Devenez rédacteur


"Sauver l’euro, la nouvelle raison d’Etat allemande"

vendredi 24 juin 2011, par Jean Quatremer

7 réactions
translate : Nederlands English Deutsch +

 

Voir en ligne : http://bruxelles.blogs.liberation.f...


 



Jorgo Chatzimarkakis, député européen allemand, est membre des instances dirigeantes du parti libéral, le FDP, allié de la CDU/CSU de la chancelière. Élu de la Sarre, d’origine grecque, il critique durement Angela Merkel pour sa gestion de la crise de la zone euro, mais il affirme qu'elle est désormais déterminée à sauver la zone euro. Un message important alors que se déroule un Conseil européen des chefs d'Etat et de gouvernement qui essaye, une nouvelle fois, de calmer les marchés financiers.

La chancelière allemande a-t-elle bien géré cette crise ?

Si Angela Merkel avait dit, dès le début de la crise, en décembre 2009, qu’elle ferait tout pour assurer la stabilité de la monnaie unique et venir en aide les pays de la zone euro en difficulté, bien sûr dans le respect de la loi fondamentale allemande et de la jurisprudence du Tribunal constitutionnel de Karlsruhe, cela aurait probablement suffi à calmer les marchés financiers.  Mais en hésitant à apporter son soutien à la Grèce, elle a, à mon avis, ouvert grand la porte aux attaques des investisseurs. Elle s’est fixé des lignes rouges qu’elle a, à chaque fois, dû franchir pour tenir compte de la réalité. Les marchés sont devenus fous. Or, l´euroscepticisme ne paye pas en Allemagne : les deux partis qui ont fermement soutenu l’euro dès le début, les Verts et les sociaux-démocrates, progressent dans les sondages et gagnent les élections. Il faut que nous changions de perspective : c’est une erreur tragique de penser dans un cadre allemand alors qu’il n’y a plus de Bundesbank, plus de mark. Si nous voulons défendre les valeurs allemandes, la stabilité, l’effort, la rigueur, car je pense qu’elles sont bonnes pour l’Union, c’est dans un cadre européen.

 

Le FDP s’est aussi fait remarquer par son euroscepticisme…

Mon parti est historiquement un parti pro-européen, il a donné de grands Européens à l’Allemagne. Les dirigeants du FDP sont totalement engagés dans le sauvetage de la zone euro. Malheureusement, certains députés libéraux sont eurosceptiques et ont été jusqu’à proposer à la Grèce de quitter la zone euro. Même s’ils parviennent mieux à se faire entendre que les pro-Européens, ils restent minoritaires.

Pourquoi la crise de la dette souveraine s’éternise-t-elle ?

Il y a trop de politiciens partout en Europe qui parlent et disent des choses contradictoires. Les marchés en Asie, aux États unis, en Amérique latine, ne s’y retrouvent pas, car ils ne savent pas qui est autorisé à parler au nom de la zone euro. Je n’ai qu’un conseil à donner : que les politiciens réfléchissent plus avant de parler. Les pays qui prétendent jouer un rôle d’impulsion en Europe ne doivent pas se comporter comme des amateurs. En Allemagne, la chancelière aurait dû imposer le silence dès le début de la crise. Mais nous n’en sommes hélas pas à ce stade de maturité et cela est un désastre pour l’Union européenne. Je regrette que l’esprit européen ait autant souffert dans cette crise. Je suis persuadé que la réponse ne peut pas être le repli national comme le pensent une partie des citoyens.

Les gouvernements ont-ils été assez ambitieux dans leurs réponses à la crise ?

L’une des principales raisons de cette crise est que le Pacte de stabilité n’a pas fonctionné parce que les gouvernements ne l’ont pas mis en œuvre. Berlin et Paris, en 2003, l’ont même affaibli. C'est pourquoi nous allons le réformer et introduire des sanctions qui seront le plus automatiques possible afin d’obliger les États à respecter la discipline budgétaire commune. Le Parlement européen est engagé dans un bras de fer avec le Conseil des ministres qui recule devant cette automaticité absolue. Or, c’est une des leçons de la crise : l’influence des politiciens doit être réduite au minimum. D’autre part, après dix-huit mois de crise, on sort enfin de la logique de l’austérité comme seule réponse à la crise. Il faut aussi s’intéresser à la croissance. Les Allemands commencent par exemple à comprendre que cela ferait sens d’acheter de l’énergie photovoltaïque à la Grèce au moment où nous allons sortir du nucléaire. Il faut aussi mobiliser le budget européen pour donner de l’air aux pays en difficulté.

L’Allemagne est-elle désormais déterminée à sauver la zone euro ?

Absolument. Angela Merkel l’a bien compris : l’Allemagne a besoin de la zone euro et fera tout pour la sauver. C’est la nouvelle raison d’État allemande.

 

 


translate : Nederlands English Deutsch +

Les derniers commentaires

  • par JP Aron (IP:xxx.x2.193.35) - 25 juin 2011 11:19

    Entiérement d’accord avec ce que dit ce monsieur. Seulement dans les circonstances actuelles, quand on a un lien tel que le sien avec la Grèce, à moins d’avoir honte de ses origines et être prêt à le dire, on évite de donner des leçons et on se cache ! Mobiliser le budget Européens pour permettre au profit d’une population qui, apparamment dans se grande majorité, trouve parfaitement normal de vivre aux crochets des autres... Non mais ! Quel culot ! Qu’il nous propose plutôt de vendre tout ce qu’il a et de verser tout ce qu’il gagne au profit du remboursement de la dette Grèque.

    Répondre à ce message  Signaler un abus

    commentaire constructif  ?  oui  1  non

  • "Sauver l’euro, la nouvelle raison d’Etat allemande"

    par Eric Bruckmann (IP:xxx.x8.160.144) - 27 juin 2011 12:49

    Simplement, qu’on fasse les comptes et qu’on regarde ce que l’Allemagne a gagné en intérêt et en balance export (l’euro s’est affaibli donc excellent pour l’Allemagne exportatrice) et A. Merkel ne sera pas la seule à comprendre qu’il faut aller jusqu’au bout... la Grèce est en train de racheter la réunification des deux Allemagnes...

    Répondre à ce message  Signaler un abus

    commentaire constructif  ?  oui  1  non

    • par JP. Aron (IP:xxx.x2.193.35) - 29 juin 2011 16:39

      1. Ca devient une constante d’ignorer les accords et de refaire les comptes après coup. Comme si il n’y avait personne qui s’était privé pnedant plusieurs années de jouir de ses propres économies ou de les investir comme autrui dans les ’marchés émergents’, cad partout sauf en Europe. Comme si il n’y avait pas quelqu’un qui a eu l’opportunité de s’enrichir en utilisant l’argent emprunté à bon escient, mais qui a préferé le bouffer.



      2. Le misérable pourcent de différence entre le taux auquel l’Allemagne elle-même emprunte et ce qu’elle demande à la Grèce, est bien peu quand on risque de ne jamais revoir ses sous !



      3. Il y en a marre de ces accusations permanentes en tout genre à l’encontre de ces méchants riches d’allemands. L’une fois ils sont stupides et c’est leur stupidité qui est la cause de la tourmente sur les marchés. Puis cinq minutres plus tard, ce sont des Machiavellis qui ont tout manigancé pour faire chuter la valeur de l’Euro. Faudrait savoir !



      4. Y en a aussi marre de ces explications à deux sous qui incriminent la valeur de l’Euro à chaque mauvaise nouvelle économique. Oui, si la valeur de l’Euro augmente, ça PEUT ETRE plus difficile de fabriquer chez nous (et le cas échéant exporter) CERTAINS produits. Ce sera probablement le cas de produits nécessitant beaucoup de main-d’oeuvre. Mais posons-nous la question... En fabriquons nous encore de tels produits ? Et qu’est-ce qui nous empêche, au cas ou nous désirons vraiment rester compétitifs avec des pays tels que la Chine et l’Inde en matière de main-d’oeuvre, de diminuer les salaires si grâce à l’augmentaion de valeur de L’euro la part de son salaire que le travailleur moyen doit affecter à l’achat de sa Toyota ou San Yong continue à diminuer ? Pourquoi diable vouloir absolument continuer à fabriquer/exporter autant que par le passé si chaque pièce exportée nous rapporte plus et tout ce que nous importons nous coute moins ? En ce qui me concerne je trouve ça très bien si les chinois insistent pour travailler 24h/24h pour nous fabriquer pour un croute de pain tout ce qu’il nous faut, et qu’en contrepartie il nous suffit de leur vendre que quelques BMW par an et un Airbus de temps en temps. Ce raisonnement est d’autant plus vrai pour un pays comme l’Allemagne qui fabrique/exporte des produits à haute valeur ajoutée que la planète entière continuera de s’offrir quelqu’en soit le prix, et qui doit importer toute les matières premières qui entrent dans leur fabrication. En fin, une monnaie qui s’apprécie signifie aussi que tout ce qui a été économisé augmente de valeur. Que les Grecs qui n’ont jamais mis un sous de côté se moquent bien de la valeur de l’Euro, je comprends. Mais les Allemands !?

      Répondre à ce message  Signaler un abus

      commentaire constructif  ?  oui  0  non

      • par Eric Bruckmann (IP:xxx.x8.160.144) - 29 juin 2011 17:23

        C’est simpliste, je pense. Puis d’après mes infos, c’est 3%, pas 1... même un, c’est vachement plus que le compte épargne...



        Et l’objet de mon commentaire n’est pas de critiquer l’Allemagne mais de remettre certaines choses en place.



        En effet, crier que ça suffit de prêter aux Grecs, s’enrichir derrière et de conclure "OK, on continue", je trouve ça gros... parce qu’au fond, dire d’un côté qu’il y a un risque et de l’autre vendre qu’il n’y a en a quasi pas tant que la Grèce reste dans la zone Euro... faudrait savoir, on est d’accord...

        Répondre à ce message  Signaler un abus

        commentaire constructif  ?  oui  0  non

        • par JP Aron (IP:xxx.x2.193.35) - 30 juin 2011 12:13

          J’ignore ce qui a mérité d’être taxé de simpliste dans mon point de vue. Ce que moi je trouve simpliste c’est de pointer systématiquement son doigt en direction du méchant riche dès qu’un pauvre auto-déclaré se met à pleurnicher,ou dans le cas des grecs, comme un enfant gâté à bouder et tout casser.
          Que ce soit 1% ou 3% ne change pas grand-chose. Quand il est vraisemblable qu’on ne reverra jamais l’argent investi et que même la première mensualité risque de ne jamais être payée, ce sont des taux de 30% et plus qui devraient être exigés ! Pour autant que je sache vous pouvez parfaitement aller à votre banque et acheter avec vos économies des bons d’Etat Grecs ne rapportant que 3%. L’avez-vous fait ?
          Les allemands ne disent pas que ’il y a un risque’. Ce qu’ils disent aujourd’hui, c’est ce que le FMI et apparamment tout les autres financiers du monde disent : Les Grecs ne rembourseront jamais ! Ce n’est plus ’un risque’. C’est une quasi-certitude. Et si ils disent OK, on continu à prêter malgré tout, c’est résigné, pour éviter pire, pour eux et toute l’Europe. Je crois que les allemands ont droit à bien plus qu’un peu de retenue dans nos critiques. Surtout de la part de Belges qui doivent à la locomotive allemande leur prospérité.

          Répondre à ce message  Signaler un abus

          commentaire constructif  ?  oui  0  non

          • par Eric Bruckmann (IP:xxx.x8.160.144) - 30 juin 2011 12:36

            C’est simpliste parce que émotionnel, pas objectif.



            Je n’ai pointé du doigt personne. Je pointe du doigt l’hypocrisie de Merkel qui dit en allemagne que la Grèce est un boulet pour les allemands alors qu’en l’espèce, c’est une chouette opportunité.



            Ce sont les capitalistes qui m’exaspèrent, pas les riches. "Sauver" la Grèce en prenant des intérêts, ce n’est pas sauver, c’est poser une action d’aide en échange d’une rémunération. Le sauvetage n’en est qu’UN résultat, pas le but en soi. Le but en soi, c’est de faire du fric. Que ce soit juste ou non n’est pas la question, c’est un fait.



            L’Allemagne recevra son argent de retour, c’est certain à 100%.



            Je n’ai AUCUN produit bancaire, même pas un compte d’épargne : je ne comprends pas ce raisonnement.



            1% ou 3% sur quelques milliards, ça fait une différence de 200% sur un montant appréciable.



            Ce qui arrive à la Grèce arrivera à la Belgique si les gouvernements socialistes continuent à bercer d’illusions un peuple avachi. Lorsque le taux d’épargne baissera (l’épargne élevée contrebalance une dette colossale aux yeux des "marchés").



            Lorsque j’ai écrit http://www.medium4you.be/Crash-Song... ,
            je souhaitais que tout le système se casse la gueule pour que seule notre génération puisse payer les conséquence de notre confort exagéré (au regard du reste du monde) et pour ne pas qu’on en arrive à ce qu’on vit aujourd’hui : l’engagement pour des générations et des générations d’appauvrissement qui est la conséquence d’un seul objectif. Cet objectif, c’est pérenniser le système bancaire défaillant au profit d’une poignée de capitalistes qui se réfugient derrière l’Europe avec le culot incroyable de parler de SOLIDARITE.



            L’Allemagne n’est ni à pointer du doigt, ni un sauveur. Juste un acteur qui donne un truc pour en recevoir un autre.

            Répondre à ce message  Signaler un abus

            commentaire constructif  ?  oui  0  non

  • par JP Aron (IP:xxx.x2.193.35) - 1er juillet 2011 01:13

    Si vous jugez que c’est émotionel et subjectif, il faut écrire que c’est émotionel et subjectif, ou alors expliquer pourquoi quelquechose qui est émotionel et subjectif est automatiquement simpliste.



    Oui, je suppose que quand on écrit qu’il y en a marre, ça témoigne d’une certaine émotivité. Faut-il que je m’exprime comme un fonctionnaire satisfait de son traitement pour voir mon évaluation de la situation respectée ? Ce n’est pas parceque j’ajoute un soupcon d’émotivité à mon texte que j’ai fait un évaluation subjective du cas Greque et de l’attitude de l’Allemagne. Je suis ingénieur, et les chiffres, j’aime. Non, ça ne veut pas dire que je crois avoir la science infuse. Contrairement à d’autres, je sais et j’admets sans problème que je fais régulièrement des fautes d’appréciation. Mais dans ce cas ci ... avec d’un côté des allemands qui objectivement n’ont fait que donner, et de l’autre ce qui objectivement ne peut être décrit autrement que comme des tricheurs sans remords... Non, le jugement est bien vite établi !



    Ce qui me rend émotif c’est qu’encore un fois mon beau rêve Européen est mis à mal par des resquilleurs - il n’y a pas d’autre mot - et que ceux-ci, au lieu de se retrouver tout seuls à méditer sur leur comportement, s’imaginent déjà s’en tirer à bon compte grâce à l’appui de tout ce que l’Europe compte de coupeurs de poires en deux, avocats du diable amateurs et gauchistes-sans-honte.



    Quand on n’a jamais épargné un sous, monsieur, on évite de donner des leçons de SOLIDARITE à ceux qui grâce à leur épargne vont encore un fois donner une chance à des gens qui ne le méritent pas. C’est vrai, exiger des interrets quand on prête ses économies, c’est moins sympa que que de le faire gratos, voire de faire don de tout ce qu’on a. Mais c’est quand-même encore toujours plus sympa que de bouffer soi-même tout ce qu’on gagne et d’être par conséquent totalement incapable d’aider qui que ce soit, y compris ceux qui savent ce que c’est la reconnaissance et qui seraient heureux de partager le fruit de leur travail avec quelqu’un qui a cru en eux et leur a offert la possibilité de sortir de la misère. Si vous ne comprenez pas celà, je me demande vraiment ce que vous êtes en mesure de comprendre !



    Evidemment, si comme vous tout le monde avait une boule de crystal et savait ’à 100%’ que la Grèce remboursera, les choses seraient différentes et on pourrait discuter de ce qui est juste de demander à titre d’intérrets à la Grèce. D’ou tenez vous donc votre certitude ? Moi j’achèterais bien des bons d’état Grèques à un taux inférieur à celui demandé par l’Europe/FMI/Allemagne si j’avais les mêmes certitudes que les votres ! N’avez vous donc aucun espoir que l’écroulement du système financier international que vous appelez de vos voeux se réalisera un jour ? Ou tentez-vous précisement de nous y mener en défendant l’idée que l’argent est fait pour être jeté par les fenêtres ?



    PS :
    1. Oui je suis d’accord que nos socialistes vont finir par nous y mener nous aussi à la banqueroute. Que ce soit nos socialistes purs et durs rouges, les plus moux oranges, les doux verts ou les travestis en bleu, ils nous y mènent tous.
    2. Si l’Allemagne n’est pas un sauveur parcequ’elle se fait rémunerer (misérablement vu les risques encourus, je persiste et signe), les pompiers, les ambulanciers et toutes les autres professionels qui interviennent lorsque qu’on est en détresse ne le sont pas d’avantage.

    Répondre à ce message  Signaler un abus

    commentaire constructif  ?  oui  0  non

Laisser un commentaire

?

Derniers articles de Jean Quatremer :


Quand la commission redécouvre la croissance...

Euro : Sarkozy se « mélenchonise » dans la dernière ligne droite

L’UE d’espoir au conseil européen

 

D'autres articles:

Angela Merkel

Sarko’s circus (Alain Berenboom)

Politique : Sarkozy recolonise l’Afrique, Merkel recolonise la France (Aimé Mathurin Moussy)

Nos élus font ils fausse route ? (Jamy)


Crise

Connaissez-vous les SWAPS ? (Claude Thayse)

Face à la crise, pas de salut sans industrie ! (LucasAimont)

Les affaires reprennent (Alain Berenboom)


Allemagne

Ce que l’Europe apporte à la population ! (Francis Bruckmann)

La gauche européenne se mobilise pour l’euro… sans les socialistes allemands (Jean Quatremer)

Louis-Ferdinand Céline, Rigodon (Argoul)


Euro

Chroniques de crise (2) : bye, bye, l’euro ? (Charles Bricman)

Faut-il sauver l’euro ? Peut-on sauver l’Europe ? (Institut Thomas More - Comité belgique)

Angela Merkel veut mener l’euro à coup de stricte (Jean Quatremer)





Medium4You.be  Politique éditoriale | Conditions générales et vie privée | Contactez-nous