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Et c’est encore lisible? Et comment! Comme les reportages de Joseph Kessel ou d’Albert Londres que j’ai aussi dans ma bibliothèque. Mais Simenon, pour moi, c’est particulier. Kessel et Londres, comme le Tom Wolfe du New Journalism, c’est mon tropisme purement journalistique. J’en ai un autre, pour Simenon lui-même. Je me dis parfois que ça doit remonter à ce séjour dans la villa Rozika, sentier des Anglais à Knokke, au bout de la Kustlaan qu’on appelait encore l’avenue du Littoral. Mon père, à la différence de ma mère qui est toujours une lectrice boulimique, lisait rarement des bouquins. Mais là, dans le jardin, je le voyais enfoncé dans son transat avec un Maigret qu’il avait acheté chez Corman, juste avant de nous offrir le meilleur des cornets de glace, ceux qu’on trouvait un peu plus loin, à côté de l’entrée de la Poste. J’avais huit ou neuf ans et je me demandais ce que ce livre avait de si extraordinaire pour que même mon père le lise. - Ce n’est pas encore pour toi. Tu liras ça plus tard, m’avait-il répondu. J’ai donc été saisi de l’envie, que dis-je: du besoin pressant de retrouver les reportages du grand Georges rassemblés par Francis Lacassin.
Il y a trois semaines, en passant par la FNAC, je suis tombé sur une vendeuse qui m’a regardé avec des yeux tout ronds. Elle a vaguement regardé dans un catalogue et déclaré forfait. Trouver un livre de Simenon qui ne soit pas un polar, ni même un roman, autant chercher un palimpseste dans une botte de FNAC. - Vous n’avez pas un rayon de 10/18? Chez Tropismes, au sous-sol où sont les « poche », je suis tombé sur un jeune type très bien, un Français qui aime les livres et qui les connaît. Pas tous, bien sûr. Ce n’est pas possible. Il ne savait pas que les reportages de mon auteur avaient été publiés. Mais ça l’a intéressé. Normal: c’est un libraire. Il a cherché dans un autre catalogue et il a trouvé. Trois volumes en 10/18: celui que je cherchais et aussi « A la recherche de l’homme nu » et « A la rencontre des autres ». Mais il a tout de suite fait la grimace. Quelques jours plus tard, j’ai retrouvé le moral en apprenant que les Presses de la Cité avaient réédité toute la compilation de Lacassin, augmentée même, dans la collection Omnibus. En 2001 déjà, il y a encore le prix en vieux francs français, ce n’est pas inutile, des fois qu’ils reviennent. J’ai commandé le livre chez Alexandre. Je l’ai reçu hier. Ce n’est qu’une petite anecdote que j’avais envie de partager. Tirez en les conlusions que vous voudrez, sur les libraires, sur le marché du livre, sur Simenon, sur le journalisme ou sur n’importe quoi qui vous plaira… Ou n’en tirez aucune. Moi, je retourne à ma lecture.
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