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Mon ami Michel de Kemmeter, fondateur de l’UDHR,m’a demandé comme il l’a demandé à d’autres hommes d’affaires et personnalités motivées par les questions humaines et de société, d’écrire une « Lettre à mon petit-fils ».
Comme mes enfants ne m’ont pas encore fait la joie de me faire grand-père (que je sache) j’ai trouvé l’exercice tout à fait passionnant, et voici ce que ça a donné.
Lettre à mon futur petit-fils que j’attends avec de plus en plus d’impatience.
Mon garçon, Souvent, pour s’amuser, un camarade d’école attrapait au vol la casquette grise de collégien anglais qu’à ton âge je portais chaque jour. Elle servait alors de ballon à quelques condisciples plus taquins que méchants, jusqu’à ce que je parvienne à la sauver dans la bousculade sans pitié que ce jeu peu amical provoquait invariablement. Il faut dire que mon père (ton arrière-grand-père, donc, qui est au ciel depuis bien longtemps) était né juste avant la première grande guerre mondiale et que son papa, officier de réserve, avait envoyé femme et enfant se réfugier en Angleterre pendant qu’il faisait la guerre. Cette guerre a duré beaucoup plus que tout le monde pensait, et donc, ton arrière-grand-père a été élevé comme un petit Anglais de l’époque. Il ne rentra en Belgique qu’à 7 ans en parlant français avec un redoutable accent anglais. Il en a gardé toute sa vie une véritable vénération pour tout ce qui était « british », ce qui explique, pour mes frères et moi, nos tenues et …nos casquettes. Le ciel m’ayant placé quatrième de cinq enfants et généreusement servi au niveau des épaules, j’avais assez tôt réussi à me faire respecter des petits de mon âge. Mais les « grands » ont continué longtemps à me poser problème malgré mes frères qui n’étaient pas les moindres des alliés. Or, nos échauffourées avaient plusieurs fois perturbé la cour de récréation et la chose avait énervé les surveillants et même alerté le préfet de discipline qui, mi-attendri, mi-sévère, s’en était ouvert à nos parents. Quelle allait être leur réaction ? Nous n’étions pas tranquilles car toujours, à leurs yeux, les professeurs avaient raison. J’ai eu alors le plus beau compliment de ma vie, quand Maman me dit toute sa fierté d’apprendre que sans faiblir, chaque fois que l’on me l’enlevait, je ramassais et je remettais crânement (c’est le cas de le dire) ma casquette sur ma tête. Si je te raconte ceci c’est que plus tard dans ma vie, à chaque obstacle qui me désarçonnait, à chaque coup qui me blessait, à chaque échec, Maman était là pour me rappeler ma casquette. « Souviens-toi », me disait-elle, « depuis ton enfance, jamais tu n’abandonnes, tu as toujours remis ta casquette ! ». Ce rappel m’a souvent sauvé et fait franchir les divers obstacles que, comme tout le monde, j’ai rencontrés. Mais c’est l’attitude de Maman, dans les moments où j’étais perdu, qui m’a le plus marqué. Elle ne me plaignait pas, ne me chouchoutait pas, ni n’essayait de me consoler de mes terribles bobos, non, en quelques mots elle me confirmait qu’elle était avec moi ; avec moi, c’est-à-dire avec celui qui toujours avait su remettre sa casquette. Tu ne le sais peut-être pas, mon garçon, mais j’ai fait plusieurs métiers dans ma vie et, après d’autres expériences passionnantes, j’ai commencé à m’occuper d’aider les autres à trouver ou retrouver leur métier. C’est ainsi que j’ai inventé un métier en le basant sur l’attitude de ma mère quand elle me voyait déboussolé. En d’autres mots j’ai repris à mon compte le coup de la casquette. Les messieurs et les dames qui viennent me voir savent que je n’ai pas de travail tout prêt pour eux. Ils viennent parce qu’ils ne savent plus très bien où ils en sont, parce que leur métier les ennuie, qu’ils ne le supportent plus ou doivent en changer. Ils viennent me voir parce qu’ils ont perdu leur casquette. Alors je les écoute et je n’essaye évidemment pas de les consoler ni même de les plaindre. Je ne fais pas semblant non plus de leur offrir un autre travail, non, ce serait beaucoup trop tôt. Pourquoi ? Parce qu’ils doivent d’abord retrouver leur casquette à eux, l’épousseter et la remettre crânement sur leur tête. Leur casquette à eux c’est ce qu’ils savent faire, ce qu’ils aiment faire, ce qu’ils veulent faire : ce en quoi ils sont les meilleurs. Bref ce en quoi la Société a besoin d’eux. Moi, la seule chose que je puis faire, c’est les aider à voir où elle se trouve, et, peut-être, à la remettre. Je t’écris ceci, parce que tu n’es pas encore là et que je ne sais donc si je pourrai te le dire un jour, mais mon vœu le plus cher est que le Saint Esprit, par l’intercession de tes aïeux, te rappelle toujours dans les moments difficiles : « Bon sang ne peut mentir, et tu es de celui qui toujours remet sa casquette. Ne l’oublie jamais ! » Ainsi, Dieu te bénisse. Bon Papa. Les derniers commentairesLaisser un commentaire |
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