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Sade, es-tu diabolique ou divin ? (*)

mardi 20 octobre 2009, par Jérôme Delvaux


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Après la passionnante auto-biographie d’Andy Taylor (dont je vous livrerai sous peu encore quelques extraits), je reviens à un grand classique de la littérature française. Je relis en effet La philosophie dans le boudoir, élégamment sous-titré Les instituteurs immoraux. Dialogues destinés à l’éducation des jeunes demoiselles, soit l’ouvrage scandaleux publié par le Marquis Donatien de Sade en 1795. Censurée, interdite, bannie et vouée aux gémonies à sa sortie, cette histoire est celle de Madame de Saint-Ange, une aristocrate libertine particulièrement perverse qui entreprend de réaliser l’éducation sexuelle d’Eugénie, une adolescente de 15 ans, aidée en cela par son frère et deux de ses dévoués domestiques.

Pornographique, ce livre l’est assurément. Il détaille des scènes de sexe lubrique de façon très détaillée et en des termes plutôt crus. Partouzes bisexuelles, sadomasochisme (faut-il rappeler que le néologisme « sadisme » fut formé selon le nom du Marquis ?), cruauté, récits de sodomies, rien ne nous est épargné. Mais contrairement à la plupart des ouvrages classés X, l’œuvre de Sade est remarquablement bien écrite, avec ce langage pincé et ce vocabulaire typiques de la noblesse française du dix-huitième siècle. Cette philosophie inclut en outre une série de réflexions sur la liberté que devraient, selon Sade, revendiquer ses contemporains, ainsi que sur l’ingérence inacceptable du clergé dans la vie privée (et sexuelle) des individus.

Je vous en présente ci-après l’introduction.

Voluptueux de tous les âges et de tous les sexes, c’est à vous seuls que j’offre cet ouvrage : nourrissez-vous de ses principes, ils favorisent vos passions, et ces passions, dont de froids moralistes vous effraient, ne sont que les moyens que la nature emploie pour faire parvenir l’homme aux vues qu’elle a sur lui, n’écoutez que ces passions délicieuses ; leur organe est le seul qui doive vous conduire au bonheur.
Femmes lubriques, que la délicieuse Saint-Ange soit votre modèle; méprisez, à son exemple, tout ce qui contrarie les lois divines du plaisir qui l’enchaînèrent toute sa vie.
Jeunes filles trop longtemps contenues dans les liens absurdes et dangereux d’une vertu fantastique et d’une religion dégoûtante, imitez l’ardente Eugénie ; détruisez, foulez aux pieds, avec autant de rapidité qu’elle, tous les préceptes ridicules inculqués par d’imbéciles parents.
Et vous, aimables débauchés, vous qui, depuis votre jeunesse, n’avez plus d’autres freins que vos désirs et d’autres lois que vos caprices, que le cynique Dolmancé vous serve d’exemple ; allez aussi loin que lui, si, comme lui, vous voulez parcourir toutes les routes de fleurs que la lubricité vous prépare ; convainquez-vous à son école que ce n’est qu’en étendant la sphère de ses goûts et de ses fantaisies, que ce n’est qu’en sacrifiant tout à la volupté, que le malheureux individu connu sous le nom d’homme, et jeté malgré lui à ce triste univers, peut réussir à semer quelques roses sur les épines de la vie.

(*) Le titre est tiré de la chanson Sadeness, par Enigma, 1990.



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