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To work or not to work ?

mardi 2 mars 2010, par Ploutopia

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« La sociale démocratie est un ensemble distinctif d'institutions et de politiques mutuellement cohérentes qui ont fonctionné de façon relativement efficace pour réduire à la fois l'insécurité et l'inégalité des revenus sans grands sacrifices en termes de croissance économique ou d'instabilité macro-économique. » Définition de Karl Ove Moene et Michael Wallerstein, cité par Christian ARNSPERGER(1). p 268.


Les récents événements en Grèce et la fermeture de magasins Carrefour en Belgique ne corroborent-ils pas cette définition avec éclat? Les défenseurs de la sociale démocratie ne devraient-ils pas en tirer des enseignements salutaires? Le capitalisme ne sera jamais humain ou « éco-friendly ». L'essence du capitalisme c'est la rentabilité « sur capital » (return on capital), rien d'autre. C'est cet objectif qui prévaut sur tous les autres. Peu importe qu'on pollue, que des enfants crèvent ou que des gens perdent des emplois auxquels ils tenaient. C'est cet objectif aussi abjecte que conventionnel qui tient l'humanité en haleine. Le capitalisme, reflet de nos angoisses les plus profondes(2), ne fait de concessions que lorsqu'il se sent menacé. Maintient d'une classe laborieuse en état de produire et de consommer. N'était-ce pas la crainte de Bush fils peu après les événements du 11 septembre lorsqu'il exhortait le peuple américain à la consommation? Maintient d'un salaire minimum aux nobles vertus « libératrices par la consommation ». N'est-ce pas une des raisons d'être de la lutte des classes et du mouvement syndical? Maintient d'un système de sécurité sociale pour éviter le trop plein d'invalides et d'insatisfaits. N'était-ce pas la crainte majeure de la campagne de vaccination A/H1N1? La crainte de trouver trop de bureaux vides en même temps? Ni trop, ni trop peu. Ni trop de chômage (NAIRU), ni trop de malades, ni trop de mécontents... juste le bon équilibre pour permettre au système de se maintenir et de maintenir l'ensemble de la force de production et de consommation dans l'illusion qu'elle est aux commandes. Notez par ailleurs que même les moyens de correction des dérives capitalistes, tels les hôpitaux, les pompiers, les prisons ou les vaccins, contribuent eux aussi à la maximisation du capital. Toutes les « externalités » capitalistes ont un coût qui gonfle le PIB et qui font tourner l'économie. Tout se paye, tout s'achète, tout se monnaie, c'est ça la sociale démocratie capitaliste. Ce ne sont pas les velléités de protections publiques ou gouvernementales qui changeront quoi que ce soit à la règle d'or qui surplombe tout le modèle capitaliste: rentabilité du capital avant tout! On n'agence pas le capitalisme, le capitalisme est tel qu'il est. Capitalisme et sociale démocratie sont les deux faces d'une seule et même pièce de monnaie. Ils ne savent pas se blairer. Ils ne se comprennent pas. Et pourtant, ils ont besoin l'un de l'autre. Quand on dit que l'amour est proche de la haine.


Ces événements en Grèce ne sont-ils pas d'autant plus révoltants quand, au flash info suivant, on nous annonce fièrement que le secteur bancaire semble maintenant hors de danger (grâce à qui?) et que les bonus des traders sont en hausse!? La Grèce, berceau des civilisations, mise à genou par ceux-là même que Socrate, Aristote et Platon dénonçaient déjà 400 ans avant J.-C. et qui ont causé la chute de l'empire!(3). Tyrannie des hommes de loi, des hommes de foi ou des hommes « moi je », peu importe, l'humanité semble n'avoir pas évolué d'un iota depuis plus de deux millénaires. C'est en connaissance de cause que Platon idéalisait le gestion de la cité par des rois philosophes.


Mais plus écœurant encore est cette manière qu'ont les eurocrates de récupérer à leur compte les déboires Grecs auxquels ils ont eux même contribué en fermant les yeux aux attaques sanglantes des spéculateurs(4). Sans scrupules et sans honte ils osent accuser la Grèce pour son manque de professionnalisme dans la gestion de son déficit public et la gestion de la crise. Ils décident donc de mettre la Grèce sous tutelle, grande première pour la zone Euro. Voilà donc la Grèce soumise aux pervers et barbares plans d'ajustement structurel du FMI(5) assaisonnés à la sauce Europe. Et, cerise sur le gâteau, sans consulter qui que se soit, on « profite de la crise » pour gentillement déplacer le dernier bastion de souveraineté nationale (domaine fiscal et budgétaire) de l'échelon national à l'échelon européen (4). Comme quoi l'analyse platonicienne des accointances et hypocrisies des hommes de pouvoir vaut toujours aujourd'hui.


Pas de capitalisme ne veut pas dire pas de production ou de consommation. Ca ne veut pas dire non plus, pas de marché ou pas d'argent. Pas de capitalisme veut simplement dire pas de rentabilité sur capital, pas d'intérêts, pas de rentes. Pas d'argent qui travaille ou qui fait des petits tout seul. Certains avancent la nécessité d'un mix idéal entre marché et Etat. Ils avancent souvent la nécessité impérieuse de replacer l'humain au centre de nos préoccupations! Très bien mais quel humain? Comme Platon l'a fait remarquer, les dérives sont de tout ordre. L'humain, c'est aussi Hiroshima, le massacre des indiens d'Amérique ou celui de la Saint-Barthélémy, le génocide Rwandais, Pol-Pot, Mao, Pinochet, Staline, Hitler, etc. Avant de vouloir changer la société et tout ce qui y participe, il faudrait aussi procéder à une sérieuse introspection! Nous avons tous un petit assassin et un petit capitaliste qui sommeille en nous. Nous avons également tous un petit Gandhi ou un petit Bouddha qui sommeille en nous. Qui va gagner? « Tout dépend de celui que tu nourris » pour reprendre la conclusion de la parabole du vieux Cherokee.


Dans tous ces milieux syndicalistes, vous pouvez être certain que si vous remplacez les patrons par les leaders syndicaux, le même cas de figure d'exploitation se reproduira. Concernant les grands critiques marxistes, il ne faut jamais oublier qu'ils émanent du même moule que la pensée économique actuelle. A l'image de Ricardo, Malthus ou Smith, Marx voit dans l'effort collectif de la « race humaine » contre la faim et la mort le facteur le plus fondamental expliquant la vie économique(6). Cette pensée économique classique a également été largement influencée par la pensée protestante évoquant le travail comme accomplissement divin. Luther voyait dans le travail le meilleur moyen de rendre grâce à Dieu. Les Calvinistes allaient même jusqu'à parler de salut par le travail(7). Il y a eu inversion, alors que le travail était initialement vu comme quelque chose d'avilissant et de dégradant, il a trouvé « ses titres de noblesse » depuis la révolution bourgeoise et cette fameuse pensée protestante du 18ème siècle.


Le monde qu'il est convenu d'appeler moderne à commencé par la levée de l'anathème sur le travail. La société industrielle toute entière vouée à la productivité à hissé le travail au rang de religion.(8) Pour Marx, c'est le travail qui distingue l'homme de l'animal. C'est faire bien peu de cas des modes d'organisation de sociétés telles celles des abeilles ou des fourmis, de l'acharnement du castor à construire ses barrages ou de celui de l'oiseau à fabriquer son nid à partir de branches et brindilles éparses. Marx est d'autant plus un fervent défenseur du travail que toute se théorie économique repose la notion de valeur travail. Cette théorie lui cause d'ailleurs beaucoup de soucis pour tenter de justifier la valeur des ressources naturelles, celle des stocks ou celle des machines. Pour les ressources naturelles, Marx prétend qu'elle n'acquièrent une valeur que lorsque la main de l'homme y a touché.  Marx pense aussi que l'accumulation de stock aboutit d'office à des crises de surproduction. Or les stocks existent depuis toujours et n’ont jamais constitué une menace pour le capitalisme(9). Enfin, pour tenter d’expliquer la valeur travail des machines, il dit que celle-ci est décomposable en valeur de travail humain. Or, ce n’est pas parce qu’il y a progrès technique et que l’on produit plus, que la demande est comprimée et qu’il y a baisse tendancielle du taux de profit. Au contraire, les progrès techniques peuvent apporter de nouveaux produits à la vente et booster la demande. Pour se justifier, Marx s'en sort par une pirouette tautologique qui affirme que c’est parce qu’il y a baisse de profit qu’il y a mécanisation, pour permettre aux entreprises de réduire leur coût salariaux. Entre les deux mon coeur balance... Tous les enseignements de Marx s'inscrivent dans le paradigme capitaliste qui sacralise le travail et la consommation (10). « On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l'ont engendré » (Albert EINSTEIN).

 


Selon de nouvelles estimations de l’OCDE le chômage continuera d’augmenter pendant une bonne partie de l’année 2010, avec un taux de chômage moyen proche de 10%, ce même taux était à 6,9% en mars. Selon Marc HALEVY dans son livre l'âge de la connaissance, 73% de la population active travaille exclusivement sur des informations et 80% de la valeur des produits marchands vient de la matière grise. C'est dire combien le paradigme d'analyse économique issu de la révolution industrielle et du travail mécanique est obsolète!


Il est urgent de revoir nos copies. Urgent de revoir notre conception de la richesse et de la valeur, notre rapport au travail et au sens de la vie, notre rapport au monde et aux autres.


Notes:

(1) Christian ARNSPERGER, Ethique de l'existence post-capitaliste, Paris, Editions du Cerf, 2009, p. 268.

(2) Christian ARNSPERGER, Critique de l'existence capitaliste, Paris, Editions du Cerf, 2005.

(3) Junon MONETA, Le néolibéralisme? Un très vieux système... Pourquoi (faut-il) le combattre?, France, Alter-Europa, 2008

(4) Gabriel COLLETIS, En Grèce comme ailleurs, l'alibi de la dette?

(5) Quand le FMI fabrique la misère

(6) Christian ARNSPERGER, Ethique de l'existence post-capitaliste, Paris, Editions du Cerf, 2009, p 63.

(7) Didier LACAPELLE, manuel d'anti-économie, p. 19-20

(8) Courrier International N°968, du 20 au 27 mai 2009, Aimez-vous travailler, p. 38 à 43.

(9) Didier LACAPELLE, manuel d'anti-économie, p. 58 à 66

(10) Pour aller plus loin dans la critique Marxiste, lire Mathilde NIEL, Psychanalyse du Marxisme, Paris, Courrier du livre, 1967. Et aussi Didier LACAPELLE, manuel d'anti-économie, p. 58 à 66



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Les derniers commentaires

  • To work or not to work ?

    par Pol (IP:xxx.x79.65.174) - 2 mars 2010 12:21

    "Le travail n’est pas fait pour l’homme.



    La preuve ? Cela le fatigue."



     smiley



    Un peu d’humour pour ouvrir le débat.



    Le bien-être de chaque personne : voilà un objectif ...

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  • To work or not to work ?

    par Pierre (IP:xxx.x6.35.69) - 2 mars 2010 20:12

    Merci à Ploutopia. Réflexions intéressantes et souvent justes.
    Mais il n’apporte pas de réponse à ses questions lancinantes ce qui n’est pas vraiment un reproche car autrement il serait un superman.



    Et c’est normal. Il n’y a pas de solution. Il y a une erreur de conception qui entache toutes nos réflexions. Le capitalisme n’existe pas. C’est un mot inventé environ 20 ans avant Marx et peu connu à ce moment. Marx l’a mis en valeur et lui a donné vie.
    Le capitalisme n’est rien d’autre que la loi du marché. Cette loi existe depuis le jour où une tribu a possédé quelque chose que le voisin désirait. Plutôt que la guerre un "marché" c’est conclu. Ou parfois ce marché s’est déséquilibré et a entrainé la guerre.
    Ce syndrome est inclus dans la nature humaine. La curiosité et le désir sont dans nos gênes. Les animaux, dont nous sommes, possèdent cette même particularité. Le marché (et donc ce qui fut appelé le capitalisme) est un élément naturel de l’existence comme la pluie et la neige ou l’orage.
    L’homme s’est couvert le mieux qu’il a pu contre tous les éléments désagréables, nocifs ou douloureux, imposés par la nature. Contre le marché il a inventé le libéralisme, le socialisme, le communisme mais la protection obtenue n’a jamais été complète. On n’a jamais pu se débarasser complètement de l’inondation.
    Il faut chercher, améliorer mais une solution globale et définitive n’existe pas.
    Et surtout, au lieu de perdre son temps à accabler le marché (appelé maintenant le capitalisme), l’accepter comme un élément naturel dont il faut trouver les meilleurs moyens de s’en protéger. C’est plus positif que d’en appeler au gouvernement parce qu’il pleut.

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    • Angoisses existentielles

      par Ploutopia (IP:xxx.x11.210.215) - 3 mars 2010 22:35

      « Le capitalisme n’est rien d’autre que la loi du marché ». N’ai-je pas écrit : « Pas de capitalisme ne veut pas dire pas de production ou de consommation. Ca ne veut pas dire non plus, pas de marché ou pas d’argent. Pas de capitalisme veut simplement dire pas de rentabilité sur capital, pas d’intérêts, pas de rentes. Pas d’argent qui travaille ou qui fait des petits tout seul. ». Cfr. http://ploutopia.over-blog.com/page...
      Lire Christian ARNSPERGER, Critique de l’existence capitaliste & Etique de l’existence post-capitaliste ! Consulter son blog http://transitioneconomique.blogspo..., vous y trouverez des pistes de réflexions et d’actions.



      Si la logique en place est si tenace, c’est peut-être que quelque chose au fond de nous même y collabore - quelque chose qui participe de l’angoisse et du déni de notre condition d’humains. Les voies de sorties, les plus pertinentes de l’économie capitaliste ne sont donc pas économiques. Elles sont existentielles. [Christian ARNSPERGER, Critique de l’existence capitaliste, Pour une étique existentielle de l’économie]

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  • To work or not to work ?

    par Pierre (IP:xxx.x5.212.69) - 4 mars 2010 10:15

    Entièrement d’accord avec votre remarque "si la logique en place est si tenace" ? Oui, c’est bien cela, la logique en place est tenace parce que, comme je l’ai décrit, il ne s’agit pas de logique mais d’une loi de la nature. On ne peut la contourner, il faut s’en servir pour la contrôler. Ses excès sont par contre inévitables.

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    • Simplicité

      par ploutopia (IP:xxx.x11.153.0) - 4 mars 2010 14:55

      Par loi de la « nature » je suppose que vous entendez quelque chose d’inscrit au plus profond de nous. Quelque chose qui à un rapport avec le déni de la mort, nos peurs et angoisses existentielles. Le détachement matériel et la spiritualité ont permis à certains humains de transcender ces peurs : Gandhi, Bouddha, Saint François d’Assise... Ca ne me semble donc pas inévitable. L’émergence des créatifs culturels, d’éco-villages centrés sur l’humain et le local, de SEL (systèmes d’échanges locaux), de monnaies complémentaires, de mouvements de la transition, de la décroissance ou de la simplicité volontaire attestent tout de même d’une certaine évolution positive. Encore marginale, certes, mais encourageante.

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  • To work or not to work ?

    par Pierre (IP:xxx.x5.214.164) - 5 mars 2010 11:13

    Comme toujours nous sommes d’accord. Le Détachement matériel et la spiritualité permettent de transcender l’humain vers un comportement plus respectueux de l’autre et du monde qui l’entoure. Malheureusement je n’ai pas votre optimisme. Les grands hommes que vous citez n’ont malheureusement pas réussi a opérer cette transformation malgré les siècles qui se sont écoulés depuis leurs passage sur terre. Et cela confirme que le combat n’est pas de transformer l’homme mais de controuver ses instincts par tout les moyens possibles. Il nait avec des tendances qui sont ancrées dans sa nature. Pour moi on ne peut pas changer cette nature pas plus que l’on ne peut éviter l’inondation. Mais j’espère ardemment que vous ayez raison et suis certain que le combat que vous menez est le seul utile et valable. Il représente une grande protection contre des excès, mais pour moi, ne guérira pas le mal.

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    • To work or not to work ?

      par Ploutopia (IP:xxx.x11.220.229) - 5 mars 2010 16:08

      Je partage malheureusement votre pessimisme. Disons que je suis pessimiste de raison et optimiste de coeur. Dans mon état financier et familial actuel, mon blog est l’une des expressions naïves d’un coeur qui réclame « à faire quelque chose »...

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  • To work or not to work ?

    par Pierre (IP:xxx.x5.214.164) - 5 mars 2010 19:34

    Merci Ploutopia. Votre pensée et vos idées me sont extrêmement sympathique. Seul nos sentiments sur l’évolution de l’être humain divergent un peu. Ne pas être d’accord est le meilleur moyen de s’enrichir.
    Bien à vous.

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