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Sur une régression

mercredi 2 décembre 2009, par Charles Bricman

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Voir en ligne : http://blog.pickme.be/2009/12/01/su...

Dans le vaste domaine des sciences humaines – c’est-à-dire non exactes -, les théories sont sans preuves. Autant dire qu’elles ne sont, toutes et chacune, que des opinions, des croyances indémontrables et affectées d’un coefficient plus ou moins élevé d’incertitude. C’est la première des raisons d’être de la politique, qui n’est au fond que la manière d’organiser le débat et la prise de décision au sein d’une société.

Mais toute société n’en est pas moins fondée sur des axiomes. Ce sont ses valeurs.

Grâce à Manu, dans les commentaires de mon précédent billet, j’ai découvert qu’il y avait une controverse en cours à Bastogne sur l’érection d’un minaret pour une mosquée turque en construction. Il a été autorisé par la Région wallonne mais les autorités communales ont introduit un recours auprès du ministre. Je ne sais s’il a déjà décidé ni, s’il ne l’a pas encore fait, dans quel sens il va statuer. Mais il l’a fait ou le fera selon les règles du droit administratif, sous le contrôle du Conseil d’Etat.

Je n’ai, on ne peut avoir aucun problème avec ça. Il peut y avoir de bonnes raisons d’autoriser comme d’interdire cette initiative.

En Suisse, c’est tout autre chose. Depuis la votation de dimanche, il est interdit, sur tout le territoire, d’édifier des minarets. Et ça, c’est manifestement discriminatoire.

 

De l’avoir dit m’a valu un petit déluge de commentaires, ici comme sur mon profil Facebook. En sens divers. Ce qui m’effraie un peu, beaucoup, c’est qu’aucun de mes contradicteurs n’a pu avancer d’argument qui me donne à réfléchir plus de quelques secondes.

Le premier consiste à dire que le peuple s’est prononcé et qu’il faut respecter sa volonté. Tiens donc! A ce compte, Mitterrand n’aurait probablement jamais pu abroger la peine de mort en France, et avant de l’être chez nous, elle n’aurait probablement pas pu tomber en désuétude.

Le deuxième objecte en gros que dans de nombreux pays, la liberté religieuse n’existe pas, voire que les chrétiens y sont persécutés. Et alors? Quel titre aurions-nous encore à protester contre les violations des droits de l’Homme en quelque endroit de la planète, voire à tenter de les faire respecter par la force, si nous ne les respectons pas chez nous?

Le troisième est un haussement d’épaules. Allez… Pourquoi les musulmans auraient-ils besoin d’un minaret pour témoigner de leur foi et pratiquer leur culte? A première vue, ce n’est pas tout-à-fait faux, mais le problème n’est pas là. Il est dans la règle elle-même et dans la discrimination qu’elle institue. La Suisse interdirait-elle demain les pendules à coucou ou la fondue au fromage, je trouverais ça dommage, sinon stupide, mais je n’y verrais pas une mesure dirigée contre une catégorie particulière de la population. Avec l’interdiction des minarets – pas des clochers d’église – si.

Et c’est tout pour mes contradicteurs.

C’est peu.

Cette affaire n’a donc que le mérite de faire retentir le tocsin. Le XXIe siècle commence bien mal, nous sommes en pleine régression.

Régression philosophique: comme s’il était légitime de renoncer à nos valeurs pour affronter ceux que nous prétendons combattre mais à qui nous rendons inconsciemment et stupidement le plus éclatant des hommages;

Régression intellectuelle: le choix n’est pas délibéré, il vient des tripes, on ne voit même pas, on ne comprend même plus que nous abdiquons nos valeurs en pratiquant la discrimination qui nous renvoie avant le siècle des Lumières;

Régression morale: œil pour œil, dent pour dent. Et les clercs se taisent. Le ministre français des affaires atrangères se dit « un peuscandalisé» , le premier ministre suédois, encore président du Conseil européen, se contente de constater « une expression d’intolérance» .

Alors que c’est là, maintenant, qu’il faudrait affirmer nos valeurs, haut et fort, et s’indigner non seulement du résultat de la votation suisse, mais aussi et d’abord qu’elle ait pu avoir lieu, qu’il soit possible de demander aux citoyens, dans une démocratie occidentale, s’il est opportun d’instituer une discrimination au détriment d’une catégorie de la population.

Le silence des clercs est assourdissant. Je le trouve inquiétant. Comme s’ils étaient tétanisés au douloureux spectacle des contractions du ventre qui engendra la bête immonde.




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Les derniers commentaires

  • Sur une régression

    par Francis Bruckmann (IP:xxx.x91.228.254) - 2 décembre 2009 13:19

    Un minaret a pour toute utilité de porter au loin l’appel à la prière, la définition dit que cette tour doit dépasser tout autre bâtiment.



    Avouons quand même, et c’est valable pour les clochers itou, qu’à l’époque ou l’interprétation des écritures se fait à coup de gigabytes sur internet et que les horloges radiocommandées se vendent à bas prix, qu’on en soit encore obligé de signaler à un croyant que c’est l’heure de la prière…



    Je suis d’accord sur les formes d’inquiétudes que cela provoque, mais la peur de « l’autre » est réelle parce que « l’ignorance » etc.… enfin je crois qu’il n’est nullement question de démolir les existantes
    Et bien je crois que tant que 1- les musulmans ne mettrons pas de l’ordre dans leurs religions et écoles coraniques 2- que les états, qui sont les nôtres, ne s’attacherons pas à tout ce qui est en dessous de ces minarets, la population ne pourra être qu’ignorante au même titre que ses dirigeants 3- il y a bien d’autres choses qui sont beaucoup plus inquiétantes, dont la gestion entière de nos pays, et la possibilité qu’un gourou ou extrémiste quelconque de justement rendre possible se qui c’est passé en Suisse.

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  • Sur une régression

    par Pierre (IP:xxx.x6.137.2) - 6 décembre 2009 19:04

    Merci de cet apport à la compréhension du problème posé par la présence des immigrés musulmans cher nous. C’est clair et indiscutable.
    Toutefois je ne pense pas que l’on accuse le bon coupable. Outre l’absence de réaction de nos autorités sur ce qui heurte notre mode de vie existe surtout une action réfléchie, puissante et permanente des extrémistes musulmans. La plupart des musulmans vivant ici subissent plus que nous l’action coercitive de ces révolutionnaires. Car c’est comme cela qu’il faut les appeler.

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