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Tremblement de terre dans nos certitudes dramaturgiques. Travaillant à la convergence des différentes pistes extraites lors des séances de travail précédentes, j’ai tenté pendant les semaines passées de reconstruire une trame, une relation entre les différentes propositions. Il s’agit de faire des choix, de déterminer ce qui a un sens et ce qui n’en a pas. Ce qui n’en a plus. Surprise - un des éléments qui avait été établi comme fondamental dans la trame (rappelez vous, je vous en parlais dans l’un des premiers articles) est relégué au rang d’anecdote. Pire, il parasite le récit, ajoutant des scènes compliquées qui prennent beaucoup de temps, nécessitent de grandes explications, font largement appel à la convention théâtrale et demandent des trésors d’imagination voir de culture sf de la part du public. Il s’agit des pouvoirs psy / précogs. On découvre ici l’un des points clefs de l’écriture théâtrale - et de l’écriture tout court d’ailleurs. Pendant l’écriture, rien n’est figé. Le récit vit. Bien sûr, considérant le type de travail que nous mettons en place, cette plastique est exacerbée - n’empêche. Vivant, grandissant, il faut être prêt à jeter ce qui parfois était considéré comme fondamental - fondateur - pour se concentrer autour de ce qui a une importance dans les faits et non pas dans le fantasme initial de son auteur. En ce sens, l’écriture est très proche de l’interprétation théâtrale : il s’agit d’être à l’écoute des éléments mêmes que l’on crée malgré soi, et de les développer eux plutôt que de tenter de les contraindre dans un quelconque carcan déconnecté de toute réalité. Le travail des dernières semaines a donc été fait en considérant le retrait des pouvoirs, et rien n’est jusqu’à présent venu contredire la justesse de ce choix. Peu regrettent la disparition de ces idées, en fait. J’ai peut-être été l’un des derniers à accepter de reconnaitre leur inutilité. L’écriture a démarré sans eux, sans eux, nous avons conçu le premier acte a été écrit et je doute que nous en ayons jamais besoin par la suite. Ce sera pour une autre fois. Parlons un peu des personnages. Nous sommes enfin parvenus à trouver suffisamment de consistance pour chacun - ainsi qu’un prénom. Résumé des épisodes précédents : il manquait des éléments pour Diane (Cassandre), Béryl (Gabrielle) et Cécile (Viviane). Commençons par Béryl / Gabrielle. Au milieu des différentes propositions amenées sur le plateau, l’idée d’une scène de confession est devenue de plus en plus présente. Premier essai formel avec Elsa / Cital. Peu concluant. De manière générale, et à ma grande surprise, le personnage de Cital s’est enfermé dans un ressort dramatique dont j’ai du mal à le faire sortir. Il faut être vigilant avec les personnages qui fonctionnent trop bien en début de parcours - ils risquent de se concentrer sur la répétition de ne plus parvenir à en évoluer. L’écriture sera sans doute une bonne occasion pour proposer des situations enrichissantes. Donc, cette première proposition ne fonctionnant pas aussi bien qu’espéré, nous nous concentrons sur autre chose. Imaginons que cette "confession" soit en réalité un interrogatoire, et que Gabrielle, bien que prêtre, soit également un agent de la résistance et que son objectif soit de soutirer des informations au policier, Jérémie / Schrödinger. Plus loin, même. Diane / Cassandre sera son bras droit. Nous allons pouvoir ainsi tenter de casser le personnage initialement mis en place, trop axé sur l’enfant, pour en sortir quelque chose de plus sensuel, de plus inquiétant. Une pierre, deux coups. Cassandre et Gabrielle prennent enfin un chemin plus dense, plus riche. Poussons d’ailleurs un peu le personnage de Cassandre, dans une confrontation avec sa soeur, Karine / Esther. Il s’agit d’une scène que j’avais en tête depuis plusieurs semaines déjà, mais qui n’avait pas pu être expérimentée jusqu’alors. Bingo ! Il faut dire que ce sont de vieilles recettes qui sont appliquées - les relations parents / enfant / frère / sœur comptent parmi les plus efficaces pour intensifier le caractère d’un personnage - plus encore à mon sens que la relation amant / amante. Mais peu importe, si ça marche, pourquoi s’en priver ? Reste Cécile / Viviane. Absente le mercredi 9 janvier, lors des essais cités plus haut, nous la retrouvons une semaine plus tard avec pour seul objectif de mettre son personnage dans les mêmes dispositions que le reste de la distribution. C’est un peu sa séance - tous sont mis à contribution pour trouver des pistes. Une idée en particulier fait son chemin : et si Viviane était la conseillère particulière de Sarah / Margareth ? Les implications au niveau des autres personnages sont assez intéressantes, sachant que Viviane est sensée également être la mère de Cital, elle même amante de Marageth... Et ouvre des possibilités de connections avec Esther, qui, comme vu précédemment, a elle aussi des moyens de pression sur Margareth... Oui, ça devient un peu compliqué. Il n’est pas encore clair que nous souhaitions aller ci loin, peut-être l’avoir en tant que conseillère suffit. A voir. Il s’agit de ne pas se tromper de sujet. Jouer avec des caricatures politiques oui, les mettre au centre de la pièce, non. L’écriture est sans doute l’élément fédérateur qui permettra d’ajuster les différentes trames. Son besoin se fait de plus en plus ressentir. D’ailleurs, l’expérience de l’improvisation commence à se rapprocher de ses limites - le jeu est là, mais les mots et les directions sont imprécis, et il est souvent difficile de pousser quoi ce que soit sans un véritable texte... Il est donc temps de commencer à écrire... 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