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Trichet, président de la zone euro ?

lundi 21 novembre 2011, par Jean Quatremer


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Le tout fraîchement retraité Jean-Claude Trichet pourrait-il être nommé président du Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement de la zone euro ou, à défaut, de l’Eurogroupe, l’instance qui réunie les ministres des Finances de la zone euro ? En pleine crise de la dette souveraine, et alors que les politiques ont échoué à l’endiguer, le temps des techniciens semble venu, comme le montre l’accession au poste de premier ministre du Grec Lucas Papademos, ancien vice-président de la Banque centrale européenne, et de Mario Monti, ancien commissaire européen. Cette idée est caressée par certains à Bruxelles, mais ne suscite pas un enthousiasme délirant du côté des politiques…

 

L’institutionnalisation du Conseil européen de la zone euro décidée lors du sommet du 27 octobre dernier et la nomination d’un président permanent à sa tête, tout comme la volonté des dix pays de la zone euro que le prochain président de l’Eurogroupe soit installé à demeure à Bruxelles et doté d’un secrétariat permanent ouvre pourtant des opportunités de carrière à des personnalités d’envergure.

À titre transitoire, la présidence du conseil européen de la zone euro a été confiée à Herman Van Rompuy, l’actuel président (depuis janvier 2010) du conseil européen à 27. Il a été expressément prévu que ce mandat prendra fin en juin 2012, comme celui du Conseil européen à 27, sa durée étant de deux ans et demi renouvelable une fois. L’idée est d’éviter la multiplication des présidents qui commencent à se bousculer à la tête de l’Union (présidents du Parlement, de la Commission, du Conseil européen…). Le problème, si cette fusion est confirmée, est qu’elle interdira de facto l’élection d’un ressortissant extérieur à la zone euro à la tête du Conseil européen de la « grande Europe », les États membres de la monnaie unique n’ayant pas l’intention d’être dirigés par un non membre. Une interprétation pour le moins curieuse du traité de Lisbonne qui risque de susciter des remous dans les capitales des pays concernés.

D’autant que porter l’ancien président de la BCE, internationalement connu et respecté, à la tête du Conseil de la zone euro donnerait incontestablement une touche de sérieux et de compétence à cette instance spécialisée dans les questions économiques. « Mais jamais Angela Merkel et Nicolas Sarkozy n’accepteraient de voir leurs travaux dirigés par un technocrate non élu », affirme un diplomate français. « Ils sont trop susceptibles pour ça ». C’est d’ailleurs pour cela que HVR, ancien premier ministre belge, a toutes chances de se voir reconduit à la tête du Conseil européen de la zone euro. En outre, ce personnage sans aura et sans compétence économique et financière particulière ne risque pas de faire d’ombre aux chefs à la différence d’un Trichet qui les dominera de la tête et des épaules….

Alors, pourquoi pas la présidence permanente de l’Eurogroupe, le mandat de Jean-Claude Juncker, le premier ministre luxembourgeois, arrivant à échéance le 30 juin prochain et celui-ci n’ayant pas l’intention de quitter son pays ? « C’est beaucoup trop tôt. Il n’a pas arrêté de s’opposer frontalement aux ministres des Finances pendant huit ans et, en tant que président, il devrait défendre des positions qui sont à l’opposé des siennes », estime un diplomate d’un petit pays.

Bref, trop compétent dans un cas, trop intègre dans l’autre. Des objections qui en disent long sur l’état actuel de l’Europe où seuls des femmes et des hommes sans envergure ont une chance de faire carrière, des femmes et des hommes qui ne feront surtout pas d’ombre aux États.

Photo: Reuters



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