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Voir en ligne : http://bruxelles.blogs.liberation.f... Qui osera s'opposer à l'élection de l'ancien Premier ministre britannique à la présidence du
Les rares pays européens qui se sont opposés à la guerre en Irak (Allemagne, Belgique et Luxembourg, Paris n'en faisant plus une affaire depuis l'élection de Nicolas Sarkozy) ne lui ont toujours pas pardonné son alignement inconditionnel sur l'administration Bush. En outre, les plus fédéralistes, notamment le Benelux, ne veulent pas nommer le ressortissant d'un pays qui n'appartient ni à la zone euro, ni à l'espace Schengen. D'autant que, non seulement Blair, contrairement à sa promesse, n'a pas cherché à faire adopter la monnaie unique par son pays, mais a négocié très durement le traité constitutionnel européen et le traité de Lisbonne pour empêcher tout progrès significatif en matière d'harmonisation fiscale et sociale, pour limiter le développement de la politique étrangère et de sécurité commune et a obtenu de ne pas participer à certaines parties de la coopération judiciaire et policière.
Pour bien signifier leurs réticences, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg ont présenté lundi une note conjointe précisent que le futur président devra avoir "démontré son engagement européen et (avoir) développé une vision sur l'ensemble des politiques de l'Union". Jean-Claude Juncker, le premier ministre luxembourgeois qui fut pendant plusieurs années le favori pour ce poste, a précisé un peu plus le portrait du candidat idéal dans un entretien au quotidien allemand, Financial Times Deutschland: le futur président du Conseil devra «avoir de grandes oreilles pour entendre tous les signaux des capitales et les rassembler dans des solutions de compromis» et aligner des antécédents européens «tels qu'il ne soit pas surprenant qu'il devienne la première voix de l'Europe».Ce n'est pas une fin de non-recevoir à Blair, mais cela y ressemble. Le fait que Blair soit originaire d'un grand pays et qu'il bénéficie, quoiqu'en disent ses adversaires, d'une réelle aura internationale qui lui permettra de parler d'égal à égal avec les dirigeants de la planète joue aussi contre lui: car les petits pays, très majoritaires dans l'Union, ne sont pas favorables à ce que le Conseil européen, enceinte intergouvernementale par excellente, où la quasi totalité des décisions se prend à l'unanimité, prenne trop d'ascendant sur la Commission européenne, gardien de la méthode communautaire. Ils craignent que ne se créé un véritable directoire des grands: face au pâlichon Barroso qui a déjà montré son peu d'indépendance face aux Etats, il est clair qu'une personnalité de la surface de Blair l'emportera sans problème, transformant définitivement la Commission en un secrétariat des Etats membres. Une architecture qui ne déplairait nullement à la France, c'est un euphémisme, celle-ci n'ayant jamais compris que la Commission était faite à son image..
Donc, derrière la bataille des personnalités, c'est la guerre de l'équilibre institutionnel qui se joue: une Europe définitivement soumise au Conseil européen ou le maintien de l'équilibre actuel, au moins pour quelques temps. Cet affrontement feutré pourrait au final faire le jeu de Jean-Claude Juncker: premier ministre de l'un des plus petits pays de l'Union, il est aussi une forte personnalité dont l'engagement communautaire est sans tâche. Donc, il donnera une aura certaine au Conseil européen, sans pour autant effaroucher les petits pays et les fédéralistes. Son principal handicap reste l'hostilité de Nicolas Sarkozy qui ne lui a pas pardonné son absence de réaction lorsque la crise financière a éclaté. « Je l'ai immédiatement appelé et je lui ai dit: Jean-Claude, qu'est-ce qu'on fait. Il m'a répondu: rien », raconte le chef de l'Etat en privé. La tâche de Blair s'annonce d'autant plus difficile que les conservateurs britanniques, qui devraient gagner les élections législatives du printemps prochains, sont vent debout contre son élection: la nomination de l'ancien premier ministre travailliste "serait le meilleur moyen de braquer les Britanniques contre l'Union européenne", a mis en garde l'un des responsables des Tories, William Hague. On est loin de l'attitude ses socialistes espagnols qui ont soutenu la réélection du conservateur José Manuel Durao Barroso au nom de la « solidarité ibérique »... Enfin, last but not least, côté belge, on se souvient que c'est à Blair que l'on doit l'échec de la candidature au poste de président de la Commission de l'ancien premier ministre Guy Verhofstadt, en juin 2004. A l'époque, Londres, soutenu par la plupart des pays d'Europe de l'est, lui reprochait son trop grand fédéralisme, mais surtout son opposition à la guerre en Irak... L'envie de lui présenter la facture démange donc furieusement plusieurs capitales.
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