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Préformation : l’algèbre a ses lois

lundi 16 août 2010, par Charles Bricman


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Voir en ligne : http://blog.pickme.be/2010/08/13/pr...

Cinquante-cinq pages. Le non-paper d’Elio Di Rupo définissant le périmètre de négociation de la sixième réforme de l’Etat ferait cinquante-cinq pages. Je ne les ai pas lues. Vous non plus. Seuls les « prénégociateurs » l’ont vue. Et encore, seulement les francophones paraît-il, les Flamands n’auraient eu droit qu’à un exposé verbal.

Et ça caquette déjà dans le poulailler.

Dans la presse francophone surtout, où des négociateurs masqués se répandent en commentaires outrés sur ces foutus Flamands qui n’en ont jamais assez. Parce que leur verdict serait: « Niet genoeg« . La presse flamande est plus sobre, plus factuelle, plus objective: on y relève seulement que le CD&V et la N-VA surtout, considèrent que Di Rupo « ne va pas assez loin », sinon qu’il se comporte « plus en francophone qu’en futur premier ministre ».

On dramatise, quoi. Classique. Lassant.

N’attendez donc pas de commentaire définitif de ma part. Si ce n’est pour répéter que l’équation à résoudre n’a pas changé et que l’algèbre a ses lois:

  1. Pour faire un gouvernement, il faut une majorité parlementaire; il en faut même deux: une dans le groupe linguistique flamand (45 sièges sur 88), une dans le groupe linguistique français (32 sièges sur 62), dont l’addition donnera forcément une majorité fédérale;
  2. Il n’y a pas de majorité flamande envisageable sans un accord politique sur une grande réforme de l’Etat, laquelle requiert en plus une majorité des deux tiers (101 sièges sur 150);
  3. Du côté flamand, il n’y a pas de majorité possible sans la N-VA ou le CD&V; comme ces deux là sont re-scotchés l’un à l’autre, il n’y a pas de majorité – ni de gouvernement fédéral – possible sans le cartel virtuel N-VA – CD&V (44 sièges sur 88);
  4. Côté francophone, on voit mal comment se passer du PS (26 sièges sur 62); une majorité MR – CDH – Ecolo (35 sièges sur 62) est théoriquement possible mais politiquement irréaliste;
  5. La constitution d’un gouvernement fédéral passe donc inévitablement par un accord entre la paire N-VA – CD&V et le parti socialiste.

On ne voit pas encore très bien comment ni sur quelles bases un tel accord sera scellé, mais il faudra bien qu’il le soit tôt ou tard, sans quoi il n’y aura tout simplement pas de gouvernement fédéral.

NI Elio Di Rupo, ni Bart De Wever ne me demandent mon avis, mais je le donne quand même: s’ils veulent continuer à négocier à l’ancienne, à la Dehaene, Martens, Tindemans, Eyskens (Gaston)…, on n’est pas sorti de l’auberge. Il leur faut des idées neuves, de la cohérence et de l’audace. Et donc le courage politique de tirer un projet négocié de leurs vérités respectives. C’est compliqué, ce sera pour eux deux un risque énorme, mais ce n’est pas impossible.

La seule question qui reste est de savoir s’ils le trouveront tous les deux, ce courage.

Je n’ai pas encore de réponse à cette question. Je ne peux que le souhaiter. Pour eux, et pour presque onze millions de citoyens.



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