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Safia, victime de sa beauté

mardi 8 juin 2010, par LECOMTE


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           Depuis quelques mois Safia sert comme aide cuisinière à la villa de Hadj Thami directeur général de la société de textiles Thamtex de Casablanca. Industriel très influent dans les milieux économiques de la ville, il est également membre de la chambre de commerce et du conseil préfectoral. La gestion de son entreprise est confiée à son fils Kader, un jeune homme de vingt cinq ans, secondé par son épouse Maria une diplômée de  l’ESCAE.  

           Safia une blondinette de dix sept ans est originaire des provinces du Nord du Maroc. Comme un certain nombre d’habitants de ces contrées situées sur l’axe Tanger –Volubilis, il est très probable que ses ancêtres aient été issus de croisements entre Romains et berbères dans les premières années de notre ère. Sa peau claire et veloutée, ses yeux bleus et  ses cheveux blonds miel la distinguent en effet nettement de la majorité des autres filles de la région au teint basané et les yeux noirs.

           Née dans la banlieue de Chefchaouen, elle a toujours vécu dans le giron maternel. Son oncle un ouvrier de la société Thamtex  l’avait fait venir à Casablanca à la demande de son patron pour faire le ménage et apprendre à cuisiner. Bien que petite de taille elle est très mignonne et ne passe pas  près de vous sans attirer votre attention par la douceur de ses traits, sa grâce  et un sourire qui ne la quitte presque  jamais.

         Kader est le premier à être attiré par cette beauté naturelle. Il la prend en sympathie et arrive à convaincre son épouse pour la charger de la bonne tenue de leur appartement particulier, une façon de la voir plus souvent et de s’en approcher. Il explique à sa femme que cette fille est sérieuse dans son travail et surtout la plus propre parmi toutes les employées de la maison. Avec les jours qui passent le jeune homme est de plus en plus affable et généreux à l’égard de sa protégée au grand plaisir de la petite qui redouble d’effort et d’endurance pour plaire à ses employeurs.

        Mais Kader ne s’arrête pas à ce stade et devient avec le temps plus attentionné, se permettant même avec la demoiselle un certain nombre de libertés et des gestes de plus en plus osés. Revenant plus souvent à la maison en l’absence de son épouse, il aborde Safia avec des attitudes inhabituelles et des expressions intimes révélatrices d’une affection amoureuse déclarée. Un après midi, se trouvant encore seul avec elle, il commence comme d’habitude à lui parler de n’importe quoi, à lui adresser des compliments sur sa façon de travailler et à lui répéter sans cesse qu’elle est belle et gentille. Puis emporté par une passion et un désir irrésistibles,  il la saisit d’une main et de l’autre il fait le contour de son visage, lui caresse la joue, le cou, les cheveux, lui compresse les seins et descend plus bas encore pour  palper de ses doigts les hanches et les fesses de la jeune fille.

- Monsieur, monsieur, lâchez-moi s’il vous plaît s’écrie Safia, tremblante et rougie jusqu’aux oreilles. Ce que vous faites monsieur est mal. Laissez-moi partir.

- Ecoute-moi bien ma jolie, lui dit-il en l’attirant encore plus vers lui, tu me plais énormément et je ne peux plus me passer de toi.

- Monsieur reprend la jeune fille de plus en plus  bouleversée et tout en cherchant à se dégager  de son emprise, je ne suis qu’une petite bonne issue d’une famille très pauvre et vous êtes un homme riche et distingué. De plus vous êtes marié. Madame Maria, est très gentille avec moi. Vous n’avez pas le droit de vous comporter ainsi. Je vous en prie lâchez-moi.

- Cesse de pleurer et de gesticuler. Je te dis que je t’aime, il faut que tu me croies. 

- Si réellement vous m’aimez monsieur, laissez-moi partir. Je suis encore vierge. Ne gâchez pas mon avenir. Soyez gentil… par pitié…

      Complètement survolté Kader ne peut plus se contrôler ni faire marche arrière. Ne prêtant plus aucune attention à ce que dit Safia, il la serre très fort contre sa poitrine et la couvre de baisers. Elle essaie de se détacher et de s’en fuir, il la retient de force et commence à la déshabiller.

- Si tu cries je te mettrai du sparadrap sur la bouche, l’avertit-il tout en continuant à lui ôter ses habits. N’essaies pas non plus de résister sans quoi je t’attacherai les pieds et les mains et je serai brutal avec toi. Compris ?

      Joignant l’acte à la parole, il la pousse sur le lit, se jette sur elle comme un vautour et continue de l’embrasser avant d’abuser d’elle de la manière la plus animale La pauvre fille qui tremble comme une feuille est  dans l’impossibilité d’opposer une  résistance quelconque à son violeur. Une fois son acte horrible terminé et sa rage assouvie, il s’en va après lui avoir recommandé de prendre une douche et de garder le silence sur ce qui vient de se passer.

     Depuis ce jour Kader prend l’habitude de s’échapper de temps en temps de son travail pour venir retrouver Safia. Le moment d’embarras et de peur passé, la jeune fille commence à prendre goût au plaisir de l’amour d’autant plus que son amant ne cesse de lui donner toutes les assurances quant à son avenir au sein de la famille. Il faut aussi dire que Kader est réellement épris de cette belle créature qui incarne toute  la splendeur et la suavité de la campagne au printemps.

    Mais dans la vie les événements ne se déroulent pas toujours comme on le désire. Leur relation n’avait pas encore deux mois que Safia tombe enceinte. Au début elle n’a rien compris à ces premières manifestations de la grossesse qu’elle prenait pour de simples signes de fatigue. Mais à la suite d’une visite médicale il s’est avéré qu’elle attend un enfant. A partir de ce moment les choses vont changer et sa vie va être désormais entièrement bousculée.   

   Kader visiblement préoccupé par la question ne sait plus quoi faire. Doit-il en parler à son épouse ? Non, ce n’est pas possible. Ce sera tout simplement la ruine de leur mariage. Et son père ? Quelle attitude adoptera-t-il envers  lui au cas où il apprendrait la nouvelle ? Ce sont là autant de choses qui tracassent le jeune  homme et le tourmentent toute la journée. La seule personne qui peut le comprendre et l’écouter sans trop lui en vouloir c’est peut être sa mère. Dès le soir venu il court vers El hadja Mhani et lui fait part de son aventure.

- Je ne sais pas maman quelle solution envisager pour résoudre ce problème et c’est pourquoi j’ai recours à toi.

- Bon… je comprends maintenant pourquoi, depuis une semaine, tu me donnes l’impression de n’être plus le même…Tu es trop nerveux et visiblement anxieux. Ta femme a également fait la remarque. Maintenant essayons de réfléchir calmement et de trouver une solution raisonnable qui puisse arranger tout le monde.                                

- Tu as une idée maman ?          

- En vérité c’est une affaire délicate. Il faut d’abord que j’en parle aux parents de cette fille et leur expliquer qu’elle est tombée enceinte avec un jeune homme qui l’a bernée et abusé d’elle

- Cet homme c’est moi maman…

- Non ! surtout pas ça ! Ecoute-moi. Ce sera un individu qui a disparu après son acte de viol. Ensuite je les tranquilliserai en portant à leur connaissance que je vais  prendre personnellement en charge leur fille jusqu’à son accouchement et que notre famille adoptera s’il le faut  le bébé. Tu verras tout se passera bien.

- Adopter le bébé dis-tu, mais comment ça maman ?

- C’est quand même ton enfant ! N’est-ce pas ? Alors tu veux qu’on le jette à la rue ?

- Et à mon père quelle explication lui donner ? 

- C’est mon affaire.

- Une dernière question maman : Quel sera le sort de Safia ?

- C’est une fille qui n’a pas su sauvegarder son honneur. Eh ! Bien qu’elle en assume la responsabilité et qu’elle parte d’ici et disparaisse pour toujours. C’est déjà beaucoup tous ces sacrifices que je m’engage à consentir pour elle. Maintenant l’entretien est clos. Si tu cherches encore à t’occuper davantage de cette femmelette tu risques d’éveiller les soupçons de ton épouse. Alors fais attention désormais à ta conduite. De toute façon Safia va être confiée dès demain à  la vieille Halima notre ancienne employée, jusqu’à la naissance de son bébé. C’est déjà une grande chance pour elle de trouver où se réfugier après sa gaffe. Bien, pour le moment rejoins ton travail sans tarder.

    Les parents de Safia qui ont appris la nouvelle ont tout simplement décidé de la chasser et  de ne plus jamais la revoir ni même entendre parler d’elle. Placée comme prévu chez la vielle Halima elle passe six mois dans un isolement total avant de donner naissance à WAHID un enfant de sexe masculin d’à peine deux kilogrammes. Un accouchement prématuré effectué avec césarienne.

   Safia ne verra plus jamais cet enfant. Toutes les mesures sont prises dès son admission à la maternité pour lui faire croire qu’elle a accouché d’un enfant mort-né, donné pour enterrement à la famille Hadj Thami. Deux infirmières corrompues remettent  le bébé à El Hadja M’hani en personne en échange d’un  paquet de gros billets. Dès l’admission de la patiente à l’hôpital la vieille avait tenu à assister elle-même à l événement et à le marquer de sa présence. Sa grande taille, sa voix imposante,  et surtout ses largesses font autorité à l’hôpital. Tout le petit personnel médical lui fait la courbette.  

   Hadj Thami enfin mis au courant de la naissance, décide d’adopter l’enfant intrus. Bien que venu au monde dans des circonstances inopportunes  et illégitimes il est quand même son petit fils.  Mais pour le restant de la famille et surtout pour Maria, il sera toujours un bâtard que Safia aurait eu avec un inconnu.  

  Ainsi, violée,  reniée par ses parents, congédiée et frustrée de ses droits les plus élémentaires telle la garde de son enfant qu’elle n’a plus la possibilité de revoir, Safia est condamnée par une société inhumaine et injuste, condamnée à partir, à disparaître dans la nature. Son seul crime est d’être née belle et attirante. Trop naïve et inexpérimentée elle va connaître encore d’autres aventures, d’autres déceptions, d’autres  viols et de longues années de misère  pour finir enfin dans le monde de la prostitution.

 Wahid grandira, ira à l’école, prendra le nom de son père et le secondera dans les affaires.

Mais toute son existence il restera un orphelin de mère. Pour lui elle est morte en lui donnant la vie. Safia et son fils connaîtront-ils un jour la vérité. Ce n’est pas sûr. Mais d’ailleurs est-ce que Wahid  voudrait bien un jour savoir que sa mère est aujourd’hui une prostituée notoire ? Pardonnerait-il à son père d’avoir agi comme il l’a fait. Quant  à Safia aurait-elle le courage de rencontrer son fils maintenant qu’elle est fichée aux services de police comme une fille de mœurs légères ?  Certes me dira-t-on, de telles  choses sont fréquentes dans la vie. Peut être…Mais ce qui, à coup sûr, écœure et  révolte dans ce genre de drames, c’est que ce sont souvent les innocents qui payent et les criminels qui restent impunis.

   J’ai intitulé ma nouvelle « Safia victime de sa beauté ». Ne fallait-il pas dire plutôt « victime de l’égoïsme humain » ?
Je laisse le soin aux lecteurs d’en décider .                                                                                                                      

 

                                                              Mohamed  BOUHOUCH

                                                 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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