Deux mois sans pouvoir rien ajouter ! Et pourtant le moins qu’on puisse dire de ces deux derniers mois c’est qu’ils ne nous ont pas privés d’occasions de réagir. Bien au contraire, dès le réveil-radio du petit matin, chaque jour, chaque article, chaque journal, chaque interview, chaque débat, chaque JT, nous ont renvoyés à notre clavier pour vous y composer un billet au vitriol.
Et puis, rien !
Pas parce qu’il n’y a plus rien à dire, non, il y a trop, beaucoup trop.
Mais à chaque sujet, à chaque envie de réagir, nous ne pouvons plus éviter le sentiment très désagréable de commencer à rabâcher. C’est que depuis les pamphlets, les communiqués et les journaux de l’UDRT dans les années 80, puis durant 1.196 (!) semaines de « Courrier de la Bourse », puis 5 ans de « Courrier de Pascal », et maintenant deux ans de « Courrier du Beffroi », excusez-nous, mais nous avons tout dit, tout écrit, tout critiqué, tout proposé…cent fois.
A quoi bon, aujourd’hui, taquiner une fois de plus l’oligarque, dénoncer ses exactions ou proposer l’une de nos solutions ? (Si juste soit-elle J )
Cependant, il nous semble soudain qu’une lueur pourrait indiquer le bout du tunnel. Nous croyons observer une évolution, « certaines lignes ont bougé » (comme il faut dire aujourd’hui) et les temps ont mûri. En cette époque d’indifférence voulue, où la perte de nos repères a été sciemment organisée afin que s’éteigne toute conscience, nous croyons qu’il est temps et possible de commencer à reconstruire. Nous voyons, à travers toute l’Europe qui souffre des mêmes maux, sourdre de nouveaux mouvements et fleurir de nouvelles formes de contestations des systèmes en place. Pour que ces énergies qu’on désespérait de retrouver ne soient pas perdues ou lamentablement récupérées, il faut, nous semble-t-il, avoir la sagesse et le courage d’en revenir aux fondements de notre vie en société, en retrouver les bases, en reprendre l’essentiel.
L’essentiel, le fondement des rapports humains qui doivent organiser et gérer la société, c’est l’esprit de vérité. Si, comme c’est hélas le cas chez nous, les rapports sociaux et politiques sont basés sur des mensonges, la démocratie désinformée devient pernicieuse, et le peuple se remet à rêver à on ne sait quel pouvoir fort. La démocratie ne peut vivre sans vérité.
Ayant dit ceci qui est un beau et grand principe, nous n’avons pas encore dit grand chose. La difficulté vient maintenant : quelle est la vérité ?
Le mensonge premier est sans doute celui qui, aujourd’hui, nie purement et simplement la vérité, celui qui relativise le bien et le mal, le vrai et le faux, le bon et le mauvais. Face à ce mensonge, la vérité du destin de l’homme est, au péril de lui-même, de dépasser ses limites, de vaincre ses imperfections et de tendre toujours vers un mieux. Ce mieux, ce bon, ce bien, ce vrai, non seulement existent, mais donnent sens à toutes nos énergies.
Le mensonge c’est aussi : « fait comme tu le sens » alors que la vérité est « fait ce que dois ».
Le mensonge c’est encore : « libérez vous, prenez le plaisir de l’instant sans contrainte, refusez les tabous, les principes et les dogmes » alors que la vérité sait qu’il n’y a pas d’épanouissement sans sacrifice, pas de liberté sans don de soi aux autres, sans oubli de soi.
Plus politique, le mensonge est aussi institutionnel : La Belgique serait un état artificiel formé de deux peuples et de deux cultures, alors que la vérité est un « état-carrefour-de-l’Europe, historique, économique et culturel» où un certain opportunisme politique, au service d’un mouvement social parfaitement compréhensible, a inventé au siècle dernier un sous-nationalisme de pacotille qui vit d’égoïsme social et de contre-vérités historiques. Leur mensonge est fait de revendications autonomistes si pas d’un séparatisme invivable. La vérité institutionnelle se trouve par contre dans le principe de subsidiarité qui, sans ostracisme linguistique, du local au mondial, ne cède à l’échelon supérieur que ce que le plus local ne peut résoudre par lui-même. La Belgique est terre de beffrois, ne l’oublions pas.
Politique aussi est le mensonge des partis auto-proclamés « démocratiques » ;
mensonge de se dire respectueux de la démocratie et, en son nom, de s’assurer le monopole du pouvoir politique. La vérité est que notre régime parlementaire a glissé progressivement dans l’ornière d’une oligarchie aujourd’hui héréditaire qui n’accepte plus de concurrence et ose même s’attaquer de front aux pouvoirs du Roi. La vérité est dans la séparation des pouvoirs, dans les contre-pouvoir organisés et aussi, bien entendu, dans la voix des citoyens consultés par referendum.
Plus économique : le mensonge c’est prétendre créer et distribuer des « emplois » comme s’il s’agissait d’un gâteau à partager, alors que la vérité consiste à cultiver le travail productif qui seul engendrera un travail de plus, qui à son tour en appellera d’autres, …etc. La vérité est que le travail ne se décrète pas , il se cultive.
Le mensonge consiste aussi, face à la moindre difficulté et au premier prétexte, à prétendre trouver des solutions dans une nouvelle réglementation, dans de nouvelles interventions et les charges qui s’en suivent, alors que la vérité est dans l’éducation, le respect de l’autre et la responsabilité de chacun.
Le mensonge est sociologique quand il veut imposer un multiculturalisme qui oublie nos racines, nie notre culture et que refuse la majorité. De même quand il veut croire à la cohabitation sans heurt d’un islamisme ultra, certes minoritaire mais riche et organisé, avec les principes de liberté et de dignité de la personne qui ont fait notre civilisation occidentale. La vérité ici est d’exiger comme clé de nos pays, l’acceptation de notre culture , de notre manière de vivre et la mise en pratique sans réticence de nos valeurs et libertés démocratiques.
Le mensonge est moralement plus lourd quand il touche aux questions éthiques.
Le « droit à l’avortement » en est un des pires, alors que la vérité consiste évidemment à aider la vie, son développement harmonieux et la mère qui la donne. La « mort dans la dignité » en est un autre qui oublie que c’est de sa faiblesse que l’homme tire sa dignité et que la vérité ici est dans l’accompagnement attentif, généreux et respectueux de cette faiblesse, jusqu’à la fin naturelle de la vie.
Le mensonge commence déjà à l’école qu’on dit exsangue et aux enseignants déprimés. Ici la vérité fondamentale est dans l’indispensable liberté du pédagogue et dans l’autonomie de gestion de l’école qu’il faut débarrasser du politique.
Mais pour que fonctionne l’école, il faut que les familles à leur tour retrouvent le sens de l’éducation, et les parents, celui de l’autorité responsable. La vérité, ici, exige une révolution totale de la politique qui doit impérativement retrouver le respect de la famille comme irremplaçable cellule première de nos sociétés dont le fondement n’est autre que l’amour humain. Tout mettre en œuvre pour favoriser la solidité du mariage et des liens familiaux est bien l’exact contraire des politiques actuelles.
Le matérialisme social et hédoniste qui ne cache plus ses tendances totalitaires (voyez les tollés organisés contre toute tentative de retour à un minimum de moralité) n’est ni libéral ni social, il est intrinsèquement liberticide et ne peut conduire nos pays qu’à leur déchéance progressive.
Face à lui, il est urgent de retrouver l’irremplaçable esprit de vérité dans les valeurs universelles qui ont fait notre civilisation judéo-chrétienne.