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Cela ressemble au vieux sketch fameux de Fernand Raynaud. Une dame appelle le plombier pour réparer une fuite. Il lui répond qu’il ne peut venir avant le lendemain. Résignée, la dame sort faire ses courses. Mais le plombier se ravise: comme il est justement dans le quartier, il se dit qu’une petite fuite comme ça, ça ne lui prendra pas beaucoup de temps et il se rend chez la dame. Il arrive sur le palier et frappe à la porte. C’est Coco, le perroquet, qui demande alors, en prenant la voix de sa maîtresse: « Qui c’est? » Ne sachant pas qu’il n’a affaire qu’à un volatile, l’homme répond: « C’est l’plombier ». Ce qui amuse beaucoup Coco. « Qui c’est? » interroge-t-il à nouveau. Pensant que la dame est un peu dure de la feuille, l’homme de l’art se répète, un ton plus haut. Mais le perroquet, forcément continue. Avec un art consommé, Raynaud brode alors longuement sur ce thème. Il fait passer le plombier par tous les stades de l’exaspération et du découragement, jusqu’à ce qu’il tombe dans les pommes. C’est alors que la dame revient avec son cabas. En trouvant le gros homme en salopette étendu sur son palier, sans connaissance, elle s’écrie: « Oh, mais… Qui c’est? » Et de l’intérieur de l’appartement, Coco répond: « C’est l’plombier! » Jean-Luc Dehaene, c’est une façon de parler, est sur le palier de madame Belgique. Lui, il a affaire à deux perroquets. Le premier ne cesse de lui répéter, en néerlandais: « Splitsing BHV! » L’autre, en français, lui débite toute une litanie: « Elargissement de Bruxelles… Nomination des trois bourgmestres de la périphérie… Droit d’inscription… Refinancement de Bruxelles…Retour aux anciennes circonscriptions électorales… » Et le robinet continue à fuir.
Plic… Ploc… C’est comme un compte à rebours au terme (hum…) duquel le premier ministre grimpera dans sa voiture et prendra, l’air sombre, la direction de Laeken, station Koninklijk Paleis – Palais royal. Pas drôle. Parce que si Dehaene, le roi des plombiers, ne réussit pas, qui donc pourrait réussir? C’est une fois de plus un chicken game, en fait. Kéçekça, un chicken game? Un jeu de cons auquel on s’adonne quand on a besoin de se shooter à l’adrénaline ou qu’on en a assez de la vie. On choisit une route bien étroite et on fonce l’un vers l’autre, à vitesse maximale. Celui qui donne un coup de volant pour éviter la collision frontale a perdu. Si aucun des deux ne s’écarte, la partie est nulle. Tout le monde est mort. On en est là. Sauf que dans chacune des deux bagnoles, il y en a qui croient en l’Au-Delà. Ils y voient des urnes bien remplies de belles et bonnes voix. Il ne suffit pas de hausser les épaules et de laisser les joueurs à leurs paris stupides. Il y a un problème et il faut le résoudre. On l’a toujours fait jusqu’ici, vaille que vaille. Avec du temps, de la patience et des trésors d’imagination baroque. Si j’en crois ce que je lis dans les journaux, c’est encore sur ce génie de la solution provisoire et improbable que mise le doyen de la corporation des plombiers. Par bribes et morceaux, on croit apprendre qu’il aurait testé de multiples petites idées. On scinderait BHV mais on permettrait aux francophones des six communes à facilité de voter à Bruxelles. On leur laisserait le droit, s’ils sont défendeurs, de se faire juger à Bruxelles ou à Nivelles (parce que BHV est un arrondissement judiciaire aussi bien qu’électoral). Les bourgmestres de ces mêmes six communes seraient élus directement, au lieu d’être nommés par le gouvernement flamand. Etc. Jusque là, on ressasse. On recycle des formules qui ont déjà été testées… et qui ont toujours échoué. On se résigne à espérer un miracle. Que le génial Dehaene sorte de sa casquette LA formule à laquelle personne n’avait pensé jusqu’ici. Je me permets d’être sceptique. Il me paraît bien, en fait, qu’une formule absolument inédite, il n’y en a qu’une. C’est le politologue flamand Luc Devos (RU Gent) qui m’en suggère la formulation, avec un billet du blog qu’il publie sur le site de la VRT: il faut virer les plombiers et faire enfin appel à des architectes. Ce que ça veut dire, c’est qu’avec toutes les rustines qu’on a collées sur la chambre à air, celle-ci est devenu si lourde et si épaisse qu’elle ne tient plus sur la jante. Il est donc temps de changer la roue. Tout remettre à plat. Repenser de fond en comble les plans de la maison Belgique, et le règlement de copropriété. Oui, je sais: c’est précisément ce que demandent les Flamands et que refusent les francophones depuis le 10 juin 2007. Et alors? Tout le monde peut se tromper, non? L’erreur est humaine. C’est persévérer qui est diabolique. Ah, oui? Et pour BHV, on fait comment? Foutez-moi la paix, avec BHV. En ce qui me concerne, toute solution approuvée selon les règles en vigueur au problème soulevé par la Cour constitutionnelle sera bonne. En toute hypothèse, ce ne sera jamais qu’une solution provisoire. Et ça, on aime par ici… Laisser un commentaire |
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