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Terreur sur le « Vif » !

mercredi 4 février 2009, par PAN

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Voir en ligne : http://www.lepan.be/?p=3771

La rédactrice en chef et trois journalistes du Vif-l’Express virées, une rédaction en grève pendant six jours, une carte blanche de profs d’Université refusée (puis publiée) par Le Soir et La Libre, le dernier numéro du Vif réalisé sans les journalistes… La semaine fût brûlante sur le front des médias ! Come-back sur la crise profonde de la presse écrite en Communauté française.

 

Le débarquement des journalistes Pascale Gruber, Isabelle Philippon, Elisabeth Mertens et de leur rédac’chef, Dorothée Klein, n’aura pas bénéficié longtemps d’un silence médiatique gêné. Fait inédit à Roularta, la rédaction du Vif-l’Express est partie en grève dès l’annonce de la charrette. Une bronca alimentée par l’incompréhension que suscite toujours le « casting » des virées. Pourquoi elles ? Pour quelles fautes professionnelles ? S’il apparaît légitime qu’un groupe de presse remplace la patronne d’un de ses magazines, éjecter dans la foulée trois journalistes avec vingt ans d’ancienneté au compteur, ça devait coincer. D’autant que le Directeur général du Vif, Amid Faljaoui, n’a pas invoqué de raisons économiques pour justifier les licenciements. Mais la volonté de mettre fin à une « prise en otage éditoriale du premier magazine d’information en communauté francophone ». Peu claires et très bushiennes, les explications de la direction de Roularta n’ont pas convaincu.

Couper les fortes têtes

Sous couvert de l’anonymat, un journaliste du Vif raconte : « Lorsque Amid Faljaoui et  l’Administrateur délégué de Roularta, Rik De Nolf, nous ont confirmé leur décision, on était très remontés. Le président de la Société des journalistes (SDJ) Philippe Engels a coupé Rik De Nolf : ‘Nous ne comprenons pas ce choix et, sauf si un dialogue s’engage directement, nous allons nous mettre en grève !’. La réaction de Faljaoui ne s’est pas fait attendre : ‘Pas de problème ! Si tu veux, tu prends la porte’ … Ensuite, par collègue interposé, Philippe Engels a essuyé une tentative d’intimidation dans les couloirs. On lui a dit : ‘De toute façon, il n’y a plus d’avenir pour les présidents de SDJ dans le groupe Roularta’. Sous-entendu : on vient de couper des fortes têtes, ceux qui l’ouvrent encore seront les prochains à tomber ».

Et le salarié de résumer ce que plusieurs de ses collègues pensent : « Ces trois journalistes ont été virées parce qu’elles en avaient dans le pantalon et se faisaient entendre. Surtout lorsqu’il y avait trop de pubs téléguidées, parfois de l’ingérence ou des couvertures trop sensationnalistes. Depuis des années, la direction a instauré un climat de menaces et de terreur en guise de management. La principale question est celle-ci : devons-nous accepter que des éditeurs de presse exigent des journalistes à leurs bottes pour faire des articles courts, people et aseptisés ? »

Carte blanche sur liste noire

Ambiance. A tel point que huit professeurs d’Université (ULB, UCL, ULg, IHECS) constatent une « épuration dont les intentions manifestes sont inquiétantes pour la liberté rédactionnel du Vif en particulier et pour le journalisme en général ». Développant un propos percutant sur la dégradation du journalisme francophone, les profs cosignent une carte blanche pour Le Soir et La Libre. Problème : elle est refusée par les rédacteurs en chefs des deux quotidiens ! « Consternés », les profs diffusent leur texte sur Internet. Le buzz est total. Le Soir et La Libre, ridicules. La « carte blanche refusée » n’en finit pas de circuler et ouvre un débat longtemps repoussé. Béatrice Delvaux et Michel Konen sont contraints de publier des parties (Le Soir) ou l’intégralité (La Libre) de ladite carte blanche. Tout en s’entêtant à livrer des explications vaseuses sur leur « retard à l’allumage », pourtant assez révélateur …              

Aux suivants ?

La rédaction du Vif a désormais repris le travail. Avec la peur au ventre. Et beaucoup  s’interrogent sur leur avenir professionnel : « Nous sommes encore choqués par ce qui s’est passé et des journalistes sont en partance.Avec de telles méthodes, le recours permanent à la menace, licencier des collègues dans des conditions douteuses, les salir dans la presse et puis, fabriquer un journal sans les journalistes… Non, la confiance et le respect mutuels sont définitivement cassés ».

D’autres pensent que l’affaire n’a pas encore connu son épilogue : « Dans les couloirs de Roularta, notamment dans les rédactions flamandes, l’image d’Amid Faljaoui est sérieusement écornée. Plusieurs interrogations circulent à son sujet ‘Qui est vraiment ce Monsieur ? Pourquoi Rik De Nolf lui a-t-il confié autant de pouvoir ? Rik De Nolf a-t-il pris des « risques » avec lui ?’A l’avenir, bien davantage que Christine Laurent (l’actuelle rédactrice en chef du Vif), le prochain fusible, c’est Amid Faljaoui ! » …

Saine piqûre de rappel : la volonté de mettre au pas des journalistes ou d’étouffer la liberté d’expression ne sont pas des vues de l’esprit. Mais des pratiques toujours d’actualité chez les éditeurs de presse flamands et francophones ! Internet a sauvé la mise et permis l’ouverture d’un vrai débat. Pour combien de temps ? 

 

Choqué par les développements au Vif/L’Express, Ghislain Cotton, écrivain, journaliste et surtout chroniqueur littéraire de renom, a décidé de tirer sa révérence dans une envolée lyrique décapante. Voici sa lettre de démission :

 

Monsieur Faljaoui,

Bien qu’il m’en coûte plus qu’on ne saurait croire, j’ai décidé, après vingt ans, de ne plus collaborer à ce qu’est devenu Le Vif/L’Express (et je ne parle pas seulement du contenu). Je n’ai rien contre les marchands de papier - un métier que M. Eric De Nolf – ndlr : le boss de Roularta - et ses séides pratiquent à merveille - mais que ces marchands-là se prennent de plus en plus pour des patrons de presse me paraît mal élevé. 

D’autre part, avant même que vous ayez « épuré » votre rédaction de Elizabeth Mertens, Isabelle Philippon et Pascale Gruber, trois journalistes authentiques, compétentes et consciencieuses (après de très longues années de bons et – quoique vous en pensiez - loyaux services) des notes internes ont démontré à quel point vous teniez en mépris les journalistes qui ne partageaient pas nécessairement toutes vos positions. J’ai apprécié par ailleurs votre habileté à neutraliser la rédaction en chef en nommant naguère une personne non dépourvue de talent – Dorothée Klein - mais que vous saviez pouvoir faire danser comme vous siffliez.  Et qui n’étant plus nécessaire dans la nouvelle étape franchie se voit elle aussi « récompensée » de sa soumission et de sa naïveté. Naïveté qui fait place, dans votre nouvelle organisation, à l’arrivisme, l’avidité, la science du copinage, de l’intrigue et de la flatterie bien ciblée,  entretenus par – Christine Laurent -, celle qui préside aux destinées d’un supplément d’une rare indigence et tire la langue depuis de très nombreuses années pour accéder au poste clinquant que vous lui concédez. Sans rire, à votre place, je m’agripperais des deux mains à mon fauteuil. Cela dit, je ne conteste en rien le droit à la grossièreté ou au mauvais goût (à condition de ne pas en faire une religion : voir la présentation du supplément Focus) qui sont des choix et des comportements ponctuels, contrairement à la vulgarité qui est une disposition permanente de l’esprit, ou de l’âme pour ceux qui en ont une. 

Je crains que ce ne soit dans cette dernière voie que s’engage aujourd’hui une presse, Le Vif en tête,  qui exige plutôt des journalistes de savoir compter et obéir aux caprices du « marchandising » et de ses mollah que de savoir écrire et analyser leur époque difficile en humanistes (excusez-moi pour ce gros mot qui fait son âge… et le mien aussi, dont l’énormité vous aurait, m’a-t-on dit, inquiété, ce dont je vous remercie). 

Au revoir donc, Monsieur Faljoui, bien que nous ne nous soyons d’ailleurs jamais vus et même si j’aurais préféré de loin vous appeler « cher confrère ».



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Les derniers commentaires

  • Terreur sur le « Vif » !

    par Gustavio (IP:xxx.x78.61.87) - 4 février 2009 21:43

    Bravo Monsieur Cotton, votre courage vous honore, un mot inconnu au Vif, chez Faljaoui-oui et Laurent. J’ajouterai : "Quand tous les dégoûtés seront partis, il ne restera que les dégoûtants !"...

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