Devenez rédacteur
|
Voir en ligne : http://bruxelles.blogs.liberation.f...
Disons-le d’emblée : intitulé « A tale of two cities » (le conte des deux villes) et bien que disponible uniquement en anglais (alors qu’il s’agit de convaincre les Français…), ce rapport touche juste en listant tous les inconvénients de la solution bâtarde retenue par les États. Car obliger 736 eurodéputés (et bientôt 751), leurs assistants, une partie de l’administration, la Commission (qui se réunit elle aussi à Strasbourg une fois pas mois), les diplomates des États membres, etc., à se rendre 3 jours et 3 nuits par mois dans la capitale Alsacienne n’a strictement aucun sens. Certes, symboliquement, la ville est celle de la réconciliation franco-allemande, mais elle accueille déjà le Conseil de l’Europe : on ne voit pas très bien ce que lui apportent de plus trois jours de session plénière. Surtout, l’éclatement est contreproductif puisqu’il impose une transhumance mensuelle hallucinante (il faut avoir suivi la noria de camions pour comprendre) : 180 millions d’euros par an pour l’institution, 19.000 tonnes d’équivalents CO2 rejetés dans l’atmosphère, stress causé par ces déplacements incessants, difficultés pour se rendre à Strasbourg quand on n’est pas Parisien… Le rapport de Van Hulten s’ouvre, très intelligemment, sur une citation de Simone Veil, qui fut la première présidente du Parlement élu au suffrage universel (1979-1982) : « ce système (…) coûte des fortunes et ne soulève à peu près aucun tollé, et même aucune question. Les journalistes, pourtant friands de gaspillage financier, demeurent curieusement muets sur la question. Si je n’accepte pas d’être taxée d’anti européanisme, je n’ai jamais dissimulé mon hostilité à cet éparpillement. Dès mon élection, j’ai alerté tout le monde sur ce gâchis de temps et d’argent, réfléchi à une éventuelle utilisation des immenses locaux strasbourgeois – pourquoi ne pas y installer une université européenne, par exemple ? —, mais en pure perte ». Avec les élargissements successifs et surtout l’accroissement des pouvoirs du Parlement européen, le système des deux sièges est à bout de souffle. Ainsi, le nombre de nuitées nécessaires a explosé, les députés ayant en outre désormais besoin de leur staff de façon permanente pour travailler. Or, Strasbourg est incapable d’offrir une capacité hôtelière suffisante (on ne construit par un hôtel pour 3 nuits par mois) et les établissements existants profitent de cette rareté pour pratiquer des prix hors de raison : pendant les sessions, c’est l’une des villes les plus chères d’Europe. En outre, les liaisons ne se sont pas améliorées entre Bruxelles et Strasbourg (6 heures en train), sauf lorsque le TGV spécial affrété par la France depuis 2008 circule les lundi et jeudi de session en passant par Paris, la capitale étant désormais reliée à la ville alsacienne par une ligne à grande vitesse. Surtout, pour les députés qui viennent de leurs pays d’origine pour la session, c’est en général une journée de voyage perdue à l’allée et au retour, les liaisons aériennes directes et leur fréquence étant devenues un sujet de plaisanterie. Sans compter leur prix : pendant les sessions, Brussels airlines, qui a le monopole de facto sur la liaison Bruxelles-Strasbourg ne propose plus que des places affaires… J’ai longtemps milité en faveur de Strasbourg, mais il faut reconnaître que cet éclatement est Regrouper l’ensemble des travaux du Parlement à Bruxelles est clairement la seule solution raisonnable. L’idée de faire de Strasbourg l'unique capitale parlementaire n’aurait guère de sens : en démocratie, le Parlement est toujours géographiquement situé près des autres centres de pouvoir afin de pouvoir les contrôler plus efficacement. Mais tous les lieux de pouvoir éclatés doivent être mis sur la table : ainsi le Conseil des ministres, dont les sessions d’avril, juin et octobre ont lieu à Luxembourg, un caravansérail dont personne ne parle, doit aussi disposer d’un siège unique. Le problème est que les sièges sont fixés par décision unanime des États – il faut modifier le traité — et que la France refuse de renoncer à ses trois jours de session mensuelle. Il faut dire que si le Parlement quitte la France, celle-ci n’accueillera plus aucune institution majeure. Certains suggèrent donc que les réunions du Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement (quatre à six fois par an sur deux jours) soient organisées à Strasbourg, ce qui compenserait économiquement en grande partie la perte des sessions parlementaires. Et la France pourrait ainsi se vanter d’être le pays qui accueille l’instance suprême de l’Union. Le problème est que les Belges, toujours aussi gourmands, ont déjà entamé la construction d’un nouveau bâtiment jouxtant le conseil des ministres pour les accueillir. Bref, la guerre du siège est loin, très loin, d’être terminée. À moins que le Parlement décide, par un coup de force, de fixer son siège là où il l’entend en s’érigeant en quasi-constituante. On n’en est pas là.
Photos: Reuters Laisser un commentaire |
?
Derniers articles de Jean Quatremer : Quand la commission redécouvre la croissance... Euro : Sarkozy se « mélenchonise » dans la dernière ligne droite L’UE d’espoir au conseil européen D'autres articles: StrasbourgParlement européen : Strasbourg nid de malfaçons (Jean Quatremer) Un rideau de fer s’est abattu sur Strasbourg (Jean Quatremer) Comment les partis français casent leurs copains à Strasbourg (Jean Quatremer) Parlement européenLe Parlement de Strasbourg associé à la négociation du futur traité européen (Jean Quatremer) Le Parlement européen tâcle les marchés financiers (Jean Quatremer) La diplomatie européenne échappe à la Commission et au Parlement (Jean Quatremer) |