa petite reine de Bruxelles (Alain Berenboom) 5 pourcents de chances ? (xaviereco) Elio Di RupoDi Rupo, où est ta victoire ? (Charles Bricman) Weekly Leaks (Les Poireaux de la semaine) (Eric Bruckmann) Il était une fois la fin de la Belgique (Jean Quatremer) NVARéponse très pertinente (Lord Jim) Un an sans gouvernement : la Belgique accélère son évaporation (Jean Quatremer) Un an après « l’alea jacta est »… Repli électoral et sauve qui peut ! (Claude Thayse) BHVDes accords qui sonnent faux. (Pascal de Roubaix) Changement de langage, de registre géopolitique et mourir pour BHV ? (Claude Thayse) A genoux dans la neige . . . (Philippe Duvieusart) |