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Quand j’arrive, elle est en train d’admirer le calendrier 2008 des rugbymen. Photographiés nus en noir et blanc. Elle les trouve très beaux. Vous, me dit-elle, vous regardez toujours nos seins. Nous, on regarde vos fesses. Ceux-ci ont des fesses superbes. Elle rit : ça fait un peu pédé quand même ce calendrier !
Christiane Collange. Née Servan-Schreiber. Fille d’Emile, le fondateur des Echos. Sœur de JJSS, celui de l’Express et du Défi Américain. Pour qui, quand il est mort en 2006, elle a prononcé un hommage magnifique, digne de cette grande lignée de journalistes. Elle-même, rédac chef de l’Express, de Madame Express, du Jardin des modes. Inépuisable chroniqueuse à Elle, à Europe 1, à TéléMatin, à LCI. Auteur de 17 livres sur les femmes, leur vie, leur famille, leur libération. Et grand-mère de 16 petits enfants. Car c’est de grand-mères qu’elle vient nous parler. Des nouvelles grand-mères qu’elle décrit dans ce livre qu’elle vient de publier : Sacrées grands-mères ! Michel Gheude : Vous insistez sur le fait que les grands-mères paternelles et les grand-mères maternelles, ce n’est pas du tout la même histoire. Christiane Collange : La différence est incontestable et les femmes et qui sont à la fois maternelles et paternelles le reconnaissent : elles se sont plus occupées des enfants de leurs filles que des enfants de leurs fils. Du point de vue de la grand-mère, il y a cette lignée maternelle et c’est visible dès que la femme est enceinte. Quand vous avez une mère dont la fille est enceinte, il y a échange d’impressions féminines, de souvenirs personnels. Il y a quelque chose d’elle qui est enceinte en même temps. C’est quelque chose de très fort, qui relève de la transmission de la vie. C’est très différent quand la belle fille est enceinte. J’étais très heureuse que mes fils aient des enfants mais je n’ai pas eu cette même relation, cette même complicité. La belle fille va demander des choses à sa mère dont elle ne parlera pas avec sa belle-mère. Elle n’en a pas envie. Le nom de qui ? C.C. : Oui, ils emmènent leur fils au rugby. Vous savez les hommes disent qu’ils attendent avec impatience que leur fille ait un enfant. Les grands pères paternels n’ont pas la même relation parce que ça passe à travers les femmes. M.G. : Mais nous on veut une descendance, donc que nos fils aient des enfants. On pourrait dire que les hommes veulent une descendance tandis que les femmes veulent des enfants. C.C. : Ce qui n’est pas du tout la même chose ! C’est la question de la transmission du nom. Ce qui compte aux yeux des grands-mères maternelles c’est leur fille adorée, pas la question du nom. Mais ce qui se passe à présent, c’est que certains enfants portent le nom de la mère. Ce qui est assez saisissant pour le grand père paternel qui n’est pas sûr que sa descendance sera respectée dans une ou deux générations. J’ai connu l’histoire suivante. Un ami devient grand-père. Il envoie un mail à toute la famille pour annoncer qu’il organise une fête pour accueillir son petit fils, dont il donne le prénom et le nom. Le lendemain, mail des jeunes parents qui écrivent : suite au mail du grand père, on tient à vous préciser que l’enfant porte le nom de la mère et le nom du père. Et bien, le grand-père en a pris plein la gueule parce que le nom de la mère venait en premier. M.G. : Je n’aimerais pas ça non plus. C.C. : Et l’arrière grand-mère paternelle s’est écriée : mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ! En fait comme du côté de la jeune mère, il n’y avait pas de fils, le grand père maternel a voulu que l’enfant porte son nom. M.G. : Et le jeune père s’est laissé faire ! C.C. : Et le jeune père, bien entendu. Il n’en a même pas parlé à son père ! Le fait qu’il ne soit pas allé voir son père pour lui dire que l’enfant porterait les deux noms, c’est incroyable ! Le grand père n’aurait rien pu dire mais au moins il ne l’aurait pas appris par mail. Un vrai camouflet. M.G. : Les défenseurs de ces nouvelles lois présentent le nom du père comme une discrimination. Les hommes auraient un droit dont les femmes seraient privées. Alors qu’en fait, pour un homme donner son nom à ses enfants, n’est pas un droit, c’est un devoir. Celui qui ne le fait pas est considéré comme un homme indigne. C.C. : Oui, on a même fait une loi qui permet aux hommes mariés de donner leur nom à des enfants nés hors mariage. Et là, à l’inverse, on fait l’enfant et on veut pas du nom. Le mamy boom C.C. : Ça va se jouer sur vingt, vingt cinq ans. Ensuite comme on fait des enfants de plus en plus tard, les grands-mères seront beaucoup plus âgées et donc moins dynamiques qu’aujourd’hui. Actuellement, on a un cru de grands-mères tout à fait exceptionnel. Elles ont eu des enfants jeunes. Elles sont dans une forme physique meilleure que jamais au cours des siècles. Elles ont été actives ou le sont encore. Ce sont des personnages très originaux. Elles ne correspondent plus au modèle de la mamie confiture. M.G. : Vous leur dites, ne vous cassez pas la tête, achetez du Nutella, comme tout le monde. C.C. : Elles ont un peu mauvaise conscience. Elles se disent, je ne suis peut-être pas une vraie grand-mère si je ne fais pas des confitures. Mais être grand-mère, ce n’est pas faire des confitures, c’est assurer la transmission des générations. M.G. : La génération des grands parents qui étaient jeunes pendant la guerre, a peu transmis. C.C. : Beaucoup n’ont pas raconté la guerre de manière tout à fait délibérée. C’était un peu honteux pour beaucoup. Ils n’ont pas tous été formidables. Ce n’était pas valorisant de dire on a eu faim. D’avoir été battus. Cette génération n’était pas fière de son passé. Et dans les familles juives, c’était tellement horrible que c’était pas racontable. C’est aussi une génération qui est morte assez jeune, elle n’était pas dans une forme physique formidable. Ensuite vous avez ceux des trente glorieuses qui ont été somptueusement égoïstes. À qui on a dit profitez de la société de consommation, profitez de votre liberté. Et qui ont été des seniors assez catastrophiques. Ce sont ceux-là qui se sont acheté des maisons en Provence pour ne pas devoir s’occuper de leurs devoirs de famille. Mais il y a un changement. Dans les années 68, on a pu dire : c’est la fin de la famille. On n’est plus dans cette hypothèse. On n’est pas revenu à la famille traditionnelle, au « travail famille patrie » de Pétain. Mais on s’est rendu compte que dans une société difficile et stressante, où vous avez une instabilité affective très grande dans les couples, avec les divorces, et une instabilité professionnelle très grande elle aussi car les gens ne passent plus quarante ans de leur vie dans la même entreprise, tout est devenu sables mouvants. Et une des rares choses dont on est à peu près sûr, c’est de qui on est les enfants et à qui on donne la vie. C’est une des choses « incontest-stables ». Dans les familles monoparentales, l’importance des grands-parents est considérable. Car sur qui s’appuie la femme seule avec enfants, ou l’homme quand il a ses gosses, c’est sur Allo Maman Bobo. Cette famille-là, la famille verticale, elle reste et c’est pourquoi le rôle des grands-parents est si important aujourd’hui. M.G. : Vous parliez de divorce. Beaucoup de nos futurs papys mamys sont passés par là. C.C. : Quand il y a séparation des parents, autant les grands-parents maternels restent proches, autant le grand-père divorcé devient plus le grand-père des petits enfants de sa deuxième femme que le grand père des petits enfants de sa première femme. Et ça c’est pas bien. Les hommes sont accrochés aux gens avec lesquels ils vivent. Ils ont moins que les femmes le côté « c’est MON enfant ». Ils ont moins la possession de l’enfant. Peut-être parce que les femmes ne les leur ont pas assez laissés. M.G. : Les pères sont justement là pour rappeler aux femmes que les enfants ne leur appartiennent pas. C.C. : Oui mais ils ne le font pas tellement. J’ai vu beaucoup de familles où les grands pères ne voient que les petits enfants de leur femme et quasi pas leurs petits enfants à eux qui sont du même sang et portent leur nom. Parce que l’amour entre les enfants et les hommes passe souvent par les femmes. C’est les femmes qui disent aux hommes, ce sont nos petits enfants, on les amène à la maison, on va sortir avec eux, on va faire ci, on va faire ça. M.G. : Elles prennent les initiatives. C.C. : C’est elles qui dirigent. Imaginez un coup de téléphone entre un beau père et son gendre. Le gendre appelle. Il dit à son beau-père : alors voilà, il va y avoir les vacances de la Toussaint. Tu sais que nous travaillons, on ne sait pas quoi faire avec les petits. Est-ce que tu pourrais les prendre ? Et le beau-père, qu’est-ce qu’il va répondre ? Jamais, il ne répondra oui. Il dira... M.G. : ... Il faut que j’en parle à ma femme. C.C. : Ben tiens ! ça ne viendrait à l’idée de personne qu’il réponde autre chose. Par contre, si une fille téléphone à sa mère en lui disant, c’est la Toussaint, je suis bien embêtée, la mère dira oui immédiatement. Et ensuite, elle dira au mari : tu sais, les petits viennent jeudi. Et lui, il dira, ben oui, qu’est-ce que tu veux, chaque fois que ta fille te téléphone, c’est la même chose. Voilà, on est comme ça. Le veau aux carottes C.C. : C’est mon petit fils Julien qui dit ça. J’ai fait des progrès. À l’époque où il l’a dit, je ne crois pas que j’étais exceptionnelle mais il faut dire que sa mère est américaine. M.G. : Ah, ça explique beaucoup de choses... C.C. : Je fais surtout une bouffe que les mères n’ont pas le temps de faire. Et ça c’est mon rôle de grand-mère. Pour faire un veau aux carottes, il faut le préparer la veille au soir et il faut le remettre à cuire le matin avant qu’ils arrivent, toutes choses qu’une jeune femme qui travaille n’a pas le temps de faire. Ça fait un peu rêver les gosses, surtout si on en rajoute un peu en disant tu sais, c’est ma mère qui faisait le veau aux carottes de cette manière. Ça devient extraordinaire. Quand je serai morte, il faudra qu’ils puissent dire ma grand-mère, c’était. C’était des arbres en fleurs au printemps. C’était du veau aux carottes. C’était une certaine façon de les mettre en boîte et de rigoler. J’aimerais qu’ils disent un jour, ma grand-mère, c’est la personne de la famille avec laquelle j’ai le plus rigolé. M.G. : A mon avis, c’est gagné. Si vous riez autant avec eux qu’avec moi, ils ne doivent pas souvent s’ennuyer. Les derniers commentairesLaisser un commentaire |
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