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Standard de Liège : l’âme Liégeoise, le mal Wallon.lundi 30 août 2010, par Eric Bruckmann 6 réactionsC’est fou ce qu’on peut apprendre sur l’homme dans un stade. Que ce soit en Afrique du Sud, en Angleterre, en Norvège ou à Liège, on y rencontre un concentré de la société souvent caricaturée à tort. Parfois, si le QI d’une foule est inversément proportionnel au nombre d’individus qui la compose, il n’est pas rare que sa lucidité ou son analyse dépasse largement les capacités qu’on lui prête.
Ce week-end, comme quasi à chaque fois, j’étais à Sclessin pour le match contre Courtrai. Retour sur une déformation de la presse, la (mauvaise) foi d’un homme, l’âme des Liégeois et le mal Wallon. Le match en lui-même était assez pathétique niveau football. Les faits marquants ? 25 minutes de grève du supporter précédées d’une ambiance de funérarium avant le match alors que, d’habitude, on ne peut pas entendre les noms des joueurs adverses tellement la terrible bronca envahit le stade comme un ouragan en furie. A la fin du match, alors que les supporters célèbrent la victoire, les joueurs rentrent aux vestiaires. C'est comme ça que ça s'est passé. Un détail qui a son importance. La presse : la réalité sans la nuance, le mensonge sans concession. Pourquoi la presse télévisée, RTL comme RTBF, a-t-elle présenté les (fidèles) supporters du Standard comme des méchants enfants gâtés qui ne veulent que la victoire ? En revoyant le reportage, on pourrait comprendre que les supporters liégeois auraient sifflé leur équipe malgré une victoire. Ce matin, à la radio, j’entends même sur Radio Contact que les suppporters sont mécontents des joueurs. C’est faux. C’est soit de la manipulation, soit de l'incompétence. Dès le coup de sifflet final, les supporters ont tous applaudi les joueurs qui, au lieu d’apaiser l’atmosphère, sont rentrés comme des voleurs dans le vestiaire. Au Standard, ça ne se fait pas : on vient présenter son torse au public, fièrement, dans la victoire comme dans la défaite, pour que le blason soit toujours mis en valeur de manière digne, la tête haute. Ce sont bien les joueurs qui ont manqué de respect au public. Pas l’inverse. Les joueurs ont joui de l’appui du public pendant toute la rencontre. Inconditionnellement dès la 26ième minute malgré le placement incompréhensible de certains et la qualité tactique indigne d’un club de ce niveau. Donc, contrairement à ce qu’on essaie de faire croire, le publc liégeois a fait preuve d’une très grande maturité et d’une très grande nuance dans leur contestation. C’est bien le choix de l’entraîneur qui était visé, pas les joueurs. Le communiqué des clubs de supporters Voir annexe. Qu’y lit-on ? D’abord, que le club retombe dans ses vieux travers. C’est-à-dire, une politique d’achats-ventes à vocation purement économique. Pas besoin d’être un génie en foot, d’ailleurs, pour comprendre que lorsqu’on ne fait déjà pas jouer les joueurs à leur place, on se complique la vie. Y a qu’à voir Elyaquim Mangala, international espoir Français, étincelant contre le Réal Madrid et inexistant en championnat : normal, contre le Réal, en match amical, il jouait à la place pour laquelle il a été formé. C’est un peu comme si, dans une entreprise, on demandait au comptable d’être contremaître parce que celui-ci est un peu moins bon que le comptable pour… faire la compta. Les supporters pointent du doigt les « valeurs ». Pas les résultats. C’est en ça que le supporter du Standard est extraordinaire : il veut des combattants sur le terrain. Il veut s’identifier à des joueurs pour lesquels Honneur et Respect veulent dire quelque chose. Ceux qui essaient de faire croire que les Liégeois sont des supporters de la victoire alors qu’ils ont déboursé fièrement des milliers d’EUROS durant 25 ans sans titre majeur sont vraiement d’une mauvaise foi peu compréhensible. Depuis que Laszlo Bölöni est parti, on s’embête, au Standard. Les longs ballons incessants, le manque de dynamisme sur phase arêtée (hé hé... ), le placement anarchique sur le terrain… le manque de réactivité de coaching y est pour quelque chose : les changements semblent toujours programmés avant le match (entre la 64ième et la 66ième, à la 78ième et la 88ième… encore samedi, ce pari m’a fait gagné une choppe…) D’après mes sources, l’entraîneur a obtenu de bonnes notes aux cours d’entraîneur UEFA. Il serait même une référence théorique. Mais théorique seulement, visiblement. Son CV, aussi curieusement que ça puisse paraître, ne compte qu’une expérience professionnelle : au Standard de Liège. Si la presse avait à l’époque salué la superbe performance de terminer deuxième, les supporters, eux, l’ont bombardé de mottes de terre. La frustration était grande : des choix tactiques vraiment surprenants ont été vite rendus responsables d’une débâcle alors que le titre semblait acquis… et que le meilleur buteur de l’époque (Mémé Tchité) avait été vendu à Anderlecht alors en concurence directe. Lors des dernières rencontres, le buteur en question était resté étrangement muet, d’ailleurs. Le bilan est peu flatteur pour un entraîneur qui prend les supporters de front assez étonnament : 19 points sur 45… Pour donner une idée à ceux que ces chiffres ne diraient rien, le FC Malines a 13 points en 5 matches… et eux, ils s’amusent, derrière les casernes… Les supporters, mécontents de la gestion SPORTIVE du club, remettent en question l’entraîneur, frère de l’homme fort du Standard. Car enfin, le Standard est quand même le seul club d’Europe qui a brillé en Champion’s league puis en Europa league et qui ne trouve aucun entraîneur chevronné, c’est le seul club aussi dont l’entraîneur qui avait fini 2ième en son temps n’a jamais reçu de proposition dans un autre grand club (même belge !). Pour ce qui est du reste du communiqué, je suis personnellement assez d’accord : de fidèles serviteurs se sont fait jeter comme des vieux chiffons, les joueurs qui choisissent (ouvertement) de jouer à fond ou pas, des prix exhorbitants pour voir un triste spectacle d’un club qui « vise le championnat et la coupe » pendant la vente des abonnements et qui, dès la 4ième journée de championnat vise… le top 6 dans un des plus pauvres des championnats européens… On appelle ça une tromperie sur la marchandise : lorsque j’achète mon abo en début de saison, je ne me dis pas que celui qui me l’a vendu m’a promis de gagner. Je me dis qu’il a promis de se battre pour gagner. Pas pour être 6ième. Surtout à 330EUR pour 15 matches. J’achète du rêve, de la fierté, du divertissement. Et quand je récolte un sommeil profond, la honte et l’ennui, je me sens grugé. Même si la victoire est à la clé (mais généralement, on ne gagne pas comme ça… dans aucun sport…). Le communiqué du club Alors voyons la position du Standard de Liège dans cette querelle économico-émotive :http://standard.sudpresse.be/toutes-les-news/lire.htm?lng=fr&action=read&id=852 On comprend mieux l’utilité de Sacha Daout, meilleur élément du management, incontestablement. Une réaction toutefois étonnante sur le fond tant elle semble s’adresser plutôt à tous ceux qui ne connaissent rien au foot, dont moi, sans doute. « On perd ensemble, on gagne ensemble » : jamais les supporters du Standard ne se rebellent contre la défaite. C’est aussi une manipulation : les supporters constatent que les défaites ainsi que le triste spectacle (même quand ils gagnent) sont liés à la gestion du groupe ainsi (et surtout) à l’irrationalité des aspects footbalistiques de ses choix. Bon, même si c’est le coach qui doit rester maître de l’équipe, pas le public, faut avouer que même en quatrième provinciale, je n’ai jamais vu ce que je vois parfois au Standard. Le journaliste étranger dont le communiqué parle m’interpelle : quel est l’intérêt d’une telle remarque ? Un journaliste des Iles Féroés ? Du magazine Flair ? Essayez, messieurs, de quitter le stade sans saluer votre public dans n’importe quel grand championnat Européen et vous verrez quelle sera la réaction du public. Ce communiqué ne m’a pas convaincu, en tout cas. Nulle part on ne lit, par exemple, que l’entraîneur est vraiement bon et qu’une stratégie est derrière ses choix, que les bons joueurs restent ou qu’ils seront remplacés par d’aussi bons que ceux qui partent… non… juste un tetentative de diaboliser ceux qui se sont exprimés… incidents, agitateurs, « quelques » énergumènes (20000 environ ?)… et cette phrase anodine qui justifiera le hold-up sur l’âme Liègeoise : « La direction avait accepté l’affichage de certaines banderoles de mécontentement. La liberté d’expression a été salie par ces débordements ». Donc, il y a bien d’habitude une censure au sein du Stade et, la prochaine fois, on pourrait comprendre que pour éviter les débordements, les messages de mécontentement n’y auront plus leur place. Comme en politique belge : après « cause toujours », ce sera « ferme ta gueule ». Il est particulièrement hilarant de lire que la direction s’est vue féliciter par le Réal Madrid pour la qualité de sa gestion puisque le club Madrilène accuse une dette de 1.4 milliards d’EUROS. C’est sûr, ils s’y connaissent en finances, au Real. On peut aussi débattre de l’éthique de ce sport poignon où des entités avec un tel passif prospèrent au plus haut niveau pour rencontrer des entités qui gèrent plus sainement leurs finances. Un malentendu ? Depuis l’avènement du foot professionnel, il y a une distorsion entre les impératifs économiques des directions et les espoirs de vertus humaines que seul le sport peut offrir. Les supporters oublient une chose essentielle qui ne leur a jamais été bien expliquée et pour cause : le Standard de Liège est une Société Anonyme. Pas un club de foot. Ce n’est ni une ASBL, ni une société coopérative, ni une administration. Juste une entreprise avec un actif, un passif, des comptes à publier, etc… ah oui, j’oubliais… des dividendes pour les actionnaires… 22,9 millions d’EUR de bénéfice dont 4 millions ont été versés aux actionnaires l'année dernière… pas mal pour une entreprise qui a une dette à 5 ans de 14 millions… Le but d’une SA est bien de faire l’argent et ça, ils le font bien. C’est un peu choquant que la région Wallonne ait subsidié leur nouvelle pelouse et que de l’argent retourne dans la poche de privés mais bon… on est habitué en Wallonie… il y a d’autres entités qui reçoivent plus de la moitié de leur chiffre en subsides et qui versent d’énormes dividendes aux actionnaires. C’est le mal Wallon : la politique s’imisce partout où il y a de l’argent. « Il est inacceptable qu’une société qui produit des bénéfices et distribue des dividendes reçoive de l’argent public » crient les syndicats et certains partis… ce sont pourtant des élus qui proposent de subsidier le nouveau stade… qui ne devra s’installer, of course, que sur un territoire dont le bourgmestre est de la bonne couleur… Le FC Liégeois en souffre plutôt que d’ne bénéficier, d’ailleurs. Ce qui me permet tout de même de rappeler que l’année dernière, 19% du chiffre d’affaire provenait du ticketing (enfin, d’après la DH c'est 89% pour ce poste mais aussi 32% pour le sponsoring, ça fait trop : http://www.dhnet.be/sports/standard/article/304937/les-comptes-rouches-devoiles.html) et 49% pour le merchandising… et donc, qu’il serait tout de même plus judicieux d’être à l’écoute de sa clientèle… comme dans une vraie S.A… Le supporter devra s’y faire : tant qu’il paie sa place et qu’il va au stade, il consomme un produit. Et tant que le produit se vend bien, il n’y aura aucune raison pour le Standard de Liège S.A. de changer son fusil d’épaule. Bien sûr, le Standard, ce sont les tribunes, les gens, les chants, l’âme Liégeoise, l’histoire, l’espoir… mais dès que l’abonnement est payé, dès que les maillots sont vendus, c’est gagné. Pour la SA. Pourquoi s’emmerder à être premier si la marge est la même quand on est 8ième? Surtout quand les risques sont moins grands. C’est la logique économique engendrée par le professionnalisme du sport : gagner un trophée n’a de sens que s’il a un sens économique. Revenons aux maillots. Une preuve que l'esthétisme et le pragmatisme ne sont en rien des valeurs Standard. Premier signe de la décadence du Standard de Liege SA, devenue suffisante et arrogante, la création de sa propre marque de vêtements Planète Rouge. Ceci, par contre, c’est vraiment une décsion incompréhensible. Non seulement économiquement mais qualitativement. Jamais dans ma vie de sportif à tout niveau, il ne m’a été offert de porter des maillots d’une qualité aussi médiocre et d’un design aussi peu inspiré. C’est vraiment étonnant lorsque le merchandising rapporte tant. Bien sûr, c’est tentant de ravir les marges des équipementiers mais quand-même, avec de tels produits, les supporters préfèreront venir avec n’importe quel maillot rouge qu’avec ces loques dont le col n’est pas fini correctement et où une sorte de couronne ( ?) remplace le blason du club sur le col. Vraiment cheap. Sans parler de l’intérêt de la démarche en termes de distribution : je vois mal ces maillots atterrir dans les grandes chaînes européennes puisque le Standard SA ne dispose pas de réseau de distribution et qu’ils se présentent désormais en concurrents d’équipementiers. Et quand je vois la beauté des maillots d’Anderlecht, par exemple (parce que c’est celui qui fait mal…), on a l’air de pingouins en soutien-gorge dans ces maillots Planète Rouge (un nom bien francophone pour mieux vendre ailleurs qu’en Wallonie… cet immense marché). Lorsqu’une société confond diversification et dispersion, ça ne réussit que très rarement et je crains que ces choix ne soient guidés que par l’impression que les liégeois sont des pigeons de consommateurs d’une part et par la mégalomanie de certains d’autre part. En conclusion, je dirais que la presse joue encore une drôle de rôle dans cette triste pièce (pourquoi donc salir les supporters ? A qui profite le crime ?), que les supporters se sont comportés avec justesse et modération jusqu’à la fin du match + 3 minutes mais qu’ils ne comprennent pas leur état de consommateurs/clients, que le Standard SA fait bien de l’argent et… que les autres s’emmerdent royalement au stade. Ce n'est certainement pas la médiocrité du catering au sein du stade qui nous consolera dans l'ennui, contrairement à quand j'étais gosse... Et quand l’entraîneur aura compris que c’est de lui et rien que de lui qu’il est question, il arrêtera de débiter des âneries sur les ondes. C’est la seule chose qui peut encore changer !
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