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Qui ne dit mot consent, ’Elève libre’ de Joachim Lafosse

vendredi 3 septembre 2010, par Sigismund


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JonasBloquetEleveLibre012

 

JE SUIS SUR D'AVOIR ENTENDU QUELQUE CHOSE LA DESSUS. C'était ce que je n'arrêtais pas de me dire après avoir reconnu le titre du film entre deux zappings, et c'est sans en savoir beaucoup plus que je me calais bien confortablement sous ma couette, impatient de ce que j'allais bien pouvoir découvrir, découvrant ainsi l'histoire du jeune Jonas, ressemblant à s'y méprendre à Darth Vader jeune, à nouveau en plein echec scolaire mais il s'en fout, il compte surtout sur une école de tennis. Dès les premières minutes on sent que c'est du sérieux, le personnage se débattant avec sa raquette nous rappellerait presque le héros de ' 71 fragments d'une chronologie du hasard', en tout cas quelquechose dans la mise en scène nous y incite et c'est pas une petite référence. Le monde s'ouvre un peu sous les pieds du protagoniste du haut de ses seize ans qui se retrouve confronté à ses propres limites. Heureusement des amis de sa mère, chez qui il est en vacances , s'efforcent de lui faire d'abord et surtout entrevoir ce qui est vraiment important dans la vie, lui prodiguant une sorte de cohésion familliale dont le jeune homme a un peu perdu les notions depuis le divorce de ses parents. L'un d'eux, qui a été prof, lui propose même de devenir son prof particulier afin de l'aider à revoir ses matières et de postuler son concours en élève libre. Ce sera du boulot mais lui en tout cas, fera de son mieux et il demande à Jonas d'en faire autant.

Alors dès cette première demi-heure c'est la jubile, n'en crois-je pas mes yeux et mes oreilles : enfin une réflexion sur l'enseignement et le rôle de la philosophie loin du tapage désoeuvré de 'Entre les murs ' en prenant le problême à sa racine, l'éducation et la constitutuion de véritablement ce qu'on dénomme habituellement une conscience. Et c'est beau à voir, les comédiens dans le rôle des amis trentenaires  sont assez excellents ainsi que le reste de la distribe d'ailleurs, Jonathan Zaccai ( 'Les revenants', 'La chambre des morts') déboîte comme à chaques fois, sans donner l'impression de forcer tellement, se contentant de rester préçis et concret tout en étant complètement entièrement impliqué, ce qu'il fait à chaques fois et qui lui réussit à chaques fois, ce type est un grand monsieur. Après, je me suis pris le film dans la gueule comme à peu près n'importe qui qui n'était pas prévenu, rien de tellement choquant à vrai dire et au contraire , très très cohérent d'un point de vue thématique. Saluons alors d'emblée la maîtrise du réal car rien n'est laissé au hasard, le personnage principal systématiquement en retrait, sa relation avec sa petite amie, c'est du très grand art mais c'est aussi très périlleux car la part belle revient encore une fois beaucoup au non-dit, ce qui fait que j'ai pu lire ici ou là sur le Net un tas de conneries assez ahurissant sur le film, celle-ci remportant assez aisément la palme :

http://www.excessif.com/cinema/critique-eleve-libre-4708603-760.html 

car il n'a jamais été question de perversion et de tout le charabia sur la séduction des innocentS, qui est un discours anachronique et c'est également ce que pointe le film. Evidemment du point de la loi, il y a abus, mais là où l'ambiguité du film devient pertinente à travers le décorticage de la passivité extrême du héros et dans ce qu'elle a d'emblématique par rapport aux générations d'aujourd'hui. Tous les personnages s'adressent au héros comme à un adulte, car c'est le but de leur soutien, et on le voit dans la relation de celui-ci avec sa petite amie, il en retient les modalités et la prestance ( pour rester poli; ce qui est bizarre c'est qu'elle est encore plus passive que lui ) en gros les formules qui marchent. La connotation sexuelle appuyée, l'abus, le détournement est employé ici à double-tranchant et avec brio, dans cet episode de sa vie, c'est toute sa vie future qui se joue également, initié par ce premier décalage vis à vis des institutions et des parcours ordinaires habituels, c'est aussi l'apprentissage de la vraie liberté, du droit de pouvoir véritablement se chercher, de la nécessité de remettre les choses en question, autant vis-à-vis de l'adversité que du soutien, le choix de devenir ou non ce que Sartre appellait un 'salaud existentiel', une pute comme on les appelle ici, enfin chez nous en Belgique, enfin comme on les appelle 'maintenant' ainsi que dans les reportages sur TF1. Avec cette illusion que tout est donné, il y a contenue la leçon du bourreau qui sait se laver les mains.

histoires_de_sexe_12

 

Cela faisait à vrai dire un moment que je voulais vous parler du film de Joachim Lafosse car il soulève avec justesse nombre de questions cinématographiques sur la place de la sexualité et j'en profite pour citer dans la foulée une claque, d'un tout autre genre : ' Histoires de sexe(s)' co-réalisé par Ovidie et Jack Tyler, une tentative de sortir le film porno de son ghetto culturel qui s'est hélas soldé par une demi-réussite, étouffée dans l'oeuf, puisque le film est passé en comission de censure plusieurs fois pour obtenir finalement une distribution en salles sous l'apellation X justement, alors qu'un film comme le 'Baise-moi' de Virginie Despentes est passé entre les gouttes. La sexualité y est montrée complètement ancrée à la narration, loin du catalogue de positions habituel, elle-même dans une approche presque documentaire, voire didactique, de la réalité des choses : une approche décomplexée, ni naïve ni complaisante.

Bon j'ajoute que le film est virtuellement impressionnant par la qualité de la mise en scène et du cadre, et mis-à-part quelques instants un peu explicatifs pour certains, on ne peut qu'être impressionné par les performances de jeu de certains comédiens. Le film doit être encore visible à l'adresse indiquée, pour le prix d'une place de cinéma, mais par virement bancaire.

Il semble que l'approche de certains auteurs n'aie finalement pas été vaines, je pense notamment à celle générale de Lars Von Trier, qui dès ' Les idiots' incluait sans prévénir dans sa narration une péné bien frontale, bien visible, performance reproduite (ahaha) il y a peu avec 'Anti- Christ'. Le propos n'étant justement pas de choquer mais bien de remettre les choses à leur place, nous ne sommes plus forcément à une époque où nous avons à nous réfugier derrière un symbolisme horrifique ou merveilleux, non pas que ces deux registres aient fait leur temps, mais ils ne suffisent peut-être plus; la façon de montrer le sexe à l'écran est au contraire un enjeu idéologique de la plus grande importance : au cinéma, aller se faire foutre ça n'existe pas. Ce qui n'est pas tout à fait le cas avec la réalité de tous les jours vous en conviendrez. La démarche de Von Trier, en tout bon amoureux de la vérité qu'il est, n'entend rien d'autre que de redonner du sens par le biais de la pornographie, à la façon d'un Pasolini quand il réalise 'Les 120 jours...' à savoir ré-inscrire la fiction dans le cadre de ses enjeux, ceux du bon vieux ' Voyage au bout de la nuit', ceux de la chair et du sang, seuls terrains de dialogue finalement décents face à certains mensonges de plus en plus insupportables...

Dirty_Diariesbroughttolight

 

 

 

 



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