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T-shirt, cheveux longs et musique traditionnelle pakistanaise.lundi 29 mars 2010, par L’Echo de Shalimar En ligne : http://lechodeshalimar.wordpress.com/
Comment est né votre projet ? En 2000, j’ai été engagé par le British Council comme compositeur pour un tour avec un percussionniste anglais qui avait étudié la musique indienne classique. J’ai voulu incorporer au projet des musiciens qui étaient eux aussi familiers avec la langue et la musique du sous-continent indien. J’ai donc fait appel à Pappu, qui est aujourd’hui le flûtiste de mon groupe, et que je connais depuis 1995. Le bassiste, qui avant de nous rencontrer jouait de la mandoline pour l’industrie cinématographique, est arrivé après, sur recommandation de Pappu. C’est à partir de ce tour que notre groupe s’est formé. Parce qu’il fallait que les morceaux soient plus accessibles, nous avons fait appel à un chanteur. A partir de là, le groupe était monté. Vous avez étudié le jazz à l’université de Berkeley en Californie et vous étiez, avant de partir du Pakistan, plutôt passionné par le rock. Comment la musique classique du sous-continent indien s’intègre à toutes ces influences? Il y a de nombreux points communs entre le jazz et la musique classique indienne, notamment au niveau de l’improvisation. Les deux musiques demandent une grande connaissance de nos instruments et la capacité de jouer en continue, sans vraiment penser que l’on joue en continue. Le jazz comme la musique classique indienne se transmettent de génération en génération. Pour le rock ou la pop, les gens sont plutôt influencés par un style ou par une chanson qu’ils essayent de copier. La musique traditionnelle indienne ou le jazz sont des langages qui demandent des dizaines d’années avant d’être parlés. Ces musiques sont basées sur la tradition alors que le rock se nourrit du moment. Bien que je sois à l’origine un guitariste de rock, je me suis à un moment de ma vie intéressé à la musique traditionnelle de mon pays. Etrangement, le déclic ne s’est pas produit au Pakistan mais en Amérique, où j’étudiais le jazz. Les cours que j’ai reçus à Berkeley m’ont aidé à interpréter la musique indienne classique. Celle-ci a tendance à être centrée autour d’une seule tonalité et de notes particulières. On doit donc connaître l’harmonie de la gamme dans laquelle on travaille. Parce que les musiciens de mon groupe connaissent sur le bout des doigts leur musique, on peut réussir à avoir un équilibre entre le tout classique indien et le tout rock, en travaillant à la manière des jazzmen. Au final, cela donne des voix orientées jazz avec un son très rock et des mélodies plus traditionnelles. A l’inverse des autres membres de mon groupe, je ne suis pas un musicien traditionnel. Mais grâce à mes études, je peux adapter ma musique à la leur. Nous réduisons donc la longue improvisation des musiques classiques à une durée de 3 à 4 minutes, qui est le format d’une chanson moderne. Au temps des moghols, les notes (ou raag) utilisées par les musiciens étaient liées à un moment de la journée, à un sentiment, à une saison…Vous utilisez ces mêmes raags traditionnels. Pour mettre des mots sur une musique, vous empruntez ensuite les écrits de poètes et de philosophes du sous-continent indien. Comment choisissez-vous un certain raag pour une certaine poésie ? Pour la poésie, nous utilisons deux types de matériaux, le bandish et la poésie sufie. Les bandishs sont des mélodies classiques qui se transmettent dans les familles de musiciens. En ce qui concerne la poésie écrite par les sufis, nous avons notamment emprunté des textes de Shah Hussein et de Bulleh Shah. Dans notre nouveau disque, nous avons aussi repris des textes de la poétesse indienne Amrita Pritam qui a écrit de très beaux poèmes sur l’horreur de la partition entre l’Inde et le Pakistan. Elle a vécu pendant un temps à Lahore et elle s’est longtemps plainte que les Pakistanais ne s’intéressaient pas à son travail. Nous avons donc voulu lui rendre hommage. Vous avez joué en Inde, ce qui est rare pour un Pakistanais… Nous sommes d’abord allés à Bombay. Cette ville n’est pas un endroit agréable pour les musiciens qui n’ont pas de liens avec Bollywood. A Bombay, la musique est exclusivement liée au cinéma. Il n’y a que sur les campus que les gens aiment des choses différentes. Calcutta, New Delhi, Bangalore, sont en revanche des villes plus ouvertes sur d’autres types de musiques. L’Inde et le Pakistan n’ont pas de bons rapports politiques. Les liens entre les artistes sont en revanche très forts. En Inde, je me sens étrangement comme au Pakistan. Bombay ressemble à Karachi et New Delhi ressemble à Lahore. L’architecture est la même. Lorsque nous parlons aux Indiens, ils nous comprennent. L’Inde est une version plus légère, plus délurée du Pakistan. On nous apprend dès le plus jeune âge que l’Inde et le Pakistan sont deux pays très différents. C’est faux. La seule différence majeure est que le Pakistan, à l’origine, n’a que quatre ethnies alors que l’Inde en a des centaines. Il y a 62 ans, nous étions une partie de l’Inde. Il n’y avait pas de Pakistan. Les gens veulent croire qu’ils sont différents. La réalité est que le sous-continent indien, en tant que région, est très unifié. Si vous allez au Bangladesh, vous trouverez de nombreux points communs avec l’Inde et le Pakistan. En tant que musicien, j’avoue que l’appréciation du public est bien meilleure en Inde. Les gens sont bien plus enthousiastes et ont l’air de mieux connaître la musique. Au Pakistan, les jeunes sont très tournés vers la pop et ne connaissent pas leur propre musique traditionnelle. L’Inde et si grande et il y a tant de diversité qu’il y a toujours un marché pour une musique différente. En plus d’être un musicien, vous êtes l’un des plus grands producteurs de musique au Pakistan. Que pensez-vous donc de la nouvelle génération de musiciens au Pakistan ? Pour des raisons de sécurité, il n’y a quasiment plus de concerts au Pakistan. Les artistes ne touchent pas de royalties et le piratage est un véritable fléau. Comment fait-on pour survivre lorsque l’on est un musicien pakistanais ? Le gouvernement ne délivre plus de NOC (Non objection certificate, très utilisés en Inde et au Pakistan, ils permettent d’organiser un événement). Faire un concert dans un centre culturel de Lahore comme l’Alahmra est donc une chose quasiment impossible. A cause de ces problèmes de sécurité, les sponsors qui finançaient les concerts se sont retirés de ce terrain et se sont mis à investir dans les médias. Ils ont compris qu’avec la situation dans laquelle le pays se trouve, les gens qui n’assistent plus à des événements publics regardent de plus en plus les informations, bien en sécurité dans leur maison. Cela fait presque 25 ans que je joue à Lahore et la situation n’a jamais été aussi catastrophique. Personne ne sait vraiment dans quel état notre pays sera dans les années à venir. Pour s’en sortir, les artistes pakistanais devront être présents à l’étranger. Notre culture ne s’exporte pas assez en Occident. Il est grand temps que l’on s’intéresse à nos artistes. Cela nous permettrait en tant que nation d’avoir un dialogue avec le reste du monde sur d’autres sujets que sur le terrorisme. Pour le piratage, nous ne pouvons rien faire. Nos vidéos sont jouées sans cesse à la télévision et à la radio. Nous ne sommes pas payés pour ces diffusions. Cela ne me dérangeait pas tant qu’il y avait des concerts. C’était de la publicité gratuite. Dans un pays où il n’y a pas de lois sur la culture, il ne faut pas s’attendre à recevoir de l’argent pour son travail. Nous n’avons même pas de syndicat digne de ce nom. Nous avons essayé de former une organisation, The all music professions of Pakistan, qui s’est dissoute d’elle-même parce que nous n’avions pas de lois avec lesquelles se battre. Il n’y pas de zone de légalité ou d’illégalité dans la musique pakistanaise. Si l’on est confronté à un problème, on ne peut pas porter plainte. Le Pakistan est-il en train de vivre une crise identitaire ? Dans le clip d’une de vos chansons, Huns dhun, vous avez fait filmer les réfugiés afghans installés au Pakistan depuis l’invasion soviétique de 1979 et renvoyés en 2005 dans leur pays. Pourquoi ce sujet ? En parlant avec les Pakistanais, on a le sentiment que Pervez Musharraf avait réussi lorsqu’il était président à libéraliser la vie artistique, ce qui est étonnant pour un dictateur militaire. Etes-vous d’accord ? Les artistes ont-ils vu leur condition s’améliorer depuis que les démocrates ont repris le pouvoir ? Vous êtes contre l’interdiction des concerts. Ne pensez-vous pas qu’il est raisonnable, sachant qu’il peut y avoir un attentat à tout moment, d’annuler les événements qui impliquent un phénomène de foule ? Votre mère est chrétienne et votre père musulman. Est-ce que la religion a une place dans votre musique ?
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