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Oui, vous lisez bien. Enfin. Après près de trois mois de recherches plus ou moins soutenues, certainement infructueuses, nous sommes finalement parvenus à trouver une salle dans laquelle travailler de façon hebdomadaire. Au prix de quelques retards, de quelques souffrances de transport, nous les avons, trois heures chaque semaine dans une salle du 15e arrondissement de Paris, trouvée par Elsa. Nous avons pris beaucoup de retard sur le planning initial - avec un nombre de séances normales, nous serions déjà en train de travailler sur du texte écrit. Au lieu de ça, les personnages ne sont pas encore tous placés, il est hors de question de graver quoi que ce soit dans le marbre. Pour rappel de l’épisode précédent, trois personnages sont encore complètement dans le flou, ceux joués par Karine, Cécile et Diane. Excellente raison pour construire la séance autour d’elles trois. Enfin, nous sommes en train de nous installer dans la régularité, dans le confort, dans l’habitude, en train de quitter l’importance, l’urgence, nous allons prendre notre temps... Tout notre temps... Dans le mille. Deux absences ce soir, non prévues au programme. Cécile et Diane. Évidemment, comme dans un mauvais feuilleton, celles-la même pour lesquelles j’espérais développer quelque chose, et tant qu’à faire, justement avec Karine. Trois coups dans l’eau. Damned. Mais ne ruminons pas trop - chaque changement de rythme requièrt des ajustements et il est normal de supporter quelques râtés dans la mesure où ils sont identifiés et traités. Revenons à notre séance. C’est à Elsa que revient la responsabilité de l’échauffement, suite à une remarque malheureuse ("Oh, des cerceaux ! On peut faire l’échauffement avec ?"). Pour information, l’animateur de théâtre est toujours à l’affût de quelques remarques perdues à exploiter dans la construction de sa séances. Jeunes acteurs amateurs, faites attention à ce que vous dites, tout sera retenu contre vous ! Au passage, vous remarquerez peut-être le changement de lecteur vidéo - celui de Dailymotion présentant une ergonomie nettement moins intrusive que celle proposée par YouTube. Passé l’échauffement, je tiens quand même à essayer une scène avec Karine. J’aimerais étudier la possibilité de lui changer son pouvoir, elle serait la soeur de Diane, qui sera jouée par Béryl pour l’occasion. C’est elle qui arriverait lors de la découverte du cadavre de Jérémie, et qui chercherait à arranger les choses. Contrainte : lorsqu’elles sont proches l’une de l’autre, les deux soeurs ne peuvent agir sans être en accord. L’une est fascinée par la mort, l’autre ne veut que dissimuler le cadavre... Que faire ? Malgré la pertinence (à mon sens) de ce choix, Karine est toujours aussi perdue dans son personnage à la sortie de cette proposition. Trop compliqué peut être. Difficile sans Diane. Trop loin de sa personnalité... Peut-être aussi des attentes mal comprises, ou tout simplement que fondamentalement je ne veux pas combler. Je ne veux pas donner toutes les clefs, je ne les ai pas et je ne veux pas les avoir. Oui mais alors, c’est qui mon personnage ? Est-ce qu’il est... Là n’est pas la question, mais c’est bien le problème. Le personnage n’"est" pas. Est-ce qu’il est triste, gai, rongé par les remords, assoiffé de pouvoir, envieux, peureux ? Autant de questions (et j’en passe) conditionnées par de désastreuses années de cours de français scolaire, et ce n’est pas pour me venger de mon orthographe que je le dis. Le texte, la dramaturgie, le personnage ne s’analysent pas au crible d’une liste de caractères formalisables. Oui, c’est plus simple à expliquer à un gamin de quinze ans, mais c’est faux, complètement faux - ou alors chez les pires écrivains. On ne va quand même pas raconter que la terre est plate sous prétexte que c’est plus facile de calculer les distances ? Un personnage ne peut se comprendre que dans les entrailles, et je parle là du théâtre comme du reste. Il ne se décrit que dans et par l’action. Il sera courageux un jour, lâche le lendemain, savant et complètement abruti à la fois, amoureux transi et cœur d’artichaut. Le personnage a le droit de surprendre, de se dédire, d’être en contradiction avec lui même. C’est ce qui fera de lui un être vivant. Si vous me le demandez, je défendrait que la seule vraie façon pertinente et juste de décrire un personnage, c’est de le mettre en situation et d’en observer les réactions. Oui, de les observer, quand bien même l’auteur n’en serait qu’une tête blonde, il le décrira alors plus juste que n’importe quelle analyse psychologique sortie du bouquin. Et si de trente têtes blondes sortent trente personnages tous un peu différents les un des autres, c’est peut-être aussi parce que le personnage de fiction est par essence incomplet, et que c’est au lecteur, interprétè ou spectateur, de lui donner la complétude de son existence. Sur ces bons mots polémiques, mes cours de français étant déjà vieux de plusieurs réformes de l’enseignement supérieur, passons à la suite de ce qui nous intéresse. Mon second objectif était de confronter les relations de Serge avec sa fille, Elsa, et l’amante de sa fille, Sarah. Quelques tentatives, et une scène ou Serge se retrouve entre les deux amantes qui s’ignorent. Une belle scène de dialogue de sourd et de second sens possible... Éventuellement vers la fin... Éventuellement juste avant la réconciliation finale, et donc la mort de Serge (le personnage, hein, Diane ?) ? À voir. La scène peut fonctionner, mais le challenge maintenant est de lier les différentes idées au sein d’une dramaturgie globale. C’en est maintenant fini de mes propositions, et il nous reste un peu plus d’une heure. Le bon moment pour laisser les gens partir en recherche, en improvisation. Et là, enfin, contre toute attente, les choses se débloquent pour Karine. Le trio gagnant, c’est Serge + Sarah + Karine. Comme quoi, tout vient à point. Deux propositions exceptionnellement pertinentes et intéressantes : premièrement, Serge et Karine auraient travaillés ensemble sur la pilule de jouvence, ils auraient à peu près le même âge. D’où l’inquiétude, l’incompréhension, ou le ressentiment de Karine vis à vis de cette lubie. Craint-elle elle aussi d’être touchée par la même sorte de dépression ? Nous n’aurons pas le temps de l’étudier ce soir, mais c’est définitivement un élément clef de son personnage. Autre élément clef, elle serait en quelque sorte l’entité dans l’ombre qui permettrait à Sarah de prétendre à la présidentielle, et aurait une sorte de pouvoir sur elle. Difficile à priori à intégrer au reste de la dramaturgie (qu’est ce que cela implique dans la suite des événements ?) mais la proposition densifie terriblement les deux personnages. Élément prioritaire à intégrer. Karine affirme son emprise sur Sarah. Fin de cette répétition finalement extrêmement profitable, puisqu’elle aura permis de placer un personnage de plus. Il nous reste donc clairement Diane et Cécile, ainsi que Béryl dans une moindre mesure. Trois sur huit. Rendez-vous la semaine prochaine... Laisser un commentaire |
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